Le 4 mai
3. C'est au Mercure françoh, t. IX, année 1623, p. 735, que les Mémoires ont vraisemblablement emprunté ce mauvais jeu de mots. On y lit, en effet, ces vers : « Ici gît de Mornay, l'hérétique de France, — Le funeste fanal des esprits de travers; — Heureux s'il fût raort-né ou mort dès son enfance, — Car il n'eût enfanté tant de livres pervers. »
nanl et punissant avec la ri^^ueur qu'ils méritoient*. Quasi en même temps en France, on commença à découvrir une autre compagnie, appelée les Rose-Croix et les Invisibles, qui commencèrent en Allemagne, des perverses opinions desquels le P. Gaulthier et plusieurs autres ont écrit ^, auxquels j'aime mieux me remettre que de parler ici de leurs impertinences.
1. Le Mercure français, t. IX, année 1623, p. 355-371, donne de longs détails sur la secte des Alumbrados ou Illuminés, et le texte de l'édit de l'Inquisition, en date du 29 mai 1623, qui les frappa. Les Illuminés prétendaient s'abandonner à la direction de Dieu, qui leur révélait, disaient-ils, ses volontés. Ils méprisaient la prière orale, les sacrements et la discipline corporelle. C'est en Espagne qu'ils firent leur apparition, au XVI® siècle, sous le nom d' Alumbrados. Poursuivis par l'Inquisition, ils réapparurent plus nombreux en 1623; un mouvement analogue fut observé à la même époque en Flandre et en Picardie. Les Illuminés avaient à peu près disparu vers 1635.
2. Le P. jésuite Jacques Gaulthier (1560-1636), professeur de théologie et de philosophie à Tournon et Lyon, écrivit une « Table chronographique », où il parle des Invisibles. On peut citer, au nombre des principaux auteurs qui écrivirent sur les Invisibles : Jean Bringern, qui fit imprimer, en 1615, à Francfort, deux opuscules intitulés : Manifeste et confession de foi des frères de Rose-Croix ; Naudé, qui écrivit un ouvrage intitulé : Histoire et origine des frères de la Rose- Croix, et le P. Garasse, jésuite, qui imprima sur ce sujet un livre : la Doctrine curieuse. Voyez sur les Invisibles le Mercure français, t. IX, année 1623, p. 371-388. Les Rose-Croix prétendaient pénétrer les mystères de la nature grâce à une sorte de lumière intérieure et s'adonnèrent bien vite à la magie et à l'alchimie. Un certain Rosenkreutz (d'où leur nom) aurait été leur fondateur (1378-1484). Le luthérien Jean-Valentin Andreae ou André, écrivain wùrtembergeois de la première moitié du xvn^ siècle, paraît avoir été sinon l'auteur, au moins le réorganisateur de l'ordre.
Notice sur le manuscrit Français i7542 de la Bibliothèque nationale.
Le manuscrit 17542 du fonds Français de la Bibliothèque nationale, qui semble à première vue n'être qu'une copie assez fidèle du manuscrit B des Mémoires, a paru cependant assez intéressant pour mériter que soient notées au cours de cette édition les plus importantes variantes qui le distinguent du manuscrit B.
Le manuscrit Français 17542, qui contient le récit des événements de 1622 à 1626, se présente sous la forme d'un petit in-folio de 451 feuillets, relié en veau rouge et doré sur tranches. L'écriture en est nette et soignée pour les trois premières années; elle est moins régulière pour les deux dernières, quoique restant très lisible ; mais elle ne présente pas le caractère des belles écritures de copistes du xvii® siècle.
En ouvrant le manuscrit, on lit, imprimés sur une bande de papier collée sur le premier feuillet, ces mots : « Ex bibliotheca mss. Coisliniana , olim Segueriana, quam illustris Henricus du Cambout, dux de Coislin, par Franciae, episcopus Metensis, etc., raonasterio s' Germani a pratis legavit ann. 1732 ^ » Il ne porte aucun titre, ni
1. Voyez l'article d'Avenel dans le Journal des Sai'ants (mai 1859), p. 302 et suivantes, que nous avons utilisé pour cette étude.
sur la reliure, ni en tète de la première page écriie, le nombre 1622 indiquant (|ue le récit qui suit se rapporte à l'année 1622.
Comme nous l'avons dii plus haut, on a l'impression, en parcourant le manuscrit, que le texte ne diffère guère de celui du manuscrit B. Cependant, on remarque quelques légères variantes, qui ne sont souvent d'ailleurs que de simples modifications de style, plus ou moins heureuses. On verra pourquoi ces variantes méritent cependant de retenir l'attention. Quoi qu'il en soit, le manuscrit dont il est ici question contient quelques pages, formant le début du récit de l'année 1624, qui font défaut dans les manuscrits A et B des Mémoires, le récit de 1624 commençant seulement, dans ces deux manuscrits, avec l'arrivée de Richelieu au ministère. Jusqu'à présent, ces pages n'ont été retrouvées nulle part ailleurs. Elles ne sont pas inédites cependant, ayant été publiées par Léopold Ranke dans sa Franzôsische GeschichteK Ce qui fait en partie leur intérêt, c'est qu'elles donnent précisément ce début de récit pour 1624 qui manque dans ]es Mémoires. Rien ne permet, d'ailleurs, de croire qu'elles aient été composées après la mort de Richelieu et par d'autres que par les rédacteurs habituels des Mémoires : le style, la nature des idées et la manière dont elles sont présentées ne différencient point ce début de 1624 de la suite du texte; il faut seulement remarquer que les événements V sont très succinctement rapportés et peu expliqués ; ce court exposé n'occupe que neuf pages du manuscrit.
Il est une autre constatation importante à faire. De même que le début de l'année 1624 est identique dans le manuscrit A et dans le manuscrit B, de même la pagination, qui est de l'époque des Mémoires, commence dans *