‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 112 sur 200 · Camille Borghèse, pape de 1605 à · texte numérisé non relu

Camille Borghèse, pape de 1605 à

4. Alexandre Ludovisio (1554-1623), élu pape le 9 février 1621, sous le nom de Grégoire XV.

appelé hors de ce monde, n'ayant encore à peine fourni que la moitié de la course de ses années.

Il s'étoit un long temps remis de la conduite de son état sur le duc de Lerme^ sans vouloir prendre aucune connoissance particulière des affaires plus importantes. Il l'avoit néanmoins depuis disgracié; mais il donna le même lieu et la même autorité auprès de soi au duc d'Uzède^, son fils, qui montra combien l'ambition a plus de force en un esprit que la piété, ayant donné le dernier coup plus important à la défaveur et au bannissement de son père.

Ce Roi, à l'heure de la mort, considérant le grand compte qu'il avoit à rendre à Dieu et le peu de soin qu'il avoit pris du gouvernement des États qu'il lui avoit mis en main^, entra en une si grande crainte des jugements divins qu'il désespéra de guérir dès le commencement de sa maladie, que les médecins ne jugeoit pas mortelle, et disoit souvent qu'il étoit bien misérable, qu'il trembloit à la pensée des péchés de roi qu'il avoit commis et qu'il craignoit que Dieu ne lui fît point de miséricorde.

Il recommanda à son fils de ne faire pas ce qu'il avoit fait, dont il s'étoit repenti, qui étoit de changer les ministres qu'il trouveroit en charge et en établir de

1. François de Sandoval et Roxas, duc de Lerme, gouverna l'Espagne comme premier ministre de Philippe III de 1598 à 1618; il mourut en 1625.

2. Christophe de Sandoval et Roxas, duc d'Uceda, fils du duc de Lerme et de Catherine de la Cerda, succéda à son père, en 1618, comme premier ministre et mourut en 1624.

3. L'expression mis en main a été substituée par Sancy, sur le manuscrit B, au mot commis.

nouveaux. En quoi il fut mal obéi; car, à peine eut-il les yeux fermés que son fils, Philippe IV® ^ nouveau roi, manda, en poste, au cardinal duc de Lerme, qu'il lui défendoit de venir à la cour, lui fit saisir la plupart de ses biens, lui ôta la jouissance d'un don que le feu roi, son père, lui avoit fait de quinze mille charges de blé, qu'il lui étoit permis de faire sortir de Sicile, qui lui valoient soixante-douze mille ducats par an, et ôta au duc d'Uzède les charges qu'il avoit, le fit arrêter prisonnier en une maison d'où il se sauva, fit prendre prisonnier le duc d'Ossone* et ses principaux serviteurs, pour ce que ledit duc étoit une de leurs créatures, et Don Rodrigo Calderon^, qui étoit celui qui avoit plus eu leur confiance, et chassa de la cour le confesseur du feu roi, son père, qui étoit inquisiteur majeur et conseiller d'État, le renvoyant en son couvent^ ; [il] fit faire de grandes recherches de l'argent qu'il croyoit que le duc de Lerme avoit et arrêter ce qu'il en trouva entre les mains d'Augustin Fiesque^,

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