‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 25 sur 135 · Var. : entendre en ce mariage (ms. B · texte numérisé non relu

Var. : entendre en ce mariage (ms. B

5. Ce paragraphe, qui est à la marge sur le document qui a servi de source à tout ce passage, n'est point de l'écriture du « secrétaire de la main » .

maltraité les catholiques en leur affliction, ils nous méprisent en leur prospérité; ce qui fait que le roi d'Espagne en fait un extrême cas^

On pourra demander si en nul cas, hors celui de la liberté ou soulagement des catholiques^, on ne peut traiter ce mariage.

En quoi il faut confesser que les théologiens et les gens d'État se trouvent fort empêchés, n'y ayant, en autre cas, aucun fruit apparent, ains beaucoup de mal à craindre.

Toutefois, si on assuroit tellement sa religion qu'elle ne put courir aucun hasard en sa personne, si elle avoit auprès d'elle des dames saintes et de grande vertu, s'il lui étoit permis d'avoir un évêque en qualité de grand aumônier, et plusieurs autres personnes doctes et de sainte vie, qu'elle eût une église où le service de Dieu fût fait avec liberté, on pourroit, sinon conseiller, au moins ne déconseiller pas ce mariage, attendu qu'il semble que ce seroit donner lieu^ aux catholiques anglois d'avoir consolation par espérance en leurs peines.

Et cela est bien la moindre chose qu'on nous puisse accorder, puisqu'autrefois"^ un roi de France donnant sa tille à Ethelbert^, roi d'Angleterre, encore païen, obtint

1. Ce pai'agraphe est à la marge du document qui est la source de tout ce passage.

2. Ces quatre mots ont été écrits par Sancy entre les lignes du document cité,

3. Ce mot a été ajouté en marge par Charpentier, sur le manuscrit B. Il avait été oublié par le scribe.

4. Le document écrit par le « secrétaire de la main » porte en marge : « Il y a plus de mille ans. »

5. Ethelbert, roi de Kent (560-616), fut le premier roi chré-

de lui les mêmes conditions, sans y en ajouter aucune, selon que Bède^ le rapporte; ce qui devroit combler de honte les Anglois, si nous ne pouvions obtenir de leur roi chrétien ce que l'on obtint autrefois d'un roi païen ^.

Surtout, pour l'honneur de la France, il faut rechercher en cette alliance tous les avantages qu'il se pourra pour la religion, se souvenant de ce qui se passa il y a huit ou neuf ans en pareil sujet.

L'ambassadeur de Savoie, traitant du mariage du prince de Savoie avec la fille d'Angleterre^ et se por-

tien des Anglo-Saxons en 597. Il avait épousé Berthe, fille de Caribert, roi de Paris. Une note écrite par le « secrétaire de la main » donne les détails suivants sur Ethelbert : « Ethelbert, païen, roi d'Angleterre, l'an 590 épousa Berthe, fille d'un roi de France catholique. Elle eut permission d'y exercer sa religion, eut une église dans Cantorbéry qui y est encore; s'appelle Saint-Martin. Elle eut un grand aumônier, évêque de Senlis, qui depuis a été mis au nombre des saints , s'appelle saint Luthard. Elle convertit son mari, qui depuis a été canonisé et rapporté dans le martyrologe » (Bibl. nat., Français 15990, p. 251).

1. Bède le Vénérable (673-735), moine anglais du monastère de Jarrow, composa, entre autres ouvrages, une Historia ecclesiastica Anglorum.

2. La première leçon du document écrit par le « secrétaire de la main » était, avant les corrections effectuées par Sancy, la suivante : « Ce qui nous combleroit de honte si nous avions moins d'un roi chrétien qu'on obtint autrefois d'un roi païen. » Notez les différences sensibles des deux leçons.

3. Le comte Cambiano di Rufîia fut envoyé en Angleterre comme ambassadeur de Savoie, lorsqu'il fut question en 1611 du mariage d'Elisabeth, fille de Jacques \", roi d'Angleterre, avec Victor-Amédée, prince de Piémont. Peu après le chevalier .Tean-Baptiste Gabaleone fut envoyé à la place du comte Cambiano di Ruffia (Carutti, Storia délia diplomazia délia corte di Savoia, t. II, p. 107-108). Le mariage n'eut pas lieu.

tant un peu froidement pour l'article de la religion, les Anglois publièrent, par moquerie, que le duc de Savoie étoit content que leur princesse retînt sa religion. En même temps, Pierre de Zuniga, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, disoit tout haut que, si le prince de Galles vouloit se faire catholique, le Roi son maître lui enverroit sa fille sur un pont d'or; mais, s'il y persistoit, qu'il ne lui voudroit pas donner en mariage la plus chétive chambrière de son royaume. Le zèle de l'Espagnol fut estimé et la froideur du Savoyard blâmée ^ .

Faisant ce mariage mal à propos et illicitement, il seroit grandement à craindre de provoquer l'ire de Dieu sur nous, comme fit Josaphat-, qui, quoique pieux roi, sentit rigoureusement la main de Dieu, pour s'être joint avec Achab, roi d'Israël^, qui persécutoit cruellement les serviteurs de Dieu ^.

Le roi d'Angleterre publie, et l'a dit ouvertement au sieur de Bisseaux'', qu'il ne se soucie pas que l'on

1. Le mot blâmée n'avait pas été transcrit par le scribe qui avait laissé un blanc que Charpentier a comblé.

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