France 773 : Sa Majesté étoit lors si près et on avoit
Le Roi* se résout d'y aller en personne; arrivé à Grenade, éloigné de deux journées, ils envoient la vérification. M. de la Force vint pour divertir le Roi de passer outre; mais il ne put.
Ceux de Pau lui présentèrent entrée ; le Roi répond qu'il y entreroit comme souverain, s'il y avoit une église pour y aller descendre; mais, s'il n'y en avoit point, qu'il n'y vouloit ni poêle ni entrée, n'estimant pas qu'il fût bienséant à sa piété de recevoir des honneurs en un lieu où il n'avoit jamais été, sans en rendre grâces publiques à Dieu de qui il tenoit l'héritage^.
Le Roi fit le lendemain raccommoder la grande église et la rendit à ses légitimes possesseurs.
Gomme ^ il avoit été reçu à Pau avec acclamations de joic^, toutes les autres villes y envoyèrent aussi les principaux de leurs corps pour se réjouir de son heureux avènement en cette province.
Tout cela n'étoit rien si l'on ne tenoit la ville de Navarrenx^, laquelle est la citadelle du Béarn, et où tous les canons et magasins étoient gardés. C'est pour-
1 . Les trois alinéas qui suivent ne figurent pas dans France 773, fol. 98.
2. Toute cette phrase reproduit textuellement un passage du Mercure françois, t. VI, année 1620, p. 350 v°.
3. Ici reprend le fragment de France 773, utilisé par les Mémoires (fol. 98).
4. Le Mercure françois (t. VI, année 1620, p. 350) remarque, au contraire, que le Roi ne fut pas accueilli dans Pau « avec l'applaudissement que les sujets sont coutumiers de faire paroître à la vue de leur prince » .
5. Navarrenx, chef-lieu de canton des Basses-Pyrénées, sur le gave d'Oloron.
quoi, sans donner autre temps au sieur de Salles * qui y commandoit, l'on envoie vers lui, on le presse; il traite et finalement met la place es mains du Roi^; à quoi le sieur de la Ville-aux-Glercs servit avec grande dextérité et affection.
S. M. s'y en va, change la garnison, donne le gouvernement au sieur de Poyanne^, retourne à Pau et là, avec assurance et fermeté, rend justice à ses sujets catholiques, ne troublant néanmoins les autres en aucune des concessions portées par l'édit du feu Roi son père.
Elle y rétablit* les évêques et abbés de Béarn au conseil de Pau, pour y avoir l'entrée comme ils avoient eue autrefois, remit tous les ecclésiastiques en leurs biens et prérogatives et les catholiques en la possession de la grande éghse.
Et, après avoir eu soin de l'Église de Dieu, il le voulut aussi avoir de l'État et fît un édit de réunion de la Basse-Navarre et de la souveraineté de Béarn à la cou-
1. Jean Bernard de Salles, gouverneur de Navarrenx, était alors âgé de quatre-vingts ans.