‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 171 sur 200 · L'Electeur palatin · texte numérisé non relu

L'Electeur palatin

danser le grand ballet de la Reine le 5* et, poursuivant son voyage, arriva à Madrid le 1 1\ où, ayant été très bien reçu, après y avoir demeuré quelques mois et [attendu] que le bref du Pape pour la dispense fût prêt d'être accordé à Rome, il retourna en Angleterre avec le mécontentement ordinaire que les rois rapportent de leurs entrevues, desquelles il n'arrive quasi jamais qu'ils partent aussi bons amis qu'ils étoient venus ^ .

Le Roi fut si mal averti qu'il n'eut point d'avis de son passage par la France qu'il ne fût déjà près des frontières d'Espagne. Chacun prit ce voyage diversement : les ministres en parlent comme d'une chose de nulle conséquence, plus propre à faire blâmer les entrepreneurs que leur en faire recevoir avantage en leurs affaires.

La Reine prend son passage tout autrement, reçoit un déplaisir sanglant de voir que notre négligence et mauvaise conduite fait perdre à la France l'occasion de se fortifier par ce mariage et donne lieu à l'Espagne de s'accroître à nos dépens. Elle remontre au Roi comme on étoit investi de la puissance d'Espagne de tous côtés, que les affaires d'Allemagne nous étoient indifférentes, quoique la maison d'Autriche l'eût, par notre négligence, presque toute réduite à son obéissance; qu'on méprisoit la Valteline, qu'on mécontentoit les Suisses; qu'il étoit à craindre, si nous ne donnions aux Hollandois une véritable et prompte assistance, que le mariage d'Angleterre ne produisît de deux choses l'une pour l'Espagne, ou que le roi

1. Voyez pour tous les détails du séjour du prince de Galles en Espagne le Mercure francois, t. IX, année 1623, p. 471-565. in 19

d'Angleterre abandonnât les États* pour rétablir son gendre^, ou qu'il nioyennàt la trêve entre le roi d'Espagne et les États qui s'y disposoient à sa prière, de peur d'être abandonnés de lui ; ce qui se feroit d'autant plus aisément qu'ils ont peu de confiance en nous et que, bien que l'humeur de ce prince ne leur en fît pas espérer grand support, ils ne laissent d'avoir quelque créance en lui, comme professant la religion en laquelle ils vivent ; qu'on savoit bien que Spinola avoit envoyé plusieurs fois en Espagne donner avis qu'il feroit plus de progrès en trois mois en France qu'en dix ans en Hollande et qu'il conseilloit la trêve à ce dessein; qu'elle ne se pouvoit faire en affaires si pressées et ce d'autant moins qu'elle avoit toujours vu le feu Roi prendre des maximes contraires à celles qui se pratiquent maintenant, par lesquelles il sembloit que nous fussions aux gages d'Espagne pour procurer leur grandeur et avancer notre ruine.

Elle eût pu ajouter là, la source et l'origine d'où vient que les affaires vont bien en Espagne et mal en France; mais la connoissance qu'elle avoit que passer jusque-là lui eût nui et n'eût pas servi le Roi, vu le pouvoir qu'avoient ceux qui étoient auprès de lui, l'empêcha d'aller plus avant.

Cette différence vient qu'en Espagne les ministres semblent n'avoir autre soin que d'avancer les affaires publiques, et ceux de France mettent les affaires du Roi sous les pieds et les leurs seules devant les yeux ; que ces Conseils d'Espagne sont composés de nombre de personnes qui se contraignent en s'éclairant les

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