‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 130 sur 135 · Ici figure sur le manuscrit un renvoi à la marge, où le · texte numérisé non relu

Ici figure sur le manuscrit un renvoi à la marge, où le

« Par les ordonnances de François I®"", de l'an 1532, article 6, il est porté que ceux qui auront pris des deniers des finances les rendront et le quadruple, ce qu'on saura par la faculté de leurs biens.

« Enguerrand de Marigny fut condamné sur l'immensité de son bien. Paul Emile rapporte qu'un de ses principaux interrogats fut : « Undè tam immanes, et tam repentinae « diviliae? »

« La chambre même établira les maximes qu'elle jugera nécessaires pour ne demeurer pas dans les formes des autres affaires, qui porteroient en des longueurs que le bien public, dont il s'agit, ne peut souffrir^.

« Les lois qui ne veulent pas qu'on soit obligé de rendre raison d'où vient le bien qu'on possède s'entendent de ceux qui n'ont pas manié les finances publiques. Car ceux-là doivent déclarer d'où sont venus leurs biens, quelles sont les donations qui leur ont été faites, les successions qui leur sont échues, et combien se montoientles partages de leurs biens paternels et maternels. Au reste, le moyen le plus certain de les convaincre de s'être enrichis aux dépens du Roi est de voir que les gages et émoluments légitimes de leurs offices et la multiplication des profits qu'ils en peuvent faire ne sauroient de bien loin monter au prix de leurs richesses.

« Si les financiers veulent subir la rigueur de la chambre, c'est chose certaine que plusieurs se feront pendre, et la moindre punition que puissent recevoir les plus innocents sera de perdre leurs offices, eux-mêmes confessant que nul ne s'en peut exempter si on les juge par la rigueur des ordonnances, ce dont ils reconnoissent ne se pouvoir plaindre.

« secrétaire de la main » a écrit les deux paragraphes qui suivent.

1. Le paragraphe suivant est à la marge; il a été écrit parle « secrétaire de la main ».

« Moran me l'a dît ainsi, offrant de demander tout pardon et dépendre de la grâce du Roi*.

« Par ce moyen, on gagneroit pour plus de douze millions de charges et un grand règlement pour l'avenir, réduisant tous ces offices en commissions.

« Après^ tout ce que dessus, rien n'est tant nécessaire pour conduire cette recherche à bonne fin que la fermeté et la persévérance de S. M. en la résolution qu'elle prendra : étant certain que, nonobstant les défenses qu'elle aura faites d'intercéder vers elle pour les financiers, elle aura à combattre les sollicitations de plusieurs personnes intéressées ou par parenté, ou par utilité secrète, ou touchées de compassion, quoique sans sujet.

« Il faut aussi être à l'épreuve de certains mauvais succès qui peuvent arriver en la poursuite de quelque particulier, au procès duquel quelque juge se rendra peut-être favorable, ou un témoin sera corrompu, ou une preuve sera altérée, ou on prolongera le temps pour empêcher la condamnation; étant certain qu'es grandes affaires, et particulièrement de cette nature, il se trouve de grandes difficultés, et qu'il est presque impossible de faire, contre l'intérêt de plusieurs particuliers, l'établissement d'un bien notable pour le public, sans une peine indicible, qui enfin rend le succès de ce qu'on a entrepris plus glorieux.

« Toutes'^ les affaires de France n'ayant rien de chaud que les commencements, si celle qu'on entreprend n'est poursuivie avec même vigueur et que les financiers aperçoivent qu'on se ralentisse, ils diront qu'on ne trou-ve point de sujet de leur faire du mal, ou qu'on n'a pas le

1. Ce paragraphe a été écrit en marge par le « secrétaire de la main ».

2. Ici Charpentier a pris la plume pour écrire ce paragraphe et le suivant qui font partie du corps même du texte.

3. Ici le « secrétaire de la main » a repris la plume, qu'il ne quittera plus jusqu'à la fin du document.

courage. Ce qui les fera passer pour être aussi innocents qu'ils sont coupables, les rendra plus insolents et fera que composition qu'on leur pourroit demander à la fin ne sera pas si avantageuse pour le Roi.

« Il faut prévoir et pourvoir au dessein que les financiers, pour se sauver dans la confusion et troubles du royaume, pourroient être portés par le désespoir à donner sous main une somme notable h ceux qui peuvent brouiller l'Etat et qui sont mécontents.

« Ainsi, du temps d'Henri IIP, Videville poursuivi vivement se retira en Lorraine, d'où il disposa ses compagnons h donner de l'argent à M. de Guise pour commencer à acheminer les desseins de la Ligue. Il est donc à craindre que beaucoup de méchants esprits et inventifs, comme sont d'ordinaire ceux des hommes de finance et tant de seigneurs qui leur sont alliés, ou qu'ils peuvent intéresser, ne se jettent dans quelque résolution semblable. Et, encore que le temps n'y semble pas être beaucoup disposé, si est-ce qu'il faut appréhender de l'esprit avaricieux de Monsieur le Prince et de la plupart des officiers de la Couronne et seigneurs qui sont privés des pensions qu'ils avoient accoutumé d'avoir.

« De toutes ces raisons, on peut tirer cette résolution que puisqu'il est périlleux de porter la recherche des finances jusques aux extrémités, qu'il est honteux de la quitter, que les affaires présentes requièrent qu'on la fasse, et qu'il est expédient pour l'avenir qu'elle soit, il la faut faire jusqu'à une grande saignée de leur bourse, et donner ordre que dorénavant elle ne se remplisse point tant. Mais il faut sur toutes choses suivre en cela l'inclination et les mouvements du Roi, afin de n'être point chargé du blâme de trop grande lâcheté ou de trop grande violence.

« Il n'y a financier qui ne soit associé avec des partisans pour prêter de l'argent au Roi; et cependant les ordonnances sont formellement contraires.

« Charles IX'^, l'an 1560, aux Etats, h Orléans, article 139, leur défend de s'associer avec marchands ou banquiers, à peine de privation de leurs états. »

Appendice XIV.

Liste des financiers compromis en 162^^.

« Financiers contre lesquels il y a décret de prise de corps^ :

« Le sieur de Beaumarchais, trésorier de l'Epargne;

« Le sieur Bardin, son commis ;

« Le sieur Aimeras, trésorier de ligues de Suisses;

« Le sieur de Lyonne, aussi trésorier de ligues;

« Le sieur de Ligny, trésorier des parties casuelles;

« Le sieur de Bragelongne, trésorier de l'extraordinaire des guerres;

« Le sieur Donon, trésorier de l'artillerie ;

« Le sieur de la Barre, aussi trésorier de l'artillerie;

« Le sieur Aubert, qui a exercé la même charge par commission;

« Le sieur Hobier, trésorier de la marine de Levant;

« Le sieur Siron [ou Sirou], aussi trésorier de ladite marine;

« Le sieur de Serres, aussi trésorier de ladite marine ;

« Le sieur Félix, contrôleur de ladite marine;

« Le sieur Nalot, trésorier-payeur de la gendarmerie.

« Proxénètes desdits financiers contre lesquels il y a aussi décret de prise de corps :

« Le Doyen, trésorier des aumônes et contrôleur général des rentes en Touraine ;

« Les nommés Monse, père et fils ;

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