‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 1 sur 200 · CARDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

CARDINAL DE RICHELIEU

Si le traitement que la Reine reçut l'année dernière de MM. de Luynes fut peu convenable à eux et à elle, à ce qu'ils lui dévoient et à sa qualité, et peu soutenable, quelques raisons ou prétextes qu'ils pussent apporter pour excuser ou déguiser leur procédé, celui qu'ils continuèrent à lui faire en celle-ci ne fut pas plus raisonnable, devenoit de jour en jour d'autant plus insupportable à S. M. que la continuelle succession de ses maux augmentoit le poids de sa douleur et diminuoit la force de sa patience.

Ils en firent tant, qu'à la fin nous la verrons contrainte de recourir à un remède qu'elle abhorroit le plus, et auquel nulle autre chose qu'une extrême nécessité ne l'eût pu persuadera

1. On peut constater que Richelieu fait peser ici sur la coterie des Luynes toute la responsabilité de la rupture ouverte qui allait se produire entre le gouvernement du Roi et le parti de la Reine mère. Fontenay-Mareuil attribue à Richelieu un rôle très actif dans la préparation des causes qui amenèrent cette III 1

Après le traité d'Angoulônie, elle espéroit commencer à vivre en repos, croyant que le cœur du favori se conformeroit à celui de son maître et ne prendroit pas une voie toute contraire à sa sincérité; mais qui offense ne pardonne jamais. Leurs paroles étoient dorées, et il ne paroissoit rien que fiel en toutes leurs actions. Dès qu'elle fut à Angers, ils firent semblant de désirer qu'elle vînt à la cour; quand ils la voient sur le point de vouloir partir, ils l'en détournèrent et lui firent savoir qu'elle n'y seroit pas la bienvenue. Et cependant [ils] ne lui tenoient rien de tout ce qu'ils lui avoient promis, soit pour elle, soit pour ses serviteurs, comme si les promesses d'un roi, et encore faites à sa mère, étoient des pièges pour la décevoir, et non des assurances, de la fermeté desquelles on ne peut douter sans crime. Tous ceux qui la révéroient furent persécutés ; ses actions plus sincères et plus utiles au Roi et à l'État, qui ne peuvent être blâmées ouvertement avec aucune vraisemblance, le furent par conséquence et indirectement, comme il parut par la déclaration* qu'ils firent faire, sous le nom du Roi, sur la liberté de Monsieur le Prince.

rupture : « On vivoit, dit-il, à la cour comme s'il n'y eût plus rien à craindre, M. de Luynes ne pensant qu'à aller à la chasse et à danser des ballets, et cependant on lui tailloit bien de la besogne, et la plus dangereuse qu'il eût encore eue : car Monsieur de Luçon, qui ne s'endormoit pas comme lui, traitoit de tous côtés » [Mémoires de Fontenay-Mareuil, éd. Petitot, t. I, p. 461).

1. Cette déclaration, fait observer Avenel [Lettres,... t. VII, p. 480), avait profondément blessé Marie de Médicis; le Roi avait tâché de prévenir ce mécontentement en envoyant à sa mère diverses lettres, dont des extraits sont rapportés en note par Avenel.

Elle en fît diverses plaintes; ils s'excusèrent vers elle avec force belles paroles aussi infidèles que leurs actions. On lui écrivoit des lettres de soumission et pleines de serments d'afïection à son service^, comme s'il n'y a voit point au ciel de Dieu qui punit les parjures. Et continuèrent de ce même train à vivre avec elle, quoiqu'elle remontrât continuellement l'indignité de ces façons de faire, qu'elle savoit bien être contre le sentiment du Roi, et qu'elle se plaignit que, selon qu'on lui avoit promis, ou on ne faisoit point changer la susdite déclaration touchant Monsieur le Prince, ou on n'en fait point une nouvelle, par laquelle on mette l'honneur de son gouvernement à couvert.

Elle leur dépêche Chanteloube le 1 3® janvier, avec ordre de représenter audit sieur de Luynes qu'elle n'a pas voulu s'acheminer à Paris que premièrement elle ne jugeât qu'on fût disposé à lui donner contentement; ce qu'elle n'a pas eu occasion de croire par la déclaration, les lettres de Monsieur le Prince, les chevaliers et autres actions ^ ;

Qu'elle souhaite qu'il prenne confiance en elle, ne désirant point être à la cour si cela n'est, jugeant bien qu'elle n'y auroit point de satisfaction ;

Qu'elle a été extrêmement fâchée des bruits, qu'elle a su qui courent, qu'elle avoit intelligence avec les huguenots, quoiqu'elle ait plusieurs fois mandé ce qu'elle estimoit sur ce sujet;

Qu'elle reçoit grand déplaisir des deux commandements faits au sieur marquis de la Valette de la part

1. Voyez notamment une lettre du P. Arnoux à Richelieu du 24 janvier 1620 (Aff. étr., France 773, fol. 4-5).

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