Le manuscrit B poi'te : elle se résolut
qu'elle ne lui dit pas ces choses-là pour lui faire peine, mais pour le changer et lui nnontrer que, si elle étoit vindicative, elle pourroit autant dire de vérités à rencontre de lui comme on inventoit contre elle de calomnies.
Monsieur le Prince la pria d'oublier le passé et de croire qu'à l'avenir elle auroit en lui un serviteur très fidèle.
Cependant, le Roi eut avis de beaucoup d'attentats que les huguenots faisoient de tous côtés contre son service.
D'une part, il fut averti que ceux de Montauban et de Saint-Antonin, pour se rendre les passages libres, avoient fait entreprise sur les villes de Gaussade^ Bruniquel^ et Négrepelisse, qui sont sur le chemin de l'une à l'autre; que le duc de Rohan, après avoir employé inutilement ses secrètes pratiques sur la première, l'a voulu attaquer par surprise, qui ne réussit pas à son contentement; que ceux de Montauban s'étoient rendus maîtres de la seconde, mais avec si peu de profit pour eux, que, peu de jours après, elle fut reprise par M. de Thémines. Mais la troisième, qui étoit la plus importante, leur avoit ouvert les portes et égorgé quatre cents hommes de Vaillac^ qui
1. Caussade, chef-lieu de canton du département de Tarnet-Garonne.
2. Bourniquet, d'après le manuscrit B et le Mercure français, t. VÏII, année 1622, p. 432. En réalité, Bruniquel, arrondissement de Montauban, canton de Monclar, qu'il ne faut pas confondre avec Bourniquel, dans la Dordogne, arrondissement de Bergerac, canton de Beaumont.
3. Ce régiment, levé en 1621 par Louis de Gourdon, seigneur de Genouillac, comte de Vaillac, mestre de camp, tué au siège de Lérida en 1646, fut licencié en 1646.
y étoient en garnison^; ({ue, semblablement, le marquis de Lusignan^, mécontent de ce que le feu Connétable ne lui avoit tenu parole en la promesse qu'il lui avoit faite de lui faire avoir quelque récompense du gouvernement de PuymiroP, qu'il avoit volontairement remis entre les mains de S. M. et qu'il avoit fait démolir, cherchant de s'en venger par toutes voies, et ne pouvant trouver retraite parmi les rebelles qu'en leur apportant avec soi quelque place, avoit fait entreprise, s'étoit rendu maître de Glairac à la mi-février et tué toute la garnison qui y étoit. Laquelle prise
1. Les incidents relatés dans ce début de paragraphe sont décrits avec détail dans le Mercure francois, t. VIII, année 1622, p. 432-435 et 444.
2. François, baron de Lusignan, dans l'Agenois, créé marquis par lettres d'août 1618. avait servi Henri IV à Centras (1587j. Il avait été député par la Basse-Guyenne aux assemblées de Jargeau (1608), Saumur (1611), Grenoble (1615), Nîmes et la Rochelle. Dès 1616, il avait été soupçonné de trahir ses coreligionnaires en entretenant des relations suspectes avec le Roi; mais 1 enquête n'aboutit pas. Il chercha alors, comme le disent les Mémoires, à obtenir récompense du gouvernement de Puymirol, qu'il avait abandonné au Roi; n'ayant obtenu satisfaction, il se résolut à l'entreprise de Clairac. S'en étant emparé, et ayant été nommé gouverneur de cette place par l'assemblée de la Rochelle, il la vendit au Roi moyennant sa nomination de gouverneur de la ville, et cinquante mille francs pour l'abandon du gouvernement de Puymirol. En échange, les habitants de la ville obtenaient le libre exercice de la religion protestante et une réduction des impôts. En 1625, il est probable quïl chercha vainement à soulever Montauban, puis il fit entrer un secours dans Castres, révolté contre l'autorité royale. On perd ensuite ses traces.
3. Chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Agen, appelé Puymerol par le Mercure francois (t. VIII, année 1622, p. 452) et Pimerol par le manuscrit B.
donna lieu au sieur de la Force de s'emparer de Tonneins, où il fut reçu sans résistance et avec connivence des habitants ; et, la garnison s'étant retirée au château et rendue à composition, avoit été égorgée, contre la toi qui lui avoit été donnée ^
S. M. reçut aussi avis que les Rochelois, enorgueilUs de se voir maîtres de la mer et [de] tenir enfermés dans le port de Brouage le peu de vaisseaux qui y restoient à S. M., avoient eu l'audace de faire deux descentes aux embouchures des rivières de Loire et de Garonne, donnant charge de celle de Loire à Soubise, à cause du bien et de l'intelligence qu'il avoit en Bretagne et en Poitou, et de celle de la Garonne à Favas; que ledit Favas avoit fait la sienne en l'ile d'Argenton- le %%^ janvier, et à Soulac-^ le 5^ février, et y avoit bâti deux forts; et Soubise la sienne, le 14° février, auprès de Saint-Benoit*, au Bas-Poitou, avec trois mille cinq cents hommes de pied et cinq cents chevaux, s'assurant qu'il grossiroit bientôt ses troupes par ceux qui se joindroient à lui. Ce qui ne lui ayant pas manqué, il avoit pris les Sables, l'Iled'Olonne^ et le château de la Chaume'^ qu'il avoit for-
1. Les prises de Clairac et de Tonneins sont racontées en détail par le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 452-474.
2. Cette île, située à une lieue de Blaye, dans l'estuaire de la Gironde, servait de pacage; il ne s'y élevait aucune habitation.
3. Soulac-les-Bains, village du département de la Gironde, arrondissement de Lesparre, canton de Saint- Vivien, situé à l'embouchure de la Gironde, sur la rive sud.
4. Saint-Benoît-sur-Mer, canton des Moutiers-les-Maufaits, arrondissement des Sables-d'Olonne (Vendée).
5. L'Ile-d'Olonne, village du canton des Sables-d'Olonne. (3. L'ancien château de la Chaume, situé près des Sables-
tifié. Et nonobstant que les Sables se fussent rendus à composition et lui eussent payé vingt mille écus pour n'être point pillés, il n'avoit laissé de permettre le pillage, s'excusant qu'il l'avoit promis à ses soldats auparavant la composition faite avec eux^.
Nonobstant toutes ces nouvelles, la Reine eût volontiers conseillé au Roi d'essayer plutôt de pacifier tous ces mouvements que d'en venir à une guerre ouverte^. Néanmoins, comme elle le vit résolu de se faire obéir, elle lui conseilla d'armer puissamment avant de partir de Paris, de crainte que son départ ne fit courir les huguenots aux armes avec plus de violence encore qu'ils n'avoient fait et qu'il ne fût pas en état, à cause de sa foiblesse, d'en arrêter les progrès 3.
Il* accorda, le 19® mars, la vieille querelle de M. de Nevers, qui avoit été offensé et frappé par le cardinal de Guise, l'année précédente ^. Ledit cardinal étoit mort de maladie au siège de Saint-Jean^; et comme, à la
d'Olonne, sur une presqu'île formée par un étroit bras de mer, a été depuis lors transformé en phare.
1. Les mêmes détails se trouvent dans le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 530.
2. Cette phrase, avant que Sancy l'eût corrigée, était conçue en ces termes : « Nonobstant toutes ces nouvelles, la Reine ayant conseillé au Roi d'essayer plutôt de pacifier tous ces mouvements que d'en venir à une guerre ouverte, néanmoins... »
3. Le manuscrit B portait primitivement ces mots qui terminaient le paragraphe et qui ont été effacés depuis : « Monsieur le Prince n'ayant pas appuyé son opinion pour l'impatience qu'il avoit de voir les affaires promptenient engagées. »
4. On lisait sur le manuscrit B, avant la correction effectuée par Charpentier : « Le Roi, avant que partir de Paris,... »