‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 14 sur 135 · La Reine mère · texte numérisé non relu

La Reine mère

6. M""* du Vernet ne quitta qu'en 1626 sa charge de dame d'atours.

sa chute, cherche diverses inventions pour se maintenir. Il voulut premièrement faire entrer le président Le Jay (qu'il n'avoit su faire garde des sceaux) dans les Conseils; puis il se proposa de faire un Conseil des dépêches, composé de personnes qui n'entrassent point dans le Conseil et n'approchassent point de la personne du Roi, dont il vouloit que le cardinal de Richelieu fût le chef et que le comte d'Auvergne y eût entrée ; enfin il fit résoudre le Roi à mettre le Cardinal en ses Conseils*.

serve aux Affaires étrangères. Ce manuscrit est formé, on le sait, de cahiers d'un nombre inégal de pages; pour l'année 1624, c'est, en général, seize. Les cahiers formant le récit des années 1624 et 1625 dans A ont été reliés ensemble dans le volume 57 du fonds France au ministère des Affaires étrangères. Le premier cahier de 1624 commence avec ces mots : « Le sieur de la Vieuville estimant.... » Sur la feuille de garde de ce cahier et lui servant de couverture, on lit ce qui suit : en haut, à gauche, ces mots écrits par Sancy, « peut estre bon »; en haut, à droite, le chiffre I, indiquant que c'est le premier cahier de l'année 1624, et le chiffre 1 marqué au composteur; au milieu de cette page, en haut, « 1624 », de la main de Charpentier; puis au-dessous, d'une écriture lâchée, qui est celle de Sancy, « Cahier I » ; plus bas, Charpentier a écrit sur trois lignes un résumé des matières contenues dans ce premier cahier : « Proposition pour faire entrer le Cardinal au Conseil. Raisons pour s'en excuser. Rang contesté au Cardinal par les Connétable et Chancelier, et sa préséance sur eux; » au-dessous, sur une seule ligne, le même Charpentier a écrit : « 1624 1625 1626 1627. » Ce premier cahier de A est paginé.

1. Cette proposition d'entrer au Conseil fut faite au Cardinal en mars 1624. — Fontenay-Mareuil attribue à l'influence de la Reine mère l'entrée de Richelieu au Conseil. Ce fut aussi, semble-t-il, l'opinion de Richelieu, qui écrivit au P. Joseph : « ... Il a plu au Roi me donner la charge de son premier ministre à la prière de la Reine » (Avenel, Lettres et papiers d'Etat ...du cardinal de Richelieu, t. II, p. 4). On raconte que

Le Cardinal s'en défendit autant qu'il lui fut possible, pour plusieurs considérations et par plusieurs raisons.

Il lui représenta qu'il avouoit que Dieu lui avoit donné quelques qualités et force d'esprit, mais avec

le Roi fut hostile à la nomination de Richelieu comme ministre; Fontenay-Mareuil rapporte [Mémoires, t. I, p. 561) que Louis XIII, voyant un jour passer le Cardinal, aurait dit : « Voilà un homme qui voudroit bien être de mon Conseil, mais je ne m'y puis résoudre après tout ce qu'il a fait contre moi. » D'autre part, le Mot à l'oreille du marquis de la Vieuville confirme ce que Richelieu dit dans ses Mémoires de son entrée au Conseil. « Mais, — y lit-on p. 31 et 32, -^ faites sagement votre profit [l'auteur s'adresse à La Vieuville] des avertissements que je vous donne ... en vous disant la pure vérité : vous vous en trouverez cent fois mieux que d'avoir jeté, comme l'on dit que vous avez fait, le cardinal de Richelieu dans le Conseil étroit pour vous fortifier de cet appui contre le Garde des sceaux. Il est jeune, vigoureux et actif; c'est ce qu'il vous faut; vous êtes tous deux d'une même humeur et vous accorderez très bien ensemble en ce que vous ne voudrez tous deux qu'une même chose, qui est de gouverner chacun tout seul. Il y en a qui disent que vous vous fussiez bien passé de ce second, et le Roi aussi; car, puisque S. M. est avantageusement pourvue de toutes les conditions plus nécessaires pour bien régner, qu'est-il besoin de lui donner tant de conseillers dont la multitude ne fait qu'engendrer confusion? Un seul homme bien fait lui vaudroit plus qu'un millier. » Dans le pamphlet la Voix publique au Roi, on lit (p. 57) : « Voyant qu'il [La Vieuville] n'étoit assez puissant ni d'esprit ni de crédit pour gouverner seul et pour résister au commencement à l'envie des grands, il s'est avisé d'introduire le cardinal de Richelieu dans votre Conseil, non pour rétablir l'ordre mais seulement pour déguiser le bol de casse qu'il a fait avaler au Colonel et d'un même coup animer Monsieur votre frère contre la Reine mère, semant la division où l'amour devroit être inviolable. Il s'est hâté encore de l'introduire pour se décharger sur lui du mécontentement que le comte de Soissons avoit de la rupture

tant de débilité de corps que cette dernière qualité l'empêche de se pouvoir servir des autres dans le bruit et désordre du monde*.

Pour lui témoigner qu'il lui dit vrai, il s'offre de faire tout ce qu'il peut désirer de lui, soit pour le public, soit en particulier, pour le servir sans être du Conseil.

Par exemple, toutes les semaines, il se trouvera, s'il veut, en sa maison ou en celle de M. le Garde des sceaux, pour aviser avec ces messieurs à tout ce qui sera à propos pour les affaires, et ainsi, lui faisant l'honneur de lui communiquer ce qui se passera, il aura tout le loisir de digérer et penser beaucoup de choses qu'il admettra ou rejettera selon qu'il les trouvera bonnes.

Gela se faisant par l'ordre secret du Roi, il aura lieu, quand il lui plaira, de le mener avec ces autres messieurs parler à S. M., pour le fortifier aux conseils

de son mariage avec Madame, comme aussi pour donner l'endosse au Cardinal de tous les accrochements qu'il prévoyoit arriver dans les négociations de Hollande et d'Angleterre. Et, ce qui est de plus détestable, c'est qu'on assure qu'il fait état d'entretenir V. M. en continuelle jalousie avec la Reine votre mère. »

1. On lit dans les Maximes d'État : « La ligne de ma santé est si courte qu'il est presque impossible de n'en excéder pas les mesures »; et plus loin, cette réflexion, qui a dû être écrite vers 1629 : « Je savois bien que, quoique le faix des affaires ne surpassât pas la portée de mon esprit, il n'avoit aucune proportion avec la faiblesse de mon corps. Je le sentois par expérience qui, tous les jours, me rendoit plus certain de ce que j'avois toujours prévu. Je m'en plaignois à quelquesuns de mes amis les plus confidents. Je consultois avec eux des remèdes... » (p. 36 et 54). Cf. le Testament politique, chap. vni, section V.

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qu'ils auront arrêtés, et lui dire pour son service les choses qu'ils ne voudroient par lui dire eux-mêmes.

Ainsi il fera les mêmes effets qu'il désire et n'aura point l'incommodité qu'il ne peut supporter.

Il voudroit de bon cœur mettre sa vie pour l'État et ses amis*; mais de le faire sans fruit, il ne le juge pas à propos.

Pour être publiquement du Conseil, il lui faudroit tant de conditions pour la faiblesse de sa complexion, laquelle n'est pas connue à tout le monde, qu'il sembleroit que ce seroit pure délicatesse qui les lui feroit désirer.

Premièrement, quantité de visites le tuent, et il voudroit que personne ne lui pût parler d'affaires particulières 2, qu'un chacun sût qu'il a défenses d'en parler à S. M., soit pour lui demander une grâce, pension^ ou autre chose de pareille nature, qu'il ^ die qu'il veut seulement se servir de lui, concurremment avec eux deux^, en certaines affaires publiques qui ne requièrent la conférence de personne et auxquelles on a d'autant plus loisir de penser que moins en est-on détourné par les importunités des particuliers.

Il désireroit qu'on ne fît pas trouver mauvais au Roi si souvent il n'étoit à son lever ; mais qu'il sût et crût que rien ne l'en empêcheroit que le malheur qu'il a de ne pouvoir longtemps être debout ou en une presse^

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