‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 86 sur 135 · Le 6 novembre · texte numérisé non relu

Le 6 novembre

[1624] nE RICHELIEU. 195

rier exprès en Espagne pour se plaindre de ce refus, et, après y avoir fait remontrer, par son nonce \ les raisons et la justice du traité qu'elle avoit projeté, protester audit roi que si, sans plus de remises, il ne le vouloit accepter, elle ne devroit ni ne pourroit s'abstenir de lui donner le tort et la coulpe des maux et des ruines qui en arriveroient, et penseroit, avec les autres intéressés, aux moyens de leur commune conservation et sûreté.

Lors ils levèrent le masque et, se voyant réduits à l'extrémité d'être obligés de parler franchement, ils changèrent le langage déguisé dont ils avoient usé jusqu'alors; et, au lieu qu'ils n'avoient jamais mis en avant, ni dans le dépôt même, que le prétexte de la religion, et qu'ils publioient n'avoir autre intérêt en ces mouvements, sinon que la foi fût conservée et les catholiques eussent pleine et entière liberté de servir Dieu, ils découvrirent lors les vraies causes qui les avoient portés à allumer et entretenir cette guerre et déclarèrent au nonce fort impérieusement ^ qu'ils avoient en cela des intérêts d'État et de réputation si importants qu'ils ne pouvoient ni ne vouloient, en façon quelconque, consentir audit traité; qu'outre le fait de la religion, ils avoient promis aux Valtelins que jamais plus ils ne retourneroient sous la domination des Grisons ; que le roi d'Espagne ayant, en plusieurs

1. Innocent Massimi, évêque de Bertinoro (1613-1624), puis de Catane (1624-1633), fut nonce à Mantoue en 1614 et nonce apostolique en Espagne en 1623 et 1624. 11 mourut en 1633.

2. Cette déclaration fut faite au nonce par le gouvernement espagnol, le 10 décembre 1623 (voyez, sur ce point, Ed. Rott, op. cit., p. 675, 676).

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lieux de la chrétienté, les armes en main contre les hérétiques, il n'y auroit point d'apparence qu'ils rendissent* aux Grisons, qui le sont, des pays et des passages de si grande conséquence ; que la guerre qu'il y avoit faite pour la religion lui avoit acquis droit sur ledit pays, quand il n'en auroit point d'ailleurs; qu'outre ce droit-là, l'État de Milan y en avoit, de toute ancienneté, d'autres encore bien plus considérables et la maison d'Autriche semblablement; que la maison d'Autriche avoit droit de souveraineté sur la hgue des Droitures; que lesdits Valtelins avoient des titres sur lesquels ils pouvoient de droit prétendre être libres de toute sujétion ; que, pour toutes ces raisons, ils n'étoient point obligés de la rendre, et qu'à l'extrémité, quand il seroit de besoin d'en venir là, il faudroit, auparavant que d'en parler, les dédommager de leurs dépenses ou, en tout cas, leur laisser pour cela à tout le moins la liberté des passages.

Ces raisons sans raison, qu'ils apportèrent pour colorer le refus qu'ils faisoient de consentir à ce que le Pape avoit trouvé raisonnable en ce sujet, font bien voir à tout le monde qu'ils sont aussi injustes en leurs intérêts d'État qu'ils sont hypocrites au masque de la religion dont ils se couvrent toujours le visage, car rien de ce qu'ils mettoient ici en avant ne pouvoit subsister.

En la promesse qu'ils disoient avoir faite aux Valtelins, ils avoient compté sans leurs hôtes. Ils avoient promis ce qui n'étoit ni juste ni en leur puissance : ils n'ont rien au bien d'autrui; et l'ayant pris, ils

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