Anne d'Autriche
2. Les coquetteries bien innocentes de la reine Anne d'Autriche avec le vieux duc de Bellegarde.
3. Il y a là un jeu de mots facile, le père et le fils désignant Sillery et Puyzieulx, comme nous l'avons indiqué, p. 291.
4. Var. : conseillée d'ailleurs de ses médecins (ms. Français 17542).
de pourvoir à sa santé, se propose d'aller à Fougues, pour s'en être bien parfaitement trouvée l'année précédente.
Selon son bonheur accoutumé, on ne manque pas de donner de la jalousie au Roi de ce dessein, de lui imputer qu'elle promouvoit un accommodement avec Monsieur le Prince et le comte de Soissons.
Considérant cette malice et que, si elle alloit à Fougues, Monsieur le Frince la viendroit voir pour n'en être éloigné que de douze lieues, que Monsieur le Comte, en même temps, demandoit liberté d'aller en son gouvernement, elle jugea que les rencontres de ce voyage n'étoient pas bonnes, dit au Roi qu'elle préféreroit toujours ses affaires à sa santé, que, bien qu'elle ne voulût être liée qu'avec lui, elle ne doutoit pas que, si elle alloit à Fougues, Monsieur le Frince ne la vint souvent visiter pour faire croire qu'il étoit en intelligence avec elle et s'avantager à ses dépens; que, pour ces considérations, elle s'étoit résolue d'aller à Monceaux^ prendre ses eaux.
Le Roi témoigne lui avoir obligation de ce procédé et avoir très agréable ce changement de lieux ; mais, bien qu'il lui fit l'honneur de l'assurer qu'il ne pouvoit avoir aucune méfiance de ses actions, elle jugea qu'il avoit l'esprit blessé de ce que, à la sortie de ce discours. Monsieur le Comte eût congé d'aller en son gouvernement, que jusque-là il n'a voit pu obtenir.
On donne à ce prince, dans ce voyage, plusieurs dégoûts, aussi peu nécessaires que raisonnables. Elle en parle franchement, concluant qu'il étoit bon de
1. Le château de Monceaux était situé près de Meaux; il avait été donné en 1595 par Henri IV à Gabrielle d'Estrées.
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n'avantager pas les princes en ce en quoi le service du Roi pût recevoir préjudice et son autorité diminution; mais qu'en choses indifférentes et qui ne sont pas de cette conséquence, il les t'alloit contenter avec soin.
La Reine étant à Monceaux, le Roi la vint voir deux fois et y fût venu la troisième si les ministres, par jalousie, ne l'en eussent ouvertement détourné.
Il s'en plaignit à quelques-uns de ses confidents^, dit à M. de Bellegarde : « Us sont plaisants, ils veulent que je ne bouge d'ici d'auprès d'eux ou que je n'aille qu'aux lieux qu'ils me prescriront. Us «le veulent faire croire qu'il s'est fait dans ces voyages de Monceaux des monopoles; mais je m'en moque, car de moi-même ils me veulent persuader que j'y ai eu des desseins auxquels je n'ai point pensé. » Il n'ignoroit pas leurs artifices; mais il avoit peine à s'en défendre.
Ces deux voyages réussirent si bien que LL. MM. en demeurèrent parfaitement satisfaites.
Le Roi ne se pouvoit taire de la bonne réception que la Reine sa mère lui avoit faite, du plaisir qu'il prenoit en sa compagnie, ni la Reine en exprimer sa joie.
Il commande à Toiras, qu'il aimoit, de s'accommoder avec elle, parce qu'il ne pouvoit lui faire du bien si sa mère ne lui en vouloit.
Les lettres qu'il lui écrivoit étoient si pleines d'affection qu'on jugeoit bien que, si ce n'eût été l'artifice des ministres, elle eût eu toute autre place qu'elle n'avoit et dans son cœur et dans ses affaires.
Le Roi envoya la Reine sa femme la voir. Conseillée de quelques femmes malintentionnées, elle eût bien
1. Var. : à quelqu'un de ses confidents (ms. Français 17542).
voulu s'en excuser, mais ii le voulut si expressément qu'elle ne put s'en défendre.
Elle y fut si bien reçue que, d'elle-même, elle y vint une seconde fois pour assister à une comédie que Madame* y devoit jouer.
Les artifices de la cour sont incroyables ; le prince de Join ville dit, au retour de Monceaux, à La Vieuville qu'il falloit qu'ils entreprissent de débusquer Puyzieulx, que la Reine seroit de la partie, qu'il avoit charge de lui en parler; à quoi elle ne pensa jamais.
La Vieuville avéra que, le même jour qu'il- lui avoit parlé de ruiner Puyzieulx, il avoit parlé à Puyzieulx pour le perdre, et la Reine^, au même jour qu'il avoit averti que La Vieuville étoit son ennemi et qu'elle s'en devoit garder, il avoit donné avis à La Vieuville de ne se pas confier en elle, et qu'elle souhaitoit sa perte.
Le plus grand mal qu'on ait dans la cour n'est pas à bien faire, car il n'y en a point, mais à reconnoitre les personnes et à discerner les nouvelles.
Après avoir fait quelque séjour à Monceaux, le Roi lui témoigna qu'il désiroit passionnément qu'elle revînt auprès de lui.
Beaucoup pensoient que c'étoit pour l'avancer entièrement dans le maniement des affaires; mais elle ni les siens ne le crurent jamais, mais bien que c'étoit pour vider sous son nom les prétentions de la duchesse de Ghevreuse et de la connétable de Montmorency*,