‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 178 sur 200 · Aux membres du Parlement · texte numérisé non relu

Aux membres du Parlement

valent de l'autorité de leur maître contre sa justice.

Ceux qui ont mauvaise cause tendent toujours aux fins de non recevoir; ils aiment mieux accrocher leur procès que l'éclaircir, récuser leurs juges que de se fier en leur droit.

La Reine prit un chemin tempéré; elle leur dit (ju'elle s'assuroit que le Roi leur sauroit bon gré du zèle qu'ils avoient au bien de son royaume, mais qu'il étoit nécessaire qu'ils apportassent tout le soin qu'ils pourroient pour empêcher l'avantage qu'en voudroient prendre ceux qui n'avoient pas, comme eux, les intentions nettes*.

Le Chancelier avoit conseillé au Roi d'aller passer la matinée dans la chambre de la Reine avec tout son Conseil, pour faire mine de délibérer de la réponse

1. Le récit de l'incident relatif à la harangue du Parlement se trouve en partie aux Affaires étrangères, France 778, fol. 128-129. Il a été fait pour les Mémoires et a été utilisé ici. La façon même dont ce récit devait être conduit et les principales idées que l'on y retrouve ont été indiquées par Richelieu en quelques notes qu'il a dictées à Charpentier (fol. 129); les voici : « Faut savoir la substance de la harangue du Parlement, la réponse du Roi et du Chancelier. Montrer que, quand le roi Charles IX* dit au Parlement qu'il ne vouloit pas qu'ils fussent ses tuteurs, c'étoit parce qu'ils ne vouloient pas reconnoître sa majorité, qu'il avoit fait faire au parlement de Normandie, y étant en personne, pour l'affaire des Anglois qui étoient au Havre. Faut montrer que le Parlement a toujours pu donner des avis sur les désordres de l'Etat et que, lorsque le président de la Vacquerie dit qu'ils ne se mêloient que de rendre la justice aux particuliers, c'étoit sur la plainte d'un prince du sang qui s'adressa à eux pour se plaindre des désordres. Sur quoi il le renvoya au Roi. » Au dos du feuillet a été écrit par Charpentier : « Sur les remontrances du Roi à Fontainebleau, 1623 », et « Histoire. Fontainebleau. 1623 ».

qu'il lui a voit déjà donnée, pour se décharger sur elle de ce dont elle méritoit du blâme*.

Il y va dès le matin y attendre le Roi ; mais, la Reine s'étant trouvée mal la nuit, elle ne fut pas assez tôt éveillée pour lui donner ce contentement. Ils firent croire au Roi que c'étoit une maladie feinte, pour leur donner à connoître qu'elle n'avoit point de part à ce conseil, et lui suscita une nouvelle et lourde querelle pour en tirer sa raison.

Comme elle vivoit à Fontainebleau en grande familiarité avec le Roi, elle est tout étonnée qu'un grand bruit s'épand par toute la cour qu'on lui a donné le gouvernement de Saumur : ce bruit la surprend d'autant plus qu'elle ne l'avoit jamais ni prétendu ni demandé; seulement avoit-elle supplié S. M., sur ce que plusieurs l'importunoient de ce gouvernement, de n'y mettre personne à son préjudice, le sieur du Plessis-Mornay ayant toujours contesté , quoique sans apparence, que cette place n'étoit pas dans l'étendue de l'Anjou.

La nouvelle de cette gratification se rend si publique que les ambassadeurs s'en réjouissent avec elle comme d'une marque assurée que le Roi lui avoit donnée de sa confiance.

jyjme ^jg Puyzieulx m'en parle comme d'une chose résolue; M. de Puyzieulx tint au sieur de Fossez^ le même langage pour en avertir la Reine.

1. Var. : ce dont elle raériteroit du blâme (ms. Français 17542).

2. Gabriel de la Vallée-Fossez, marquis d'Everly, conseiller d'Etat et maréchal de camp, fut gouverneur de Montpellier et de Verdun et mourut en 1636,

La Reine ne voyant pas, d'un côté, à quoi ces bruits pouvoient aboutir et craignant, de l'autre, qu'on ne lui en rendît de mauvais offices auprès du Roi, comme si elle eût cherché quelque établissement dans l'État, elle en parle au Roi, lui témoigne qu'elle ne sait ni la source ni la fin de ces bruits, qu'elle ne pensoit pas au gouvernement de Saumur, mais seulement qu'il lui plût y pourvoir avec la réserve de ce qui lui appartenoit, à cause de l'Anjou; que son avis seroit qu'il fît raser cette place ou qu'il mît un exempt pour la garder.

Le Roi approuve cet avis, nomme à la Reine l'exempt des gardes qu'il y veut envoyer ; plusieurs s'opposent à celui-là. Le capitaine des gardes qui est en quartier prétend que c'est à lui d'y nommer.

Cette difficulté vidée par l'autorité du Roi qui persiste au choix qu'il en avoit fait, on en forme d'autres ; on y veut envoyer un exempt gouverneur, avec une compagnie qui ne soit pas à lui. Il proteste ne pouvoir répondre de la place s'il n'a la liberté d'y pourvoir : sa demande est jugée raisonnable.

Enfin, on fait difficulté sur la commission, savoir si on mettroit sous l'autorité de la Reine ou non. La Reine témoigne n'affectionner rien en cela de nouveau. On cherche et trouve-t-on plusieurs exemples d'autres qui avoient été expédiées sous le nom des gouverneurs particuliers; on en délivre une portant cette clause; le Chancelier la refuse au sceau.

La Reine, sur cet achoppement, envoie Marillac * trouver le Roi pour savoir sa volonté [et lui dire] que, par

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