L'assassin présumé
accident; que jamais prince sage ne se met entièrement au pouvoir de celui qui lui devoit succéder.
Ces raisons firent que Monsieur demeura à Paris et que le Roi se contenta d'être suivi de la Reine sa mère.
La Reine, ayant été pleinement informée de toutes les brigues qu'avoit faites Monsieur le Prince pour rompre son voyage, se résolut* de s'en éclaircir avec lui et de lui en faire des reproches. Elle lui dit donc que, contre ses promesses, il ne laissoit pas de continuer à lui faire mal ; qu'il détournoit le Roi souvent de la voir; qu'il l'a voit voulu empêcher de le suivre; qu'il s'étoit vanté qu'elle ne le verroit que de bonne sorte; qu'on l'avoit appelée au Conseil, non pour délibérer des affaires avec elle, mais pour les autoriser de son nom; qu'on lui rapportoit ces choses de si divers endroits qu'elle étoit obligée de les croire; que, s'il vouloit être véritablement son ami elle désireroit son avancement dans le service du Roi ; mais que, s'il ne le vouloit pas, ce qu'elle jugeroit par ses actions et non par ses paroles, elle ne l'assuroit pas de son amitié; qu'elle n'étoit pas insensible, et que, par la grâce de Dieu, elle ne manquoit pas d'esprit pour connoître les choses qui se passoient ; qu'elle savoit de lui assez de choses qui lui pourroient nuire auprès du Roi, si elles venoient à ses oreilles; qu'il décrioit sa conduite; que souvent il avoit dit qu'il falloit que les choses fussent encore en plus grand désordre pour y apporter règlement; qu'il ne s'étoit pas trompé au chemin qu'il avoit tenu pour perdre le Connétable; qu'il ne se tromperoit pas encore en ses pensées;