‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 61 sur 135 · Var. : immances (ms. A et B, et V « Avis », fol. 12 v · texte numérisé non relu

Var. : immances (ms. A et B, et V « Avis », fol. 12 v

5. Ce paragraphe, à partir des mots : justes et raisonnables, était ainsi primitivement rédigé dans le manuscrit A et n'était que la copie de 1' « Avis » (fol. 12 v") : « ... par certaines maximes particulières, justes et raisonnables, qu'on établira; par exemple, par l'examen de leurs biens et la proportion de ceux qu'ils ont avec ceux de leur naissance, ce qui a toujours été pratiqué. Enguerrand de Marigny fut condamné sur l'immensité de son bien. Paul Emile rapporte qu'un de ses principaux interrogats fut : unde tam immances (sic) et tam repentinœ divitise. » La phrase commençant par « Enguerrand de Marigny » a été écrite en marge de 1' « Avis » par le « secrétaire de la main ». — Venait ensuite dans le manuscrit A le paragraphe suivant qui ne figure pas dans le manuscrit B : tt Par les ordonnances de François P"" de l'an 1532, article 6, il est porté que ceux qui auront pris des deniers des finances les rendront et le quadruple, ce qu'on saura par la

Que, si les lois ne veulent pas qu'on soit obligé de rendre raison d'où vient le bien qu'on possède, elles s'entendent de ceux qui n'ont pas manié les finances publiques; car ceux-là doivent^ déclarer d'où sont venus leurs biens, quelles sont les donations qui leur ont été faites, les successions qui leur sont échues et combien se montoient les partages de leurs biens paternels et maternels. Et, au reste, que le moyen le plus certain de les convaincre de s'être enrichis aux dépens du Roi est de voir que les gages et émoluments légitimes de leurs offices et la multiplication des profits qu'ils en peuvent faire ne sauroient de bien loin monter au prix de leurs richesses^.

Qu'en usant ainsi on auroit sans doute raison desdits financiers, qui déjà s'ofïroient, et Morant^ entre

faculté de leurs biens. » — Il est fait allusion à Enguerrand de Marigny dans le pamphlet déjà cité Le mot à V oreille du marquis de la Vieuville (p. 25) : a Ceux mêmes que S. M. veut faire payer particulièrement, vous ne laissez pas de leur refuser ce qu'elle leur a ordonné, si vous n'êtes en humeur de leur donner contentement. Et ce fut l'un des chefs des accusations dont on chargea Enguerrand de Marigny qui, ayant autrefois tenu la charge que vous tenez à cette heure, vous doit faire appréhender d'une même conduite une même issue. »

1. Var. : car ceux-là sont obligés et doivent (ras. Français 17542).

2. A part quelques insignifiantes différences de style, ce paragraphe a tout entier été écrit en marge de 1' « Avis » (fol. 12) par le « secrétaire de la main ».

3. Thomas Morant (1584-1651), fils de Thomas Morant, trésorier de l'Épargne de 1589 à 1617, et de Massiotte de Morel de Putanges, baron du Mesnil-Garnier, n'était point le fils d'un sergent de Caen, comme le dit Tallemant des Réaux [Historiettes, t. I, p. 469). La famille paraît, au contraire, avoir été de très ancienne noblesse normande. Il fut nommé conseiller au Grand Conseil en 1605, maître des Requêtes en 1611 et tré-

les autres, de demander pardon et dépendre de la grâce du Roi, et avouoient que, si on les jugeoit par la rigueur des ordonnances, les plus innocents d'entre eux, sans qu'ils s'en puissent plaindre, seroient condamnés à perdre leurs offices. En quoi S. M. gagneroit pour plus de douze millions de charges et un grand règlement pour l'avenir, réduisant tous ces offices en commissions^.

Mais qu'il étoit absolument nécessaire que S. M. persévérât en la résolution^ qu'elle prendroit; étant

sorier de l'Épargne en 1617; en 1621, il fut fait grand trésorier des ordres et plus tard conseiller d'État. En 1630, il acquit la baronnie de CourseuUes. Il avait épousé, en 1609, Jeanne Cauchon de Treslon, morte en 1622, et, en. septembre 1624, Françoise de Vieuxpont (voyez les Mémoires de Saint' Simon, t. XI, p. 201).

1. Ce paragraphe a été écrit à la marge du manuscrit A par Sancy. Voici la première rédaction du manuscrit A : « Si les financiers veulent subir la rigueur de la chambre, c'est chose certaine que plusieurs se feront pendre, et la moindre punition que puissent recevoir les plus innocents sera de perdre leurs offices, eux-mêmes confessant que nul ne s'en peut exempter si on les juge par la rigueur des ordonnances, ce dont ils reconnoissent ne se pouvoir plaindre. Morant me l'a dit ainsi, offrant de demander tout pardon et dépendre de la grâce du Roi. Par ce moyen, on gagneroit pour plus de douze millions de charges et un grand règlement pour l'avenir, réduisant tous ces offices en commission. » Ce passage n'est que la copie de 1' « Avis » (fol. 12 v°). Seule cette phrase : a Morant me l'a dit ainsi, offrant de demander tout pardon et dépendre de la grâce du Roi, » se trouve écrite en marge de r « Avis » par le « secrétaire de la main ».

2. La première rédaction de A est la copie pure et simple de r « Avis » (fol. 13); elle est ainsi conçue : « Après tout ce que dessus rien n'est tant nécessaire pour conduire cette recherche à bonne fin que la fermeté et la persévérance de S. M. en la résolution... » Deuxième rédaction de A, écrite par Sancy :

154 l^IÉMOIRES [1624]

certain que, nonobstant les défenses qu'elle auroit faites d'intercéder pour les financiers, elle aura à combattre les sollicitations de plusieurs personnes intéressées, ou par parenté, ou par utilité secrète, ou touchées de compassion, quoique sans sujet; et qu'elle fût aussi à l'épreuve de certains mauvais succès (|ui pourroient arriver en la poursuite de quelque particulier, au procès duquel quelque juge se rendroit peut-être favorable, ou un témoin seroit corrompu, ou une preuve seroit altérée, ou on prolongeroit le temps pour empêcher la condamnation, étant chose assurée qu'es grandes affaires, et particulièrement de cette nature, il se trouve de grandes difficultés et qu'il est presque impossible de faire, contre l'intérêt de plusieurs particuliers, l'étabhssement d'un bien notable pour le public sans une peine indicible, qui enfin rend les succès de ce qu'on a entrepris plus glorieux*.

Et pource que toutes les affaires de France n'ont rien de chaud que les commencements^, si celle-ci

« Mais qu'il étoit absolument nécessaire que S. M. eût fermeté et la persévérance en la résolution qu'elle... »

1. Sauf les habituelles différences de style, d'ailleurs peu importantes, ce paragraphe est la copie de 1' « Avis » qui, pour ce passage, a été écrit par Charpentier.

2. Vai'. : que le commencement (ms. Français 17542). — On lit à la page 136 du tome III de la présente édition : « En France, le meilleur remède qu'on puisse avoir est la patience ; d'autant que nous sommes si légers qu'il est impossible que les établissements que nous faisons soient de durée, principalement quand ils sont violents et mauvais. » Une pensée analogue se rencontre dans les Maximes d'État et fragments politiques, publiés par M. Hanotaux, p. 41.

n'étoit poursuivie avec même vigueur et que les financiers aperçussent qu'on s'alentit\ ils diroient qu'on ne trouveroit point de sujet de leur faire du mal ou qu'on n'auroit pas le courage ; ce qui les feroit passer pour être aussi innocents qu'ils sont coupables, les rendroit plus insolents et feroit que la composition qu'on leur pourroit demander à la fin ne seroit pas si avantageuse pour le Roi*.

Le Cardinal conclut^ que de toutes ces raisons on pouvoit tirer cette résolution que, puisqu'il étoit périlleux de porter la recherche des finances jusqu'aux extrémités, qu'il étoit honteux de la quitter, que les affaires présentes requéroient qu'on la fît et qu'il étoit expédient pour l'avenir qu'elle fût, il la fal-

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