Ecouis, bourg du département de l'Eure, près des Andelys
le peuple qui ne se pouvoit lasser de bénir son arrivée*.
Le parlement vint saluer S. M., et toutes les compagnies souveraines^.
Le samedi, S. M. alla au parlement et établit, à la requête dudit parlement, des échevins nouveaux et capitaines de la ville qui furent tirés du parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides, qui prêtèrent serment de fidélité entre les mains de S. M.
Depuis le vendredi que le Roi arriva jusques au dimanche qu'il partit, il eut plusieurs avis des habitants de Gaen pour le faire avancer.
Semblables instances lui furent faites par le parlement et par la province; de sorte que S. M. fut obligée de se hâter d'y aller, et principalement sur la nouvelle qu'il reçut que le Grand Prieur, ayant eu avis de Prudent que les troupes de S. M. s'avançoient pour l'investir, que la ville étoit déjà toute perdue, et qu'il en seroit bientôt de même du château s'il n'étoit promptement secouru, s'étoit résolu de se jeter dans la place, et, y étant arrivé, ne l'avoit osé faire et s'en étoit retourné^.
1. Toute cette partie du récit du voyage du Roi a été certainement composée à l'aide du Mercure françois (t. VI, année 1620, p. 290-293).
2. Le récit manuscrit des Affaires étrangères est de deux pages et demie plus long, et le passage que l'on n'a pas cru devoir conserver est relatif aux détails de la réception du parlement de Normandie (Finance 773, fol. 218-219). C'est Sancy qui a fait les raccords de style nécessaires (fol. 219 v°).
3. Ces trois paragraphes sont empruntés au récit déjà cité (France 773, fol. 220), sauf le dernier qui était primitivement ainsi libellé : « Semblables instances lui furent faites par le parlement et par la province et particulièrement depuis que
A la vérité, ce fut une action bien honteuse; car le Grand Prieur, qui jugeoit assez combien la conservation de cette place étoit importante au service de la Reine, part du lieu même où il en avoit reçu le courrier pour s'y jeter ; mais il ne fut pas arrivé aux portes que Senneterre*, qu'on estimoit chercher plutôt du profit dans la guerre que le péril, lui persuada que ce n'étoit pas à un prince d'engager sa liberté, ni de s'opiniàtrer à un siège.
Le marquis de Beuvron^, voyant que c'étoit une occasion à se signaler, s'offrit de s'y jeter avec ses amis ; mais en vain : le même qui l'en avoit détourné par lâcheté le^ porta à en refuser à d'autres l'emploi par jalousie^.
Monsieur le Grand Prieur se fut présenté à la ville de Caen pour y entrer, les portes lui ayant été refusées, tellement qu'il fut contraint de s'en aller pour ne laisser la fidélité et biens des habitants de cette ville en peine et le voisinage à la grande discrétion des troupes qu'on a fait entrer dans le château. »
1. Henri de Saint-Nectaire ou Senneterre (1573-1662), marquis de la Ferté-Saint-Nectaire, fils de François et de Jeanne do Laval, fut chevalier des ordres du Roi, lieutenant général en Champagne, ambassadeur en Angleterre et à Rome, puis secrétaire d'Etat.
2. Jacques d'Harcourt (1585-1622), marquis de Beuvron, fils de Pierre et de Gillonne de Matignon, fut tué devant Montpellier; il commandait depuis 1615 une compagnie de chevaulégers.