Voyez le tome II, p
la cour de s'assembler; ils l'avoient indiquée à Gasteljaloux, de là à Tonneins. Le parlement de Bordeaux les contraint de se retirer. Ils allèrent à Orthez en Béarn, d'où ils envoyèrent lettres au Roi, qu'on ne veut pas voir comme procédantes d'une assemblée factieuse. Le sieur Reynard^ est envoyé pour y faire vérifier cet édit de main-levée ; on lui suscite les écoliers d'Orthez et la populace qui vient devant son logis à Pau lui faire mille insolences. Au lieu de le vérifier, le parlement de Pau s'y oppose, ordonne que remontrances seront faites au Roi.
[Ils] envoient de tous côtés pour émouvoir les frères à sédition ; on surprend les lettres es mains d'un avocat déguisé qui est pris prisonnier à Bordeaux.
Le Roi y envoie une, deux jussions; aussi peu d'obéissance qu'à la première.
Enfin, l'année dernière, au temps qu'il faut nommer leurs députés, ils demandent permission de s'assembler à Loudun. On leur permet^ : le premier article dont il se traite est de cette main-levée. Ils envoient divers articles au Roi, et entre autres la continuation de leurs places de sûreté, se plaignent de l'inexécution des autres édits et prennent résolution de ne se point séparer qu'ils n'en voient l'exécution.
On ne veut pas recevoir leurs avant-cahiers, mais bien toutes leurs résolutions en un seul acte.
Cette assemblée fait défense, en toutes leurs villes
1. Jacques Reynard, maître des requêtes, avait été envoyé en 1618 en Béarn en qualité de commissaire du Roi. Voyez Hano- ' taux, Origines de V Institution des Intendants, p. 165.
2. Pour ce qui regarde l'assemblée de Loudun, voyez Mercure françois, t. VI, année 1620, p. 27-58.
de sûreté, aux Jésuites d'y prêcher ou autres religieux envoyés des évêques.
Le Parlement s'y oppose ; fait défense, dès le commencement de la présente année, à tous gouverneurs, maires et officiers, d'empêcher la mission des évêques diocésains, sous peine d'être criminels de lèse-majesté.
En même temps, le Roi envoie vers eux Ghabans^ et Marescot, pour solliciter la rupture de cette assemblée et témoigner qu'il étoit offensé de leur subsistance, demande qu'ils nomment six députés pour en choisir deux à l'accoutumée, commande de se séparer dans quinzaine. Ils envoient de nouveaux députés, écrivent par les provinces qu'ils ne se sépareront pas que justice ne leur ait été rendue.
Le temps expiré avec peu d'obéissance, le Parlement les déclara criminels de lèse-majesté si, dans trois semaines, lettres lues, ils ne se séparoient; temps accordé pour faire leurs députés-.
Le duc de Lesdiguières et le maréchal de Ghàtillon en traitent avec Luynes.
Leurs demandes alloient à quatre points : à la con-
1. Louis Chabans, seigneur du Maine, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, fut nommé conseiller d'État en 1619, gouverneur de Sainte-Foy en octobre 1622 et maréchal de camp en 1632. Il avait commandé en 1631 l'armée vénitienne. Il moux'ut en duel en 1632, laissant un recueil de vers et une Histoire de la guerre des huguenots, faite en France sous le règne de Louis XIII, éditée à Paris en 1634. Sur cette mission de Chabans et de Marescot à Loudun, voyez le Mercure français, t. VI, année 1620, p. 28 et suivantes.
2. Le texte de cette déclaration, qui portait la date du 10 février 1620, a été imprimé dans le Mercure français, t. VI, année 1620, p. 45 et suivantes.
tinuation des places de sûreté ; à retirer le gouvernement de Lectoure qu'ils avoient perdu par la conversion de Fontrailles^ ; la réception de deux conseillers dans le Parlement ; la révocation de la main-levée de Béarn.
Le Roi consent que, se séparant dans la fin du mois de février, on leur fera, dans trois mois, justice sur ces trois premiers points, qu'il leur sera expédié brevet de quatre années pour leurs -places de sûreté, Lectoure remis entre les mains d'un gentilhomme de la religion qui auroit attestation du colloque de la province, les conseillers reçus et, pour l'affaire de Béarn, qu'on y pourvoira dans un mois après.
L'assemblée avertie s'y conforme, demandant faculté de se rassembler, en cas d'inexécution. On refuse l'écrit, et exécute-t-on présentement les trois premières conditions, avec dessein de faire obéir le Roi en la dernière .
A cette fin-, le Roi, incontinent après son entrevue avec la Reine ^, s'achemina à Poitiers, où la Reine ^ se trouva incontinent.
1. Benjamin d'Astarac, baron de Fontrailles, fils de Michel et d'Isabelle de Gontaut, sénéchal d'Armagnac, gouverneur d'Auch et de Lectoure, mort le 19 mars 1625.
2. A partir de ce paragraphe et jusqu'à la page 110, les Mémoires reproduisent presque textuellement un important récit préparé à cette intention et qui se trouve aux Affaires étrangères, France 773, fol. 94 et suivants. Nous noterons au fur et à mesure les plus importantes variantes.