‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 45 sur 135 · La Vieuville · texte numérisé non relu

La Vieuville

2. // désigne le garde des sceaux, tandis que, dans la suite de la phrase, il désigne La Vieuville.

lions qu'il n'odorât quelque chose de ce qui lui devoit arriver.

Sur cela, il se résolut d'aller demander son congé au Roi * ; il monta en carrosse et l'alla trouver à Rueil, où il étoit allé voir la Reine.

Étant arrivé, il dit à S. M. qu'il connoissoit bien qu'il ne se vouloit plus servir de lui ; cela étant, qu'il le prioit de lui faire cet honneur qu'il pût sortir, sans cette infamie d'être éloigné par autre voie que par celle qu'il faisoit de se retirer.

Le Roi étoit dès lors résolu de l'arrêter, tant pour les grandes charges qui étoient contre lui que parce qu'il étoit à craindre que sa légèreté à parler, jointe à sa mauvaise volonté qui augmenteroit par sa disgrâce, ne lui fit découvrir les affaires très importantes qui lors se traitoient; cela lui donna de la peine à trouver un expédient par lequel, sans contrevenir à aucune parole qu'il lui donnât, il pût demeurer dans la suite du dessein qu'il avoit déjà fait. Mais La Vieuville, qui reprenoit quelque espérance par la prudence avec laquelle S. M. lui parloit, donna bientôt lieu à S. M. de le trouver, en ce que lui, qui avoit vu que ceux qui étoient éloignés auparavant n'avoient jamais eu permission de lui parler depuis qu'ils avoient eu leur congé, estimoit que si le Roi lui promettoit de ne lui donner congé que de sa bouche, qu'assurément il éviteroit de l'avoir en effet.

En cette considération, il dit au Roi qu'il retourneroit à Saint-Germain très volontiers, pourvu qu'il

1. Ces deux derniers mots ont été ajoutés par Charpentier entre les lignes.

plût à S. M. lui promettre* que, si jamais il étoit las de son service, il lui donneroit congé de sa propre bouche^.

S. M. lui promit volontiers, se résolvant sur-lechamp de le faire venir le lendemain au matin, en sa chambre^, pour lui dire lui-même que ses actions l'avoient obligé à ne se servir plus de lui et le faire arrêter au sortir de là.

Gela fut exécuté^. Le sieur de la Vieu ville répondit au Roi, avec force extravagances, selon qu'il avoit accoutumé de parler, qu'il le supplioit de considérer les services que ses prédécesseurs, aïeux et bisaieux,

1. Var. : permettre (ms. B et ms. Français 17542). Nous avons adopté la leçon du manuscrit A, l'autre constituant une erreur évidente.

2. Bassompierre, rapportant ces mêmes faits, ajoute l'anecdote suivante : « Il s'en retourna en assurance à Saint-Germain. Mais le soir, comme il se faisoit un charivari en la basse-cour pour un officier du Commun qui avoit épousé une veuve, Monsieur, frère du Roi, qui l'ouït, manda qu'il s'en vînt dans la cour du château pour le voir, ce que tous ces marmitons et autres firent avec des poêles qu'ils frappoient. Quand La A'^ieuville entendit ce bruit, il le prit pour lui et envoya dire à M. le cardinal de Richelieu que l'on le venoit assassiner. Monsieur le Cardinal monta en sa chambre et le rassura » [Mémoires de Bassompierre, t. III, p. 192). Cette même anecdote est rapportée en termes analogues dans le Mercure françois, t. X, année 1624, p. 671, et dans le Journal d'Arnauld d'Andilly (p. 51).

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