Var. : qu'on se ralentit (ms. Français
2. Sauf quelques modifications de style, ce paragraphe figure dans r « Avis », où il a été écrit par le « secrétaire de la main ». Il y était suivi de ce passage qui n'a pas été utilisé, semble-t-il : « Mais il faut sur toutes choses suivre en cela l'inclination et les mouvements du Roi, afin de n'être point chargé du blâme de trop grande lâcheté ou de trop grande violence. » En outre, le manuscrit A contenait ce paragraphe qui a été supprimé : « Il faut prévoir et pourvoir au dessein que les financiers, pour se sauver dans la confusion et troubles du royaume, pourroient être portés par le désespoir à donner sous main une somme notable à ceux qui peuvent brouiller l'Etat et qui sont mécontents. » Un autre paragraphe suivait qui a été utilisé plus haut (voyez ci-dessus, p. 138, note 4).
3. Avec ces mots, l'on passe au septième cahier du manuscrit A (fol. 66). La feuille de garde de ce cahier porte les mentions suivantes (fol. 65) : en haut à gauche, « demy 10 » (?) et « bon »; au milieu, « année 1624, cahier 7""* », mots griffonnés par Sancy. Charpentier a écrit : « Suite de l'avis au Roi sur la recherche des financiers. — Etablissement de la Chambre de justice. — Charges contre Beaumarchais et La Vieuville. »
156 JtÉMOIRES [1624]
loit faire jusqu'à une grande saignée de leurs bourses et donner ordre que dorénavant elle ne se remplît point tant*.
Suivant cet avis, le Roi fit une déclaration pour l'érection de ladite chambre, datée à Saint-Germainen-Laye, au mois d'octobre 1 62l4, et une autre pour l'ordre qu'il entendoitqui y fût observé^.
En suite de cet établissement, plusieurs financiers furent accusés et aucuns emprisonnas; ce qui fit prendre la fuite à d'autres; entre lesquels Beaumarchais, beau-père de La Vieuville, fut des premiers à se sauver dans l'île de Noirmoutier. Les charges contre lui furent si grandes qu'il fut enfin condamné à être pendu et étranglé et fut exécuté en effigie ^.
Dans ces charges, La Vieuville se trouva tellement mêlé que la chambre de justice, reconnoissant pleinement qu'il trempoit par complicité en tous les crimes de son beau -père, décréta tacitement contre lui, ordonnant, par le décret qu'elle décerna contre Beaumarchais, que La Vieuville seroit ouï et interrogé sur
1. Ce paragraphe était suivi, dans le manuscrit A et dans 1' « Avis », de deux paragraphes qui ont été employés ci-dessus, p. 138.
2. Ces textes ont été imprimés dans le Mercure françois, t. X, année 1624, p. 695 et suiv.
3. On conserve à la Bibliothèque nationale, Cabinet des titres, Dossiers bleus 118, un « Sommaire du procès de Beaumarchais, trésorier de l'Epargne ». C'est un factum de quatorze pages, résumé des charges relevées contre le financier et des réponses faites à ces accusations. — Le paragraphe suivant des Mémoires a été tiré d'un document intitulé « Charges contre le sieur de la Vieuville ». Charpentier a écrit au dos du document « Employé » (Aff. étr., France 779, fol. 15).
les faits résultant desdites charges et informations et décréta prise de corps contre Bardin*, son premier commis^.
La Vieu ville, par bonnes preuves, se trouva coupable : 1° d'avoir donné moyen à son beau-père de dérober plusieurs millions au Roi; 21° d'avoir changé de son autorité privée des états faits et arrêtés par son prédécesseur en sa charge; 3° d'avoir, au préjudice des finances de S. M. et des ordonnances, favorisé et porté des partisans pour des transports de deniers hors du royaume; 4° d'avoir fait, par lui et par les siens, des compositions illégitimes de rescriptions et acquits -patents; 5° d'avoir pris de grands pots-de-vin ; 6° d'avoir dégradé à son profit les forêts du Roi en Champagne, proches de ses maisons; T d'avoir voulu, depuis sa prison, lier amitié avec des
1. Bardin, premier commis de Beaumarchais, fut décrété de prise de corps en même temps que son maître (voyez Avenel, op. cit., t. I, p. 779-780). Il existe aux Affaires étrangères (France 779, fol. 130) une liste des financiers contre lesquels il y eut décret de prise de corps. Nous la donnons à l'Appendice n" XV.
2. A la fin de ce paragraphe, l'un des scribes qui écrivaient le manuscrit A a mis ces mots : « P[age] 9 de la f[euille 7] des corrections, » et Sancy a écrit à la marge : « On pourroit accourcir tout le discours de ces charges et réduire en brief depuis Dans ces c/iarges, ici, folio 97, jusques à folio 103 Nonobstant. Voyez ce que j'en ai mis en abrégé en nos corrections de cette année page 9, A jusques à B. » Malheureusement, nous ne possédons, on le sait, qu'une seule « feuille de corrections », la première ; celle à laquelle il est renvoyé ici fait défaut. Mais il y a tout lieu de supposer que le texte du manuscrit B donne la correction annoncée par Sancy et que c'est le paragraphe commençant par La Viemdlte, par bonnes preuves, se trouva coupable...
étrangers. Il y eut encore des charges contre lui d'avoir trempé en l'assassinat de Potrincourt^
1. Peut-être faut-il lire Poitrincourt. — Ce paragraphe remplace tout un long passage du manuscrit A qui va du folio 67 au folio 70. Nous le donnons in extenso à l'appendice n° XIV. C'est une copie presque textuelle, sauf sur un point (voyez ci-dessus, p. 156, note 3), d'un document intitulé « Charges contre le sieur de la Vieuville » et au dos duquel Charpentier a écrit : « Extrait des charges contre le sieur de la Vieuville. Employé 1624 » (AflF. étr., France 779, fol. 15-16). — Dans le pamphlet déjà cité du Mot à Voreille (p. 19-21), on trouve le réquisitoire suivant contre les agissements financiers et l'enrichissement considérable de Beaumarchais et de La Vieuville : « S. M. doit, dites-vous; il faut qu'elle s'acquitte. Et à qui peut-elle tant devoir, vous demandonsnous, à votre beau-père et à ses compagnons? C'est-à-dire à ceux qui, comme chacun sait, l'ont réduite par leurs voleries à la nécessité d'emprunter d'eux ce qu'ils lui ont dérobé... Ce sont des éponges qu'il faudroit presser; ils ont plumé l'oie du Roi; qu'ils rendent au moins un peu de la plume! Ils se sont gorgés de la substance publique ; il leur faut faire revomir sur les fleurs de lys ce qu'ils ont trop avidemment avalé, comme disoit fort éloquemment le P. Garasse dans Saint-Gervais, à ces dernières fêtes de Pâques. Il y a gens qui offroient cet hiver passé 1,500,000 livres de la seule recherche des parties casuelles. Celui qui a fait la recette des offices créés depuis trois ans dans les Elections et Présidiaux y a fait de si riches grivelées qu'il a payé 60,000 écus qu'il avoit perdus au jeu et 45,000..., sans compter la petite vie de ses menus plaisirs...; que si celui-là seul a fait ce profit, autant en peut-on dire des trésoriers de l'Extraordinaire et encore plus de ceux de l'Epargne. C'est là que vous devriez donner et non pas, pour faire paroître votre bon ménage, ruiner tant de gens à qui vous ôtez le pain d'entre les mains, tandis que Messieurs vos valets et ceux de votre beau-père puisent avec gros acquêts-patents dans les sources que vous étouffez aux hommes d'honneur. Ils n'ont qu'à demander et à prendre, au lieu que les autres ne peuvent rien obtenir... Votre avarice [est] telle que vous ne songez qu'à remplir vitement vos bouges, auparavant que
Nonobstant tout cela^, la grande bonté du Roi, surpassant la malignité de ses crimes, fit que S. M. se contenta de le tenir en état de ne pouvoir nuire et ne voulut pas faire poursuivre son jugement et sa condamnation^.
Auparavant^ que le Roi partît de Compiègne, il reçut le second traité de l'accommodement que S. S. a voit dressé pour les affaires de la Valteline.
Mais, parce que le fait en toutes choses est le fondement du droit et de la justice et qu'il faut savoir ce qui est et a été fait en une affaire pour porter juge-
Tronson vous vienne signifier que votre commission est expirée de mort soudaine... Votre dépense est si resserrée soit pour votre table, soit pour votre train que vous ne donnez rien à gagner à personne; grand vice en un homme de votre condition ! » — La Vieuville répondit aux griefs articulés contre lui et sa réponse est au Mercure français, t. XI, année 1G25, p. 604 et suiv.
1. Var. : Nonobstant toutes ces charges contre lui [La Vieuville] (ms. A).
2. A la suite de ce paragraphe, Sancy a écrit en marge du manuscrit A : « Prenez ici cahier suivant, f[euille] 105, p[age] 1. » Cette indication a été suivie, car le paragraphe suivant est bien à la page 1 de la feuille 105 (aujourd hui folio 73) du manuscrit A; avec lui commence le huitième cahier du manuscrit A. — Il est à remarquer que le folio 70 n'a que la moitié de la grandeur d'une page ordinaire et qu'on y lisait ces mots, barrés ensuite : « Ici faut aller où il se parle de l'arrivée du second projet d'accommodement pour la Valteline, fait par le Pape. » Ce qui fut fait, comme le montre la suite des Mémoires.
3. Le huitième cahier de A commence au folio 72 et sa feuille de garde porte les mentions suivantes : en haut à gauche « 10 » et « bon », puis, au milieu de la page, « 1624 », écrit par Charpentier. Sancy a griffonné « Cahier 8 » et Charpentier a résumé ainsi le contenu du cahier « Origine du différend de la Valteline ».
i60 MÉMOIRES [1624]
ment de sa suite à l'avenir et de ce qui s'y est dû et pu faire pour la bien terminer, reprenons celle-ci dès sa source et faisons un abrégé de tout ce qui s'y est passé jusqu'à maintenant pour connoître la prudence avec laquelle d'ici en avant on s^y sera gouverné.
La Valteline* est une vallée qui contient environ trente mille âmes; sa longueur est de vingt heures de chemin à cheval ; sa largeur d'une petite lieue françoise^.
Elle appartient aux Grisons, qui sont peuples qui en partie ont été possédés autrefois par plusieurs sei-
1. On trouve l'embryon de ce passage dans une note conservée au volume 521 du fonds Clairambault de la Bibliothèque nationale, fol. 19, et intitulée Grisons. Cette note a été publiée dans les Mcuvimes d'État, p. 19-23. Mais nous ferons remarquer que les sources directes de l'exposé relatif à la Valteline n'ont pu être retrouvées. 11 est vraisemblable que les rédacteurs des Mémoires se sont inspirés des très nombreux mémoires, pamphlets, récits, rapports, etc., manuscrits ou imprimés, que les différents dépôts de nos Archives publiques contiennent en grande quantité; mais, dans aucun de ces documents, on ne trouve de passage dont on puisse dire qu'il a servi directement à la rédaction des Mémoires. La liste de ces documents de toute nature a été donnée aussi complète que possible à l'appendice du tome III de V Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, publiée par M. Edouard Rott. Nous avons consulté les documents auxquels cet ouvrage renvoie, tant aux Affaires étrangèi'es qu'à la Bibliothèque nationale ou à celle de l'Arsenal, mais nous n'y avons pas trouvé la moindre trace matérielle de leur utilisation dans les Mémoires.
2. Les renseignements donnés ici par Richelieu sont peutêtre tirés de VAi>is de M. Pascal, ambassadeur du roi de France aux Grisons, sur la fortification de la Valteline, avis où on lit, en effet : « Sa longueur est do vingt heures de chemin à cheval, mais sa largeur n'est que d'une petite lieue françoise » (Aff. étr.. Correspondance politique. Grisons 2, fol. 16).
gneurs, la postérité desquels étant faillie, ils embrassèrent la liberté qui s'offrit à eux ; partie se sont rachetés, autres se sont soustraits, il y a longtemps, de l'obéissance des évêques de Goire, et partie de la maison d'Autriche, comme ont fait les Suisses.
De plusieurs villages qui étoient unis sous une même juridiction, ils composèrent des communes, et plusieurs communes, usant d'une même coutume, formèrent une province, laquelle ils appelèrent Hgue, c'est-à-dire association.
Ils sont divisés en trois ligues : la première, et plus ancienne desquelles, est appelée la ligue Grise, d'autant qu'elle porte en ses armes et devise la couleur grise mêlée avec la blanche; la seconde, la Gadée, qui a été autrefois sujette à l'évêque de Goire, de qui elle a secoué le joug, bien qu'elle lui laisse encore le droit de battre la monnoie, les péages et quelques autres privilèges; la troisième, les Droitures, qui se sont révoltées de la maison d'Autriche, qui y jouit encore de quelques droits.
Toutes trois ensemble font un corps d'État qui, empruntant le nom de la première, s'appelle Grisons ou ligues Grises*.
Ils se gouvernent en communauté et ont même administration de justice, même ordre et discipline militaire, et le peuple en chacune a le souverain pouvoir en toutes choses^.
1. Les trois ligues grises comprenaient : la ligue Grise, la Cadée et les Dix Droitures.
2. La forme de gouvernement des cantons suisses était la suivante : Berne, Lucerne, Fribourg et Soleure avaient un gouvernement oligarchique; Schaffhouse, Ziirich et Bâle avaient
Ils s'allièrent avec les Suisses en l'an 1498, de sorte qu'ils font partie de la république helvétienne, qui est composée de treize cantons et aucuns peuples libres qui sont sous leur protection, des dizains de Valais et des trois ligues Grises*.
Le roi Louis XIP, pour le recouvrement de Milan, fit alliance avec eux l'an 1509^, par laquelle ils lui permettoient de faire levée en leurs États de tel nombre d'hommes qu'il auroit besoin, et étoient tenus, toutefois et quantes que le Roi feroit levée de Suisses, de laisser leurs passages ouverts et ne permettre que les ennemis de S. M. y puissent passer.
Cette alliance a depuis été inviolablement observée et renouvelée par tous les rois qui ont succédé à Louis XIP, et la France en a joui paisiblement toute seule jusqu'à l'an 1 603^.
Durant tout ce temps-là, les Grisons ont, à l'abri de cette alliance, vécu en repos et tranquillité entre eux et avec leurs voisins.
Mais les biens que nous possédons de longtemps nous semblant ne dépendre que de nous et nous
cette même forme de gouvernement, mais plus démocratisée; quant aux dix autres cantons, appelés cantons de « Landsgemeinde », ils étaient soumis au régime démocratique pur, du moins en principe.
1. On comptait treize cantons suisses et neuf peuples confédérés, dont faisaient partie les sept dizains catholiques du Valais et les trois ligues Grises; en tout, vingt-deux états souverains.