L'Electrice Palatine
2. Le scribe avait écrit sur le manuscrit B : sera toujours bien aisé à regagner de la part d'Espagne, phrase qui avait peu de sens et qui cependant avait été laissée telle quelle dans le manuscrit A. C'est Charpentier qui a fait les corrections nécessaires sur le manuscrit B.
3. « Ils [les Hollandois] mettront aussi en considération le soupçon qu'ils ont des pratiques d'Espagne et d'Angleterre et qu'ils ne s'oseront promettre que nous entrions en guerre ouverte avec Espagne pour eux; et, ne leur donnant que quelque petit et léger secours sous main, incertain encore à cause de nos mouvements qui sont trop fréquents, il ne leur pourra servir qu'à leur faire durer la guerre et non pour la faire à leur avantage » (discours du président Jeannin, fol. 418 v«].
conjoints en amitiés avec le roi d'Angleterre et n'ayant plus sujet de craindre Espagne, qui vraisemblablement ne voudra plus entrer en guerre contre eux, pour y faire les mêmes dépenses, encourir les mêmes dangers qu'elle a soufferts au passé. Et pour ce que le prince d'Orange est à présent celui qui a plus de pouvoir dans les États, le roi d'Espagne pourra consentir qu'il soit gouverneur perpétuel desdites provinces, lui donner de grands États et appointements et de l'honneur et commandement en ses armées, s'il entre en confiance avec lui^
1. On retrouve dans ce paragraphe une partie des idées et aussi des expressions d'un passage du manuscrit A, écrit à la marge, puis barré; le voici : « On pourra penser que le prince d'Orange, étant absolu dans les États, ne semble pas y pouvoir trouver son compte en la trêve ni en la paix, mais s'y fera bien si le roi d'Espagne le déclare gouverneur perpétuel desdites provinces. Enfin, il y a de la part d'Espagne quelque péril à la France de jurer étroitement avec les Etats; il y en a plus à les abandonner et les contraindre à se mettre par nécessité entre les mains des Espagnols qui, étant leurs ennemis, aiment encore plus la France que la royauté qui la domine » (ms. A, fol. 31 v"). La source de ce paragraphe des Mémoires est, en réalité, un passage du discours du président Jeannin (fol. 421) reproduit textuellement à partir des mots « comme étant par ce moyen conjoints... ». — Quant au passage du manuscrit A, écrit à la marge, il est la copie d'un fragment du document écrit par Charpentier, cité page 78 en note, et conservé aux Affaires étrangères (Correspondance politique. Hollande 9, fol. 405); ce passage a été revu par Sancy, qui l'a corrigé en quelques endroits; il était, en effet, primitivement ainsi rédigé : « Le prince d'Orange étant absolu dans les Etats ne semble pas pouvoir trouver son compte en la trêve, si ce n'est qu'il se contentât que le roi d'Espagne le déclarât gouverneur perpétuel desdites Provinces. Quoiqu'il y ait du péril à se déclarer contre l'Espagne pour les États, il y en a plus à les abandon-
De dire que le roi d'Espagne n'y voudra pas consentir, il n'y a point de vraisemblance ; car c'est son avantage. Si l'obligation est mutuelle entre eux trois ^ de se secourir l'un l'autre et de n'avoir plus, à l'avenir, que mêmes amis et ennemis, il en tirera autant de profit que s'ils demeuroient ses sujets, étant bien certain que les pays que les États possèdent à présent n'ont contribué en argent à leurs anciens seigneurs que fort peu, et même quand ils étoient en la sujétion des Empereurs romains, ils n'étoient obligés à autres charges qu'à fournir armes, chevaux et le service de leurs personnes en guerre, sans contribuer aucune chose en argent. Aussi a-t-on vu que l'une des premières causes de leur rébellion contre Espagne a été les impositions qu'on vouloit lever sur eux^. Aussi le roi d'Espagne en eut-il la proposition agréable, quand on la lui fit entre les autres, ainsi que nous avons dit ci-dessus.
Que si jamais les Hollandois en sont réduits à ce point, nous avons beaucoup à craindre d'eux, tant parce que^ c'est un peuple aguerri, proche de nous,
ner et les contraindre, etc.. » (Voyez aussi Avenel, t. VII, p. 544 et 545).
1. Var. : eux tous (mss. A et B). La leçon que nous avons adoptée est donnée par le discours du président Jeannin.
2. Le début de ce paragraphe est ainsi rédigé dans le discours du président Jeannin, dont il est tiré (Aff. étr., Correspondance politique, Hollande 9, fol. 419) : « Peut-être qu'on dira le roi d'Espagne être celui qui y apportera plus de difficulté; mais je ne l'estime pas, car, si l'obligation est mutuelle entre eux trois, etc.. » Le reste du paragraphe, sauf la dernière phrase, est une copie à peu près textuelle du discours du président Jeannin.
3. Ce qui précède, depuis le début du paragraphe, a été écrit par Sancy, entre les lignes, sur le manuscrit A; Sancy a
puissant en soi-même, et beaucoup plus lorsque les pays possédés par rarchiduc* seroient unis avec eux et à même fin que parce aussi qu'ils seront plus animés contre nous qu'aucuns autres, l'expérience nous faisant connoître qu'un ami abandonné se fait ennemi plus irréconciliable que ceux qui de tout temps ont été nos ennemis^.
Pour toutes ces raisons^, le Cardinal estima qu'il
ajouté les mots Voyez ici, suivis d'un signe de renvoi. A la suite de ce signe, répété à la marge, est écrit le texte qui forme la fin de ce paragraphe du manuscrit B; àla suite, également à la marge, est un passage, biffé depuis, commençant ainsi : Le feu Roi a toujours méprisé les inconvénients... Ce dernier passage, quelque peu transformé, a été introduit dans le texte même du manuscrit B, quelques pages plus haut (voyez p. 74 et 75); nous donnons, à la page 74 en note, le passage lui-même, tel qu'il est écrit en marge du manuscrit B.
1. A l'époque où cet exposé a été fait pour les Mémoires, les Pays-Bas étaient gouvernés par l'archiduchesse Isabelle, veuve en 1621 de l'archiduc Albert, qui fut gouvernante jusqu'à sa mort en 1633. Mais il est probable que cette phrase a un caractère général.
2. La source de ce paragraphe se trouve dans le document précité écrit par Charpentier (Aff. étr. , Correspondance politique, Angleterre 26, fol. 405 v").
3. Ces raisons étaient celles que le Cardinal faisait valoir devant le Conseil. Dans son Étude sur des maximes d'Etat et des fragments politiques inédits du cardinal de Richelieu qu'il avait publiée dans le Journal des Savants (août 1879, p. 504, 505), M. Hanotaux, rapprochant ce passage d'une note de Richelieu conservée dans le volume 521 du fonds Clairarabault de la Bibliothèque nationale, avait fait remarquer qu'en réalité le Cardinal ne croyait pas que l'alliance fût possible entre la maison d'Espagne et les Provinces-Unies. La note en question fait partie des fragments que M. Hanotaux a publiés depuis lors, sous le titre Maximes d'État, dans les Documents inédits.
falloit contracter avec eux une amitié aussi étroite que du temps du feu Roi, ne les abandonner point en leur besoin et faire un nouveau traité avec eux, qui nous obligeât réciproquement à une sincère et mutuelle correspondance ; ce qui leur seroit avantageux, d'autant qu'en ce faisant S. M. fera paroître, aux yeux de toute l'Europe, qu'elle s'intéresse, autant qu'elle le peut, à leur conservation.
p. 2 et 3. Le morceau porte pour titre « ïrefve de Rolande » ; le voici : « Ce qui empêchera autant de la part du roi d'Espagne la trêve de Hollande seront trois points sans lesquels il auroit honte de la faire.
« Par la première trêve, il traite avec les Hollandois comme souverains; maintenant, il voudroit quelque terme moins avantageux pour eux, ce qu'ils ne consentiront jamais.
« Il voudroit que le commerce d'Anvers, durant la trêve, fût libre par mer et par terre, et ils en feront grande difficulté à cause que cela préjudicieroit à celui d'Amsterdam. Toutefois, peut-être se relâcheroient-ils à ce point que, le négoce étant déjà établi à Amsterdam, on seroit longtemps à changer d'habitude.
« Le troisième point est qu'il voudroit qu'il y eut trêve pour les Indes et que les Hollandois n'y envoyassent pas de flottes et quittassent tout à fait ce commerce, qui est ce qu'ils ne feront jamais, tant parce qu'ils y sont déjà forts, y ayant vingtquatre places fortifiées et deux ou trois rois sous leur sujétion, que parce que le profit de leur négociation y est sûr, que parce enfin que la puissance d'Espagne ne peut être traversée en chose plus importante que sur mer en ce qui est des Indes, d'autant que, si la flotte ne vient, le roi d'Espagne, qui est très grand terrien, ses forces sont un corps sans âme qui ne se peut mouvoir sans or, qui est le nerf des armées. » Voyez p. 64 des Maximes d'État un passage qui met en garde contre une politique trop confiante avec la Hollande, et, p. 9, un paragraphe sur la nécessité d'une coopération politique de la France et de la Hollande.
Et, pour ne manquer à rien de ce qui étoit du service du Roi et de l'avantage de la France en ce traité, il lui sembla qu'il falloit ajouter à ceux qui avoient été faits ci-devant quelques articles importants à l'État et à la religion :
Premièrement^ que non seulement ils ne donneront point d'empêchement, mais toute assistance à nos marchands trafiquant aux Indes orientales et occidentales ; leur lairroient le choix des côtes pour y trafiquer en toute sûreté et liberté et les associeront avec eux en leurs navigations èsdits pays.
'En second lieu, qu'ils révoqueront tous traités d'alliance faits avec les pirates d'Alger, sous l'ombre desquels plusieurs particuliers déprèdent. les marchandises et vaisseaux des sujets de S. M. et leurs propres personnes et les transportent es terres des infidèles.
En troisième lieu, le Cardinal, reconnoissant que jusqu'alors la messe n'avoit point, depuis nos alliances, été dite en Hollande ni chez l'ambassadeur, qui avoit toujours été huguenot^, ni dans les troupes françoises, quoiqu'elles fussent presque toutes cathohques, dont
1. Ce traité, conclu à Compiègne le 20 juillet 1624, est imprimé dans le Mercure françois, t. X, année 1624, p. 492- 495. Les principales clauses en sont reproduites ici (p. 88- 89), sinon à la lettre, au moins dans leur esprit.
2. Le président Jeannin, Hélie de la Place, sieur de Russy (voyez plus haut page 77, note 1, où il a été déjà parlé de ce personnage), M. de Reffuge et Benjamin Aubery, sieur du Maurier, furent ambassadeurs auprès des États-Généraux des Provinces-Unies de 1609 à 1616. Du Maurier occupa seul le même poste de 1617 à la fin de 1619. Charles Faye, seigneur d'Espesses (1577-1638), fils du président à mortier Jacques d'Espesses, lui fut adjoint de 1620 à 1624; puis d'Espesses fut seul ambassadeur de 1625 à 1628.
s'ensuivoient* de grands inconvénients, tant pour la réputation du Roi que pour le salut des âmes, conseilla au Roi deux choses : la première, d'y envoyer^ un ambassadeur catholique qui fit dire la messe en sa maison; la seconde, de ne leur accorder le secours qu'ils demandoient qu'à condition qu'il seroit permis aux gens de guerre françois d'avoir aussi des aumôniers pour leur célébrer la messe et administrer les sacrements.
Les ambassadeurs contestèrent longtemps ce second point ; mais la fermeté du Roi à ne s'en vouloir relâcher les contraignit enfin de s'y accorder. Il en fut couché un article exprès dans le traité qu'on fit depuis avec eux, à Gompiègne, le 20'' juillet 1624.
Tandis que ces choses se passoient, La Vieuville se gouvernoit si maP qu'il ne pouvoit pas subsister davantage^.
Le Cardinal ne fut pas plus tôt dans les Conseils qu'il ne vit par effet ce qu'il avoit prévu, qui est qu'il n'avoit pas dessein d'amender ses procédures^.