A la Reine mère
Jamais les Brûlarts'' n'ont eu affliction qu'ils n'aient eu recours à elle^ par des personnes interposées; mais ils n'étoient pas si tôt délivrés d'appréhension, qu'ils ne la connoissoient plus; voire, afin que ces offices qu'elle leur rendoit ne fussent pas suspects au Roi, ils lui en rendoieiit en même temps de très mauvais pour donner lieu à S. M. de croire que, si elle disoit du bien d'eux, c'étoit la force de la vérité qui l'y contrai^noit.
Gonnoissant que Luynes, qui n'a jamais eu autre but que de la ruiner dans l'esprit du Roi, y avoit si heureusement travaillé qu'il demeuroit toujours quelque grain de cette ivraie, aisée à rafraîchir et à faire pulluler de nouveau, leur principale conduite fut toujours de faire croire à S. M., non par les services qu'ils lui rendissent, mais en desservant sa mère, qu'ils étoient entièrement à lui.
Le Roi souvent l'en avertit par sa bonté, plus souvent La Vieuville qui avoit quelque part en leurs secrets, mais grande jalousie de leur puissance.
La Reine, désireuse de vivre en quelque repos, les pria de vivre avec elle avec plus de franchise, leur représentant qu'ils avoient pu voir que, quand il leur arrivoit quelque affliction, elle les considéroit plus qu'en prospérité ; qu'elle n'alloit pas si vite que Monsieur le Prince, mais qu'elle étoit plus fidèle ; qu'ils avoient un avantage, qui étoit qu'elle ne pouvoit désirer leur amitié que pour le bien du service du Roi, ses intérêts ne pouvant être autres que les siens, où^
1. Nom de famille du chancelier de Sillery et de Puyzieulx, son fils.