‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 73 sur 200 · Donné à Fontainebleau · texte numérisé non relu

Donné à Fontainebleau

séant néanmoins ce qui concernoit l'union des officiers (Judit Saint-Palais à ceux de Pau, jusqu'à ce que autrement il en fût par elle ordonné*.

Tandis que ces choses se faisoient, le Roi se préparoit, à bon escient, à la guerre ; en laquelle les deux plus grandes et premières nécessités étant celle de l'argent pour faire et entretenir les armées, et celle d'un bon chef pour les commander, on pourvut à la première par des édits, qu'on présenta au Parlement : un des principaux desquels fut le rétablissement de la paulette, qui avoit été fait par une déclaration du Roi, du ^â*" février^; mais, les conditions en ayant été trouvées trop rigoureuses et les officiers reculant ou feignant ne les vouloir accepter, on fut contraint de les adoucir par un arrêt du Conseil du 1^"^ mars^, le Roi se contentant d'une partie de l'argent qu'il avoit fait état de recevoir, plutôt que ou de n'en rien retirer du tout, ou de ne l'avoir pas à temps.

En cette affaire, on attribua à la Reine le mécontentement du Parlement, qui se plaignoit de la rudesse des premières conditions, et on vouloit qu'elle y eût trempé. Il étoit évident que cela étoit faux; mais n'importe, on désiroit qu'elle fût comme une partie malade sur laquelle toutes les humeurs tombent et se déchargent.

1. Les deux paragraphes précédents sont tirés du Mercure françois, t. VII, année 1621, p. 262-265.

2. Le manuscrit B donne la date du 2 février. La date exacte est celle du 22. Voyez Mercure françois, t. VII, année 1621, p. 266.

3. Les Mémoires se trompent. Cet arrêt du Conseil portait en réalité la date du 31 mars. Le Mercure françois en donne le texte, t. VII, année 1621, p. 268.

Un autre [arrêt] fut de l'aliénation de 400,000 livres de rente sur les gabelles, qui fut un moyen assez ordinaire depuis quelque temps, mais assez préjudiciable, de diminuer le revenu du Roi à l'avenir, pour avoir de l'argent comptant, qui n'est pas toujours si fidèlement administré que tout le profit en revienne à S. M. pour le secours de ses affaires présentes ^

Un troisième, plus raisonnable, fut de demander secours au clergé; l'assemblée duquel, qui se tenoit à Paris au commencement de juin, fut transférée à Poitiers et de là à Bordeaux, et accorda au Roi un million d'or, pourvu qu'il fut employé au siège de la Rochelle^.

Quant au chef, le duc de Luynes fit proposer dans le Conseil, par ses affidés, qu'à ces entreprises des huguenots il falloit opposer un personnage vertueux, recommandable pour ses services et pour sa fidélité; qu'il lui falloit mettre en main les armes, le commandement des gens de guerre, et rétablir, en un mot, l'état de connétable.

Quelques-uns désignent le maréchal de Lesdiguières, âgé de soixante ans, vieilli dans les armées, élevé dans le service du feu Roi, homme d'exécution et de grande créance parmi ceux de la Religion prétendue réformée, qui tenoit beaucoup de places entre ses mains et avoit beaucoup d'amis dont le parti du Roi seroit fortifié et celui des ennemis affoibli d'autant.

On proposoit ce personnage pour faire trouver bon

1. Cet édit fut enregistré au Parlement le 3 avril. Voyez le Mercure français, t. VII, année 1621, p. 268-273.

2. Deux autres édits moins importants furent encore enregistrés. L'ensemble de ces mesures devait rapporter dix millions de livres [Mercure français, t. VII, année 1621, p. 274).

le rétablissement de la charge, et on estimoit , par après, faire trouver tant de difficultés en sa promotion, à cause de sa religion, qu'on pourroit élever insensiblement le sieur de Luynes à cette dignité, de laquelle, bien qu'il fût très indigne pour n'avoir ni l'expérience requise ni le courage, il avoit néanmoins tant de présomption que d'y oser aspirer, et espéra qu'après avoir fait ses frères ducs et pairs il n'auroit pas difficulté de faire cela pour lui-même, auquel ce seul degré d'honneur restoit pour s'élever au-dessus d'eux; chacun, favorisant d'ordinaire la faveur, contribue au dessein du sieur de Luynes.

On fit feinte néanmoins d'en donner le brevet audit sieur de Lesdiguières, sous condition d'être catholique. BuUion [le] lui porta ; mais la fin de son voyage étoit plutôt pour le faire venir en cour que pour le convertir et le faire connétable.

Arrivé qu'il* est, il en remercie le Roi, et, par une harangue concertée, à laquelle M. de Bullion l'avoit disposé, selon qu'il^ l'avoit promis au sieur de Luynes, lui fit connoître que le duc de Luynes seul méritoit cette charge : conclusion fut prise de le récompenser des offres de maréchal de camp général des armées*.

Cette épée, donnée au sieur de Luynes \ fit croire la guerre, mais ne donna pas grande crainte aux enne-

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