‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 74 sur 200 · C'est-à-dire Bullion · texte numérisé non relu

C'est-à-dire Bullion

3. Lesdiguières eut le titre de maréchal de camp général des armées, qui le rendit, en quelque sorte, le lieutenant du Connétable.

4. Les lettres nommant Luynes connétable furent enregistrées au Parlement le 22 avril 1621 [Mercure françois, t. VII, année 1621, p. 277).

mis. L'assemblée de la Rochelle se montre plus mutinée que jamais; on ne voit qu'écrits séditieux et pleins d'aigreur, que manifestes, libelles diffamatoires, ligues, associations avec les étrangers ^

Rien ne faisoit espérer aux dévots bonne issue de cette guerre que parce que Dieu choisit d'ordinaire les choses les plus basses pour confondre les plus fortes, de foibles instruments pour faire de grandes merveilles.

Cependant la Reine demeuroit en un extrême mépris et mécontentement. Après la paix d'Angers, elle n'avoit fait autre chose, durant le voyage du Roi, que de louer Dieu du bonheur qui accompagnoit ses desseins; mais, durant ce voyage, le retour de S. M., et, depuis lors jusques à maintenant, l'innocence de sa conduite n'empêche pas que les beaux esprits, qui travaillent toujours dans les cours, n'interprètent mal ses volontés et n'en donnent divers ombrages^.

Les uns, connoissant le naturel de M. de Luynes timide et défiant, essaient de lui persuader, pour les rendre irréconciliables, que, les voies publiques lui ayant manqué, elle étoit résolue d'employer les secrètes pour se défaire de lui. D'autres, qu'elle exhortoit les huguenots à la rébellion, pour l'assurance qu'elle leur donnoit de sa protection et de celle de ses amis. On dit même au Roi qu'elle étoit Florentine et ne lui pardonneroit jamais le mauvais traitement qu'elle avoit reçu de lui, déguisant, par le vice de sa nation, les

1 . Les cinq derniers paragraphes sont le développement du Mercure français, t. VII, année 1621, p. 275-277.

2. Les mots : depuis lors jusques à maintenant, et le reste de la phrase semblent indiquer que ce passage des Mémoires est la copie d'un récit contemporain des événements.

bonnes qualités de sa personne. Tous ces mauvais offices lui furent rendus en son absence.

Venons aux calomnies et au mépris qu'elle reçut dans la cour.

On estimoit, au retour du Roi, qu'elle auroit entrée dans ses Conseils. Il étoit favorable au Roi et avantageux à M. de Luynes; car, outre qu'elle l'eût aidé à soutenir le poids des affaires, elle eût autorisé ses résolutions par sa présence. Non seulement on ne lui donna point cette place qui ne lui pouvoit être justement disputée, mais on l'en éloigna par des moyens qui l'offensoient plus que le refus.

On dit au Roi qu'elle n'y vouloit avoir part que pour en découvrir les secrets; qu'elle n'y auroit pas si tôt mis le pied qu'elle voudroit partager avec lui son autorité; qu'elle se donneroit la gloire des bons conseils et rejetteroit le blâme des mauvais événements sur la violence de ses principaux ministres.

Elle ne se vit pas seulement privée de cet honneur, mais, ce qui lui est plus sensible, de la conversation libre de ses enfants.

On divertit la forte inclination que le Roi a pour elle, par l'appréhension que l'on lui donne de ses desseins. Le gouverneur de iMonsieur' a pour principale instruction de le mener rarement chez elle, rapporter exactement le sujet de leurs entretiens. Si la Reine lui parle avec franchise, on dit qu'elle fait la complaisante pour gagner son esprit; si elle est réservée, que sa conduite est pleine d'artifice. La visiter est un crime. Si les grands lui rendent les honneurs qui lui sont dus,

1. C'était alors François de Daillon, comte du Lude. Voyez tome II, p. 258.

on tourne les respects en cabales. Il n'y a charge dans la cour que pour ceux qui ont contribué à sa ruine, que pour ceux qui ont lâchement abandonné son service.

Parmi ces mécontentements, les réconcihations ne laissent pas d'être fréquentes et faciles ; il n'y a jour que M. de Luynes ne proteste d'y mieux vivre à l'avenir, qu'il n'avoue qu'elle a sujet de n'être pas satisfaite, mais qu'elle se donne un peu de patience et qu'elle verra bientôt l'effet de ses promesses.

Le mariage conclu et exécuté entre Gombalet et j^iie jy Pont-Gourlay'', on espère que la liaison de ces deux personnes mettra la confiance entre les oncles^.

Mais il en arrive autrement : l'animosité qu'iP a contre moi* pour ce que je sers fidèlement ma maîtresse prévaut l'amour qu'il a pour ses proches. G'étoit être heureux que de lui appartenir; mieux valoit, pour parvenir aux charges, être le dernier de sa race que d'avoir vieilli dans les armées pour la défense de l'État; et, néanmoins, son propre neveu, pour aversion qu'il a de l'alliance où il l'a jeté, n'a point de part en sa fortune. Son cœur étant ainsi disposé pour lui, son esprit s'occupe à en ôter la croyance, à en donner une contraire. Il publie partout que je suis son confident, que mes intérêts lui sont aussi chers que les siens, dit à quelque grand que je lui ai donné parole de le servir, au préjudice même de ma maitresse, que la Reine ne peut plus avoir de secret dont

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