Frédéric V
monde pour un aussi inl'ortuné conseiller que capitaine, dont la prudence étoit plus grande en paroles qu'en effets, et avoit plus de montre que de solidité*. Mais revenons d'où nous sommes partis. Le Parlement, voyant que, sous l'administration des ministres, les aiïaires étoient dans un si honteux abaissement, crut être obligé, par^ le devoir de leurs charges, d'en dire leurs sentiments au Roi. Leurs députés arrivèrent à Fontainebleau le 3® de mai, avec commission de représenter à S. M. la misère du peuple, la mauvaise conduite de ceux qui avoient la meilleure part au gouvernement, le peu d'espérance de voir sa dignité relevée sous leur ministère et l'intérêt qu'il avoit de retrancher plutôt ses dépenses que de les soutenir par l'oppression de ses peuples.
1. Le poi-trait du duc de Bouillon est en partie emprunté au Mercure français, t. IX, année 1623, p. 465-466.
2. Ici se trouve dans le manuscrit B un feuillet barré (Affaires étrangères, France 50, fol. 201). Il reproduit d'abord les deux paragraphes de la p. 295, dont le premier commence par : « Jamais il ne flatta son maître » et dont le second se termine par ces mots : « ... il eût été glorieux à la France qu'elle n'eût jamais fini. » Mais on y lit le passage suivant qui a disparu dans la rédaction définitive : « Je lui [au président Jeannin] ai souvent ouï dire que jamais le Chancelier ne donna jamais un bon conseil en chose importante, qu'il pensoit assez faire les affaires en ne les faisant point, n'usant pas de décision, mais remises, qu'il avoit converti la prudence en raatoiseries, qu'on jugeoit plutôt de ses volontés par sa mine que par ses paroles. » — Malgré la suppression de ce passage, la dernière rédaction du manuscrit B est plus étendue que ne l'était la première puisqu'elle contient un passage relatif au duc de Bouillon, qui n'existait pas dans la première rédaction et dont une partie (voyez la note 3 de la p. 296) n'existe pas dans le ms. Français 17542.
Le Roi, par l'avis de son Conseil, qui étoit accoutumé de se servir de son maître plutôt que de le servir, leur dit que leurs remontrances tendoient plutôt à décrier son gouvernement que le réformer ; qu'elles étoient plutôt faites par faction que par zèle, et que ce n'étoit pas [à] eux de prendre connoissance des affaires de son État.
Nous lisons bien, à la vérité, dans nos histoires, que Charles IX^ sur ce que le Parlement ne vouloit pas reconnoître sa majorité qu'il avoit fait faire au parlement de Normandie, y étant en personne, leur dit qu'il ne les prenoit pas pour ses tuteurs.
Nous savons qu'un prince du sang s'étant plaint au Parlement des désordres publics, le président de la Vacquerie^ dit qu'ils ne se mêloient que de rendre la justice aux particuliers.
Nous savons qu'ayant parlé une fois au feu Roi avec trop de fermeté, il leur^ dit que ses prédécesseurs les craignoient et ne les aimoient pas, que, pour lui, il les aimoit et ne les craignoit pas.
Mais, quand ils se sont mêlés, non de combattre les volontés des rois, mais de faire voir comme on abusoit de leur nom, non de recevoir des plaintes des particuliers contre le roi, mais de faire plainte au roi contre les particuliers, non seulement ils n'ont jamais été repris de l'avoir fait, mais plutôt blâmés de ne l'avoir pas assez souvent entrepris.
Mais ce n'est pas merveille si ces Messieurs se pré-
1. Jean de la Vacquerie, président au parlement de Paris en 1480, fut premier président l'année suivante, jusqu'à sa mort en 1497.