‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 41 sur 200 · Son frère · texte numérisé non relu

Son frère

4. A comparer ce sévère jugement avec l'appréciation portée page 70.

M. du Maine pour agir sous Monsieur le Comte. Mais la jalousie du duc de Vendôme, qui gouvernoit Monsieur le Comte et sa mère^ ne le put souffrir.

Il chercha cent artifices pour l'empêcher.

Au reste, le duc de Vendôme et Marillac, qui se chargèrent des fortifications qu'il falloit faire, prirent conjointement un fort mauvais dessein ; car, au lieu de s'amuser à fortifier aucunement l'entrée des faubourgs d'Angers, pour les mettre en état d'y rendre au moins quelque résistance et se garantir par ce moyen d'une subite invasion, au lieu de faire faire a la tête du Pontde-Cé un bon retranchement, capable de défendre le passage, ce qui étoit aisé, ils entreprirent un retranchement pour conjoindre la ville d'Angers avec le Pont-de-Cé, lequel se trouva si grand qu'ayant deux lieues de long, non seulement ne le purent-ils parachever avant que le Roi vînt, qu'en ce temps même il ne se trouva pas tracé partout ; joint que, quand il eût été fait, il eût été inutile, vu qu'il eût fallu vingt mille hommes à bien garder deux lieues de long qu'il contenoit, lesquels on n'avoit pas-.

Je puis dire, avec vérité, que je leur représentai plusieurs fois l'inconvénient qui leur pouvoit arriver d'une telle entreprise; mais leur présomption et la méfiance que je devois avoir de moi-même étoient telles que je n'osai pas m'opiniàtrer en mon opinion, quoique

1. Anne de Montafié, veuve de Charles de Bourbon, comte de Soissons.

2. Le Mercure françois porte ces mots : a Quant à ceux du Pont-de-Cé, six jours durant ils travaillèrent à faire un grand retranchement au bout du pont du côté d'Angers » (t. VI, année 1620, p. 330).

je fusse fortifié par le jugement de plusieurs capitaines particuliers qui étoient de même avis.

Je n'oubliai pas à leur représenter qu'il falloit vingt mille hommes pour défendre ce retranchement; que je ne jugeois pas que la Reine les pût avoir à temps pour s'opposer aux forces du Roi, vu que les troupes des ducs d'Épernon et du Maine, qui en dévoient faire dix ou douze, n'étoient pas prêtes, ni eux en volonté de s'avancer; qu'au reste, si on avoit ce nombre de gens, il n'étoit pas question de les enfermer là-dedans, où l'on auroit de la peine à les nourrir, la bourse de la Reine ayant été épuisée pour faire les grandes levées que chacun avoit désirées, mais bien tenir la campagne.

Mais, comme chacun est amoureux de ses pensées, rien ne les put divertir de leur entreprise.

Cependant le Roi s'avançoit toujours, et ce d'autant plus que n'ayant trouvé nulle résistance à Rouen et si peu à Gaen qu'il la falloit compter pour rien ; [il] fut incontinent au Mans, et ensuite dans la prée du Pontde-Cé, où les ordres de S. M. étoient seulement de faire un logement à demi-lieue de nous sans s'avancer davantage, pour donner lieu au duc de Bellegarde, archevêque de Sens et président Jeannin, d'achever le traité qu'ils avoient commencée

Tout ce qu'on put faire fut de mettre en bataille, à un bout du Pont-de-Cé^, ce grand retranchement non achevé, huit ou dix compagnies du régiment de la Reine qui étoient arrivées, le régiment du duc de

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