Var. : le lendemain en sa chambre (ms. Français
4. Arnauld d'Andilly écrit dans son Journal : « Le Roi envoie quérir, à sept ou huit heures du matin, le marquis de la Vieuville par Armagnac [valet de chambre du Roi], et lui commande de se retirer, disant qu'il n'étoit nullement satisfait de ses services. »
avoient rendus à ceux de sa personne de Navarre, s'expliquant qu'il entendoit non tant aux rois de France, ses prédécesseurs, comme au roi de Navarre, prédécesseur de sa personne.
Sur cela, il se retira et fut arrêté dans la cour du château par M. de Tresmes*, et de là envoyé prisonnier à Amboise^.
Incontinent, le Roi envoya quérir tout le Conseil,
1. René Potier (1579-1670), comte puis duc de ïresmes, gouverneur de Châlons et lieutenant général au gouvernement de Champagne, était fils de Louis Potier, baron de Gesvres, puis comte de Tresmes, et de Charlotte Baillet. Il fut en 1608 chambellan ordinaire du Roi, chevalier de ses ordres en 1619, conseiller d'État en décembre 1629, mestre de camp d'un régiment de cavalerie en 1652 et nommé gouverneur de Pont-Audemer en novembre 1661. Il avait épousé en 1607 Marguerite de Luxembourg, fille du duc de Piney, prince de Tingry. Ayant obtenu, en novembre 1648, l'érection du comté de Tresmes en duché-pairie, il se démit de ce duché en 1669 en faveur de son fils Léon.
2. LaVieuville fut envoyé àAmboise. Le jour même de l'arrestation, le 13 août, Herbault écrivait à Béthune : [La Vieuville] a a été mis ce matin dans un carrosse pour être mené au château d'Amboise, non en intention de le rechercher sur l'administration des finances, mais afin qu'il ne communique à personne les affaires dont il a connaissance. Le Roi a commandé à MM. de Champigny, de Marillac et aux intendants de prendre soin de ses finances jusqu'à ce qu'elle [sic) y ait autrement pourvu » (Bibl. nat., ms. Français 3666, fol. 96). Il existe aux Affaires étrangères (France 778, fol. 195) un document anonyme relatant les détails de l'arrestation de La Vieuville et énumérant les chefs d'accusation relevés contre lui. Ce document vient confirmer les accusations portées par les Mémoires contre La Vieuville aux pages précédentes. Le Journal d'Arnauld d'Andilly donne quelques détails sur l'arrestation de La Vieuville (p. 52) et ajoute : « Le Roi envoya sceller chez M. de la Vieuville et chez M. de Beaumarchais. »
auquel, après que S. M. eût fait part des principaux desservices que La Vieuville lui avoit rendus, et des mécontentements qu'elle avoit sujet d'avoir de sa conduite, dont tout le monde avoit assez de connoissance et s'étonnoit de ce qu'on ne l'avoit plus tôt chassé, le Cardinal parla ainsi * :
« On ne sauroit assez louer V. M. de s'être défaite d'une personne qu'elle nous fait connoître avoir commis tant de manquements à votre service. Ainsi qu'il n'y avoit aucun qui ne fût étonné quand vous l'aviez appelé à votre Conseil, il n'y a personne qui n'estime qu'en l'en éloignant il ne reçoive ce qu'il mérite. Chacun connoît les qualités qui sont en lui ; qu'il n'agissoit que par passion et par intérêt ; jamais ne donnoit aucun conseil que sur ces principes, changeoit tous les jours de résolution, et, pour dire en un mot, n'avoit aucune des parties nécessaires pour le lieu qu'il tenoit.
« Toutes ses mauvaises qualités et comportements ne feront point tant approuver sa chute, comme le bon choix que vous ferez de ceux qui lui succéderont; la mémoire de ses fautes s'oubliera, mais les actions de ceux qui entreront en sa place dureront autant qu'ils y seront.
« Si V. M. faisoit encore un choix pareil à celui de La Vieuville, vos affaires seroient perdues, en sorte qu'il seroit impossible de les remettre jamais sur pied,
1. On remarquera que, dans tout le discours qui va suivre, ce senties mêmes idées, déjà exprimées, et souvent à plusieurs reprises, dans les pages précédentes, qui vont être à nouveau exposées ici et dans des termes rappelant parfois ceux employés précédemment.
car celui-ci les a mises en tel état qu'on n'oseroit vous promettre assurément de les rétablir comme on peut désirer.
« Le mariage d'Angleterre est en mauvais terme, par un traité particulier qu'il a fait sans le su de V. M. et contre ce que nous avions arrêté tous ensemble.
« L'affaire de la Valteline a été conduite avec tant d'extravagance et de contrariété qu'il est à craindre que vous y perdiez et votre réputation et vos* finances, vu qu'au même temps que vous avez armé, au même temps La Vieuville a fait envoyer en Espagne et en Italie, par le nonce Corsini^ et le marquis de Mirabel, pour assurer qu'enfin vous consentiriez les passages secrètement, qui est la seule chose que vous disputez^.
« Si par malheur nous tombions encore en ces inconvénients, V. M. jugeroit bien que les affaires de l'État^ seroient sans remède. Elles se doivent faire par concert et non par un seul, à l'oreille.
4 V. M. ne doit pas confier ses affaires publiques à un seul de ses conseillers et les cacher aux autres; ceux que vous avez choisis doivent vivre en société et amitié dans votre service et non en partialité et divisions. Toutefois et quantes qu'un seul voudra tout faire, il voudra se perdre ; mais, en se perdant, il perdra votre État et vous-même; et toutes les fois qu'un seul voudra posséder votre oreille et faire en
1. Ce mot que le scribe avait oublié de transcrire a été rétabli par Charpentier.