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Les Espagnols

[1622] DE RICHELIEU. ÎI9

paix et abolition de leurs crimes, sans rien rendre des places qui leur ont été prises ^

La Reine se servit puissamment de ces raisons et y en ajouta d'autres que son esprit lui put suggérer.

Mais Monsieur le Prince eut assez de crédit, non seulement pour en empêcher l'effet, mais pour faire conclure que le Roi iroit en personne pour remédier aux insolences que les huguenots commettoient en Poitou.

Au même temps, elle résolut de le suivre pour le détourner aux occasions de se mettre en péril. Elle prévoit bien que, si elle en étoit éloignée, elle n'auroit part ni dans la paix ni dans la guerre, que, si on se passoit d'elle dix mois, on s'accoutumeroit à s'en passer toujours; l'on lui susciteroit tous les jours de nouvelles calomnies, d'autant plus hardies qu'elle ne seroit pas sur les lieux pour se défendre ; mais, comme elle pensoit aux raisons qui l'obligent à suivre. Monsieur le Prince méditoit les moyens de l'en empêcher.

Le Chancelier lui vint proposer de la part du Roi, mais à la poursuite de Monsieur le Prince, qu'on estime sa présence nécessaire à Paris, pour empêcher par son autorité les cabales qui se pourroient former dans l'éloignement de la cour, et que, pour cet effet, il lui veut mettre en main le commandement des troupes de deçà la rivière de Loire, comme à une personne intéressée dans l'avantage de ses affaires*; qu'aussi bien, si elle suivoit^ n'y auroit-elle pas grand con-

1. Les dix derniers mots de cet alinéa font défaut dans le manuscrit Français 17542.

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