D'une avant-garde (France 773, fol
5. Comparez ce paragraphe et les quatre suivants avec le récit écrit par Charpentier (France 773, fol. 229 et 230) : « M. de Vendôme va au Pont-de-Cé pour mettre 3,000 hommes qui y étoient en bataille dans un retranchement qu'on y avoit fait et conserver le passage. M. de Retz, qui y avoit ses troupes, y va aussi avec lui, et le sieur du Bellay qui y avoit les siennes et le sieur de Marillac. Ils mirent tout en ordre, leurs gens en bataille, le canon en état de tirer. Chacun dans l'étonnement fait la meilleure mine qui lui est possible. Le duc de Retz promet des merveilles; mais, incontinent qu'il vit l'ennemi s'approcher, il forma une querelle d'Allemand, disant qu'on faisoit la paix sans lui, et se retira avec toutes ses troupes sous ce prétexte, renversant tout ce qui étoit derrière lui et défaisant tout l'ordre et les gens qui étoient là pour se défendre. On fit tout ce qu'on put pour l'arrêter, pour le faire revenir étant parti. Mais l'alarme étoit si grande en son camp que quelque conseil
Aussitôt qu'on vint dire que les troupes du Roi s'approchoient, le duc de Retz fit contenance de se vouloir grandement signaler cette journée. Il emprunta un cheval du premier qu'il rencontra, pour aller reconnoître les ennemis, comme il fit; et au retour, de courageux qu'il paroissoit auparavant, il parut furieux, jurant et tempêtant qu'on les vouloit sacrifier pendant qu'on traitoit la paix, et qu'il s'en alloit.
On croyoit au commencement qu'il se moquât; mais il fit bien paroître, par effet, qu'il parloit tout de bon, faisant tourner tête à son régiment et à celui de la Jousselinière qui étoit à lui, passa tout au travers de la ville du Pont-de-Cé avec une grande diligence, comme si le canal de la rivière eût été la seule barrière suffisante de le garantir de mal^.
Plusieurs de ses amis, étonnés de l'action de ce seigneur, firent tout ce qu'ils purent pour remettre son esprit ; mais il fut du tout impossible.
Il se résolut une fois de revenir ; mais, comme il fut à mi-chemin, sa maladie le reprit et retourna encore.
La défection de ce personnage et de quinze cents hommes qu'il tira après lui, arrivée sans qu'elle eût été prévenue, fut de telle conséquence qu'il n'y a personne sensée qui ne juge qu'il n'y a point d'armée au
que lui pussent donner ses amis, quelque persuasion qu'il reçût par intervalle des sentiments d'honneur qui ne peuvent être morts aux cœurs, même les plus foibles, tant qu'ils ont vie en ce monde, ils ne purent jamais gagner cela sur lui. » Voyez aussi pour tout le récit du combat, le Mercure françois, t. VI, année 1620, p. 330-337.
1. Les mots « la seule barrière » ont été mis par Richelieu à la place du mot « seul » .
monde qui ne fût ébranlée et en état de se perdre par un pareil accident*.
Quelques officiers des troupes du Roi, voyant de loin de la confusion parmi les nôtres, s'avancèrent diligemment pour tâcher de découvrir ce que c'étoit.
Ils virent une partie de la tête du retranchement, qu'ils avoient vue auparavant couverte de soldats^, toute dégarnie.
Ils virent, de plus, ce corps d'infanterie qui s'en ail oit.
Ils jugèrent qu'on avoit résolu de quitter ce poste, et qu'en cette retraite ils auroient bien de l'avantage.
Ils firent avertir le maréchal de Gréquy, qui ne pensoit qu'à se loger, de s'avancer diligemment avec les troupes, lesquelles ne parurent pas plus tôt que l'étonnement surprit le duc de Vendôme qui commandoit ce jour-là, en telle sorte que son esprit disparut comme son courage.
Au lieu de rallier ses gens et reborder le retranchement qui étoit dégarni, et qui pouvoit encore arrêter les troupes du Roi, il ne pensa qu'à sa retraite, qu'il
1. Le Mercure françois (t. VI, année 1620, p. 339) raconte ainsi les défections des ducs de Retz et de Vendôme : « On préjugeoit que les jalousies qui se mettroient entre tant de princes et généraux d'armées qu'il y avoit dans le parti de la Reine mère seroientla cause qu'ils ne feroient exploit qui valût; l'effet s'en est vu au Pont-de-Cé, où étoient les ducs de Vendôme et de Retz et le comte de Saint-Aignan, pour les jalousies des commandements et à qui auroit la pointe, occasion pour quoi le duc de Retz se retira avec quinze cents hommes auparavant le combat, le duc de Vendôme durant icelui et le comte de Saint-Aignan, qui fut pris en combattant ».