Le manuscrit B porte : ils ne se laissent pas
1?0 MÉMOIRES [I6?i]
En même temps ^ et par ordre de cette assemblée, ils se soulevèrent à Privas, prenant prétexte de ce que le sieur de Chambaud^, leur seigneur, qui étoit de la Religion prétendue, étant décédé, sa fille ^ avoit épousé le vicomte de Cheylane*, catholique, fils du vicomte de Lestrange% et ensuite il avoit mis dans le château et dans la tour du Lac^ des capitaines et des soldats catholiques. Les huguenots de la ville prétendirent que la garde dudit château et de la ville leur appartenoit, d'autant qu'encore que ce ne fût pas une place de sûreté, ils s'en étoient néanmoins rendus maîtres durant les troubles précédents, s'y étoient maintenus avec leurs seigneurs, qui étoient de ladite
1. Tout le récit qui va suivre paraît être un abrégé du Mercure français, t. VI, année 1621, p. 26 et suivantes.
2. Jacques de Chambaud, seigneur de Privas, Vacherolles et Valaury, gentilhomme de la chambre du Roi, capitaine d'une compagnie de chevau-légers, puis raestre de camp.
3. Marie ou Paule de Chambaud, vicomtesse de Privas, dame de Coulanges et de Vacherolles, était veuve de René de laTour- Gouvernet, seigneur de la Charce, lorsqu'elle épousa le vicomte de Cheylane.
4. Claude de Hautefort, vicomte de Lestrange, de Privas et de Cheylane, fut gouverneur du Puy-en-Velay en 1620, sur la démission de son père. Ayant pris le parti du duc d'Orléans, lors de la révolte du maréchal de Montmorency et porté les armes contre le Roi, il fut décapité à Toulouse en septembre 1632.
5. René de Hautefort, seigneur du Theil, puis de Lestrange, vicomte de Cheylane, fut gentilhomme de la chambre de Henri HI en 1582 , gouverneur du Puy-en-Velay jusqu'en décembre 1620, date à laquelle il se démit de sa charge en faveur de son fils, et conseiller d'Etat en 1614. Il mourut vers 1622.
6. Le Lac, localité située à environ trois kilomètres de Privas.
Religion prétendue, et avoient toujours conservé ladite garde.
Ensuite de cette prétention, ils se saisirent de la tour du Lac, dès le 24" janvier, comnriencèrent à construire une citadelle et une place élevée pour battre le château et écrivirent des lettres à plusieurs gentilshommes pour leur amener des gens de guerre.
Le duc de VentadourS lieutenant du Roi en Languedoc, essaya en vain de les mettre à la raison; ils méprisèrent ses remontrances, maltraitèrent ceux qu'il y envoya et contraignirent enfin le duc de Montmorency de se disposer à les aller assiéger.
Le cercle du Bas-Languedoc donna ordre à M. de Chàtillon d'armer aussi; ce qu'il fit en grande diligence. Le duc de Montmorency s'avançant néanmoins avec son armée vers ledit Privas, le maréchal de Lesdiguières, qui alloit en cour, le pria, sur la fin de février, de vouloir conférer avec lui et en ce pourpar- 1er obtint de lui qu'il ne pousseroit plus outre les affaires, sans en avoir un ordre particulier de S. M., de la part de laquelle le sieur des Réaux- arriva le 6" mars, avec ordre de les faire tous désarmer (ce qu'ils firent plus en apparence qu'en vérité) , fît sortir de Vallon^ une garnison nouvelle que les huguenots y avoient mise et y mit un exempt et s'en retourna. Mais à peine eut-il le dos tourné que les huguenots de Vals^, place qui appartient au colonel d'Ornano,