‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 172 sur 200 · L'électeur palatin Frédéric V · texte numérisé non relu

L'électeur palatin Frédéric V

unes les autres à bien faire, où ici les affaires sont entre les mains d'un ou deux de même intelligence qui disposent de leurs charges avec aussi peu de résistance que du revenu de leurs maisons ; qu'en Espagne les services y sont soigneusement récompensés, au lieu qu'en France on les méprise souvent quand ils sont passés. Un vrai ministre ne doit penser qu'aux intérêts de son maître, mais le maitre doit penser aux siens ^

De tout ce que dessus, il arriva qu'on se résolut de donner de l'argent aux États, ce qui avoit été interrompu depuis que la Reine étoit sortie des affaires.

Après lui avoir parlé du dehors, elle le pria de penser au dedans sérieusement et non par boutades, exécuter les résolutions sans se contenter de les avoir prises, amasser de l'argent, fortifier les frontières, régler les dépenses; qu'elle consentoit d'elle-même la cassation de sa compagnie de chevau-légers , pour servir d'exemple à l'ordre et à la diminution de ses garnisons. Elle eût volontiers ajouté de former un bon Conseil dont il se fût rendu le chef; car, en effet, il ne l'étoit que par naissance et non par exercice.

Les affaires étoient en tel désordre que les affaires dépendoient du père et du fils-. Le Roi s'adonnoit à la chasse, sembloit faire beaucoup quand il s'exemptoit des corvées du Conseil.

Rien ne s'y faisoit que par leur mouvement; il n'y

1. Comparez tout ce passage avec le début du chapitre m du « Testament politique », qui développe les mêmes idées (éd. de 1740, t. II, p. 14 et suiv.).

2. C'est-à-dire du chancelier de Sillery et du marquis de Puyzieulx, son fils.

avoit point d'ordre à la fonction, point de ^ré à bien faire, point de stabilité en la condition, point de discernement au choix des personnes.

Tout ce qu'ils font par dessein n'a pour but que leur profit; s'ils font quelque bien au public, c'est par occasion et quand leurs avantages se rencontrent dans celui du royaume. On souffre des gens qui, faisant [du] bien au public, s'en procurent beaucoup à eux-mêmes; on tolère encore, quoiqu'à regret, des personnes qui, étant peu utiles à l'État, ne le sont pas beaucoup à leurs maisons; mais ceux-là sont du tout insupportables qui ne s'agrandissent que par la perte de l'État et qui ne trouvent leur accroissement que dans les confusions publiques.

Non seulement personne n'a plus d'entrée dans les Conseils que par leur main, mais ils ne veulent souffrir près du Roi que de leurs créatures, que personnes qui soient à leurs gages.

Ils prient instamment la Reine de se joindre avec eux pour faire chasser le Colonel, M""" de la Valette^ et Ronnœil^; ils l'assurent que le Colonel est son ennemi, lui répondent de l'événement. Elle en a trop de preuves pour douter de la mauvaise volonté de

1. Gabrielle-Angélique, fille légitimée de Henri IV et de la marquise de Verneuil. avait épousé en 1622 Bernard de Nogaret de la Valette et de Foix, plus tard duc d'Épernon. Elle mourut en 1627.

2. René de Thou, seigneur de Bonnœil et de Cély, conseiller du Roi, introducteur des ambassadeurs, avait épousé en 1599 Marie Faye d'Espeisses, fille d'un président à mortier au parlement de Paris. Il était fils de Jean de Thou, seigneur desdits lieux, conseiller au Parlement et maître des requêtes, et de Renée Baillet.

ce personnage, mais trop de prudence pour se venger à l'avantage du Chancelier et de son fils, dont elle étoit bien aise de contrebalancer la puissance par personnes qui leur fussent contraires. Elle leur témoigne qu'elle est comme certaine religieuse d'Athènes, qu'elle bénit et ne maudit jamais personne, qu'elle sait servir ses amis et ne veut point faire mal à ses ennemis.

Ils ont jalousie de Toiras^ ; ils appréhendent qu'il ne s'avance dans l'esprit du Roi à leur préjudice; ils disent à la Reine qu'il se pique de favori, la pressent d'en avertir le Roi comme d'une chose très importante au bien de son service.

Elle conseille le Roi^, à leur prière, de faire du bien à ses serviteurs, mais de ne pas souffrir qu'ils se donnent la vanité d'être maîtres de son esprit; que, comme il a trop bon jugement pour en donner l'effet, il y va aussi de sa réputation que personne n'en ait les apparences.

A peine eut-elle ainsi parlé en leur faveur qu'ils en informent Toiras, qui impute à la Reine ce qu'elle avoit fait à leur persuasion, voulant profiter d'une faute qu'ils avoient malicieusement commise.

On peut dire néanmoins en leur louange ^ qu'ils avoient fait revenir l'âge d'or, n'y ayant rien de si difficile qui n'ait passé à la faveur de ce métal.

Quelque rhétorique qu'eût le président de Ghevry^,

1. Jean de Saint-Bonnet, seigneur de Toiras, de la maison du Caylar (1585-1636), maréchal de France en 1630.

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