‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 67 sur 200 · Frédéric V, roi de Bohême · texte numérisé non relu

Frédéric V, roi de Bohême

3. Le Mercure françois, t. Vt, année 1620, p. 467-468, rapporte les faits suivants : le maître des cérémonies d'Angleterre avait fait « acconduire [au maréchal de Cadenet] vingt carrosses et trois cents chevaux pour ceux de sa suite; il fut coucher à Cantorbéry, où le grand sénéchal d'Angleterre, bien accompagné de noblesse angloise, le reçut de la part du roi de la Grande-Bretagne. Partout où il passoit, les officiers des villes lui faisoient des harangues et offres, même ils faisoient marcher devant lui les archers de ville et garder son logis. Etant arrivé à Gravesingues, le comte d'Arondel le visita de la part de Sadite Majesté et le conduit jusqu'au bateau royal, et toute sa suite entra dans vingt-cinq autres bateaux peints, tapissés et bien garnis... Il fut si splendidement défrayé qu'on

Nos huguenots, qui s'étoient émus, dès l'année passée, de ce que le Roi avoit rendu en Béarn justice à l'Église, poussèrent, dès le commencement de cette année, leurs mouvements bien plus avant. Ils tinrent une assemblée à la Rochelle, nonobstant les défenses du Roi, et furent assez effrontés pour couvrir du nom d'innocence et de"justice leur manifeste rébellion, se plaignant de ce que le Roi avoit fait exécuter en Béarn l'arrêt donné en son Conseil pour la mainlevée des biens ecclésiastiques sans leur avoir donné loisir de lui présenter encore une fois leurs remontrances sur ce sujet, comme si le délai de plus d'un an qu'il leur avoit donné n'eût pas été suffisant pour cela ' .

Le maréchal de Bouillon en écrivit de Sedan au Roi, dès le second jour de l'an^ et lui manda qu'il étoit obligé, par la religion qu'il professoit, d'y envoyer quelqu'un de sa part, mais seulement pour se joindre à eux en leurs très humbles remontrances, es quelles il supplioit S. M. avoir agréable de les entendre et ne souffrir que, par une trompeuse espérance de réunir tous ses sujets à une même foi, on engageât son auto-

a écrit que, le jour de sa réception, il y avoit quatre tables de cinquante assiettes chacune et que le duc de Lenox, grand maître d'Angleterre, les faisoit servir avec un ordre magnifique... Les jours suivants, ce ne furent que réceptions, banquets, visites et chasses... ». Le maréchal de Cadenet fut fait, à son retour, duc de Chaulnes et pair de France.

1. L'assemblée de la Rochelle adressa au Roi des remontrances dont elle fit circuler des exemplaires imprimés et qui ont été publiées dans le Mercure français, t. VI, année 1621, p. 2 et suivantes.

2. La lettre du duc de Bouillon a été imprimée dans le Mercure français, t. VII, année 1621, p. 203-207.

rite en de fâcheux mouvements ; mais on ne crut pas que, comme il excitoit le Roi à prendre les voies de la douceur, il conseillât aux huguenots de prendre celle de la fidélité et de l'obéissance qu'ils dévoient à S. M. Le maréchal de Lesdiguières leur écrivit, le 1 ^'^ février, une lettre^ par laquelle il les condamnoit et justifioit le procédé du Roi, jugeant frivoles tous leurs sujets de plaintes et le Roi véritablement offensé, en ce qu'ils tenoient cette assemblée sans sa permission. Mais leur crime n'en diminua pas à la simple tenue de l'assemblée ; car ils n'y proposoient que la rébellion et n'y résolvoient que crimes contre l'autorité royale. Ils donnent des commissions d'armer et de faire des impositions sur le peuple et ce sous leur grand sceau, qui étoit une religion appuyée sur une croix, ayant en la main un livre de l'Évangile, foulant aux pieds un vieux squelette- qu'ils disoient être l'Église romaine. Le Roi, averti de toutes ces choses, fit, en février, expédier ses lettres patentes par lesquelles il défend de faire lesdites levées sous peine de crime de lèsemajesté; mais, en plusieurs lieux, ils ne laissent^ pas de se faire obéir et se saisissent même des deniers de S. M., et, au milieu de ces crimes, ne laissent pas d'avoir la hardiesse d'envoyer en cour et tâcher de faire voir au Roi, par leurs députés généraux, leurs remontrances remplies de protestations de fidélité et d'obéissance.

1. Cette lettre a été imprimée dans le Mercure françois, t. VI, année 1621, p. 13 et suivantes.

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