‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 141 sur 200 · C'est-à-dire aux huguenots de Hollande · texte numérisé non relu

C'est-à-dire aux huguenots de Hollande

qui prendroit une partie de ses troupes à son service et lui donneroit de l'argent pour licencier le reste. Mais, quand il se vit assez fort, n'ayant encore rien résolu, il ne tint plus ce langage; de sorte que Mansfeld, voyant l'armée du Roi se taire puissante, la sienne se diminuer de jour à autre, celle de Gonzalès proche de lui, fut contraint de partir le 25® août, après avoir brûlé ses chariots pour monter son infanterie et laisser à la fureur des paysans tous ceux qui étoient en état de ne le pouvoir suivre ; et, prenant le chemin de Thiérache*, il arriva le lendemain à la frontière de Hainaut, avec cinq mille hommes de pied et cinq mille chevaux pour, traversant le Hainaut et passant aux frontières du Liège et de Brabant, se rendre à Bréda à sauveté.

Gonzalès le suivit et, l'ayant atteint le 28®, Mansfeld lui présenta la bataille^, en laquelle ayant perdu beaucoup de ses gens, il passa, néanmoins, en dépit de Cordova et se rendit au lieu qu'il désiroit. D'où, puis après, se joignant aux troupes du prince d'Orange, il fit lever le siège de Berg-op-Zoom, qui étoit perdu sans le surcroît de ses forces, et de là mena son armée en Westphalie^.

L'armée du Roi, après la prise de Sommières et tant d'autres sièges qui l'avoient diminuée et ruinée, étoit fort petite. On étoit déjà sur la fin du mois d'août,

1. Ancien petit pays de France, situé au nord de la Picardie, et dont la ville principale était Guise.

2. A Fleurus, ville du Hainaut, sur la rive gauche de la Sambre, à dix kilomètres au nord-est de Charleroi.

3. Les deux paragraphes précédents sont un résumé extrêmement bref du Mercure françois, t. VITI, année 1622, p. 709-

24r. MÉMOIRES [1622]

les habitants de Montpellier opiniâtres, la ville forte; ce qui faisoit qu'on suivoit avec quelque peine le dessein qu'on avoit pris de l'assiéger.

Le connétable de Lesdiguières, qui traitoit toujours avec le duc de Rohan, vint trouver le Roi et obtint passe-port de S. M. pour ledit duc, pour aller à Montpellier essayer à les rendre capables de raison et ouvrir leurs portes à S. M. Mais, n'en ayant pu venir à bout, le connétable s'étant retiré en Dauphiné sur la jalousie que Monsieur le Prince eut de lui pour le commandement de l'armée, on entreprit ce siège contre l'avis de la plupart du Conseil, qui n'estimoient pas qu'on dût entreprendre une telle pièce, qui requéroit le printemps et non l'automne, une armée fraîche et non ruinée par divers sièges*.

Monsieur le Prince, qui ne se soucioit pas quel en fût l'événement, pourvu qu'il pût engager les affaires, fait ouvrir les tranchées et commencer les attaques, proteste contre tous ceux qui désirent la paix, les déclare partisans des huguenots et de la Reine qui, après l'usage des eaux, s'étoit avancée à Lyon pour s'approcher du Roi.

Bien qu'elle fût là, pensant beaucoup plus sur l'état des affaires présentes que ce qu'elle vouloit en témoigner, on la fait parler à toute heure et contre ses intentions.

Ruccellai qui, pour la satisfaction de la Reine, s'étoit absenté quelque temps de la cour, s'y rendit au commencement du siège.

Monsieur le Prince estima que ce lui étoit un ren-

1. Voyez, pour ce paragraphe, le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 810-811.

fort contre elle et pour ses desseins. Il n'y a voit marchandise qu'il ne débitât par cet emballeur^. Il n'y avoit trahison qu'il ne brassât par cet Italien^. Il n'y avoit calomnie dont l'innocence de la Reine ne fût souillée. Tout leur étoit bon pourvu qu'il lui nuisît; toutes les fictions, pourvu que ce fût contre elle, passoient pour des histoires.

Le cardinal de Retz, étant tombé malade à Lunel, mourut le 16® août^ d'une fièvre d'armée; il fut regretté parce qu'il avoit l'esprit doux, mais étoit foible, de nulles lettres et de peu de résolution. Il ne fut pas appelé à la dignité de cardinal par extraordinaire mérite qui fût en lui, mais par la faveur de ses alliances, et le sieur de Luynes l'établit chef du Conseil pour autoriser les choses qu'il vouloit, sachant bien que la condition de son esprit n'étoit pas pour s'opposer en aucune chose qu'il désirât '*.

1. Var. ; pour cet emballeur (ras. Français 17542). — D'après Littré, le mot emballeur désigne celui « qui s'empare de l'esprit de quelqu'un par de beaux discours ».

2. Var. : pour cet Italien (ms. Français 17542). — Cette variante et la précédente prouvent à quel point le copiste du manuscrit Français 17542 comprenait peu le sens de ce qu'il transcrivait.

3. D'après la Gallia christiana, le cardinal de Retz mourut le 22 août 1622 au camp devant Montpellier. Avenel [op. cit., t. I, p. 721) écrit qu'il mourut le 13 août au camp devant Béziers. C'est la date du 13 qui doit être considérée comme exacte. Le Mercure françois, t. VIII, année 1622, p. 804, donne celle du 16. Richelieu écrivit à cette occasion une lettre de condoléances à la marquise de Maignelets, sœur du cardinal, lettre qui a été imprimée dans Avenel, t. I, p. 720.

4. Le Mercure françois (t. VIII, année 1622, p. 804) porte seulement que le cardinal de Retz « fut regretté de plusieurs, pour celte grande douceur qu'il avoit à traiter les affaires ».

Peu de jours après, le sieur de Vie, garde des sceaux, mourut aussi ^

Le cardinal de Retz, lui et le comte de Schônberg, dès que le connétable de Luynes fut mort, craignant que ma promotion au cardinalat me facilitât l'entrée dans les affaires, dirent au nonce ^ que le plus grand plaisir qu'il pourroit faire au Roi seroit d'empêcher que je parvinsse à cette dignité. Ce qui se découvrit par S. S. qui le fit connoître au marquis de Cœuvres, lors ambassadeur à Rome^. Ce mauvais office ne porta point de coup, car S. S. reconnut bien que c'étoit un trait d'envie plutôt cju'une parole de vérité ; de sorte que cela n'empêcha pas qu'elle ne m'élevàt à cet honneur, dont je reçus la nouvelle à la Pacaudière, au mois de septembre^.

Le comte de Schônberg, qui restoit lors seul des trois qui m'avoient voulu donner cet empêchement, se joignit à Monsieur le Prince et au sieur de Puyzieulx^,

1. Le 2 septembre, d'après le Mercure françois, t. VIII, année 1622, p. 804. Le président de Caumartin fut nommé à sa place.

2. Octave Corsini, archevêque de Tarse, nonce ordinaire en France de 1622 à 1625.

3. Le marquis de Cœuvres était à Rome en qualité d'ambassadeur extraordinaire. L'ambassadeur ordinaire était Noël Brûlart, commandeur de Sillery.

4. Richelieu fut nommé cardinal le 5 septembre 1622. Il dut arriver le 16 à la Pacaudière, bourg situé dans le département de la Loire, près de Roanne. Ses premières lettres de remerciements sont datées de Lyon, des 22 et 23 septembre. Elles sont adressées au Roi, au commandeur de Sillery, ambassadeur à Rome, au chancelier, à Puyzieulx et au nonce (Avenel, t. I, p. 725 et suiv.).

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