C'est-à-dire la Reine
2. A'^oici ce que porte le Mercure français, t. VI, année 1620, p. 269 : « Cependant le Roi, étant à Fontainebleau, envoya M. de Montbazon à Angers pour solliciter la Reine, sa mère, de s'approcher près de lui et venir en cour; sur l'assurance
Ce changement si précipité lui fit croire qu'ils désiroient, pour sa perte, ce à quoi ils se sont toujours opposés au désavantage de l'État.
On parloit sourdement de la mener à Bourges ou en Picardie. Elle étoit avertie, de très bonne part, de leur mauvais dessein. Cependant elle offre d'aller, pourvu que ce soit en lieu non suspect et où plusieurs puissent être témoins de la netteté de sa conduite.
Elle propose Paris, le cœur de la France; on la refusa, et dit-on ouvertement que Luynes étoit si fort dans la haine de ce peuple qu'il ne s'y pouvoit fier.
L'instruction du duc de Montbazon^ qu'il montra ou par simplicité ou par industrie, portoit sur le front l'appréhension que le sieur de Luynes avoit de la Reine, et le désir qu'ensuite il avoit de s'en assurer une bonne fois pour toutes. Il étoit aussi chargé de menaces contre moi qui a vois le soin de ses affaires.
Tout cela, néanmoins, étoit déguisé sous de belles paroles. Il devoit dire à la Reine que le Roi ne pouvoit plus patienter sans la voir, vouloit toutefois que ce fût sans la contraindre en quoi que ce pût être. Et,
qu'on donna qu'elle y viendroit, S. M. s'achemina à Orléans pour lui aller à la rencontre, où il reçut avis qu'elle n'y pouvoit encore venir, pour des raisons que l'intendant de sa maison, qu'elle envoyoit en cour vers S. M., lui feroit entendre. « L'intendant de la maison de la Reine mère était Claude Bouthillier, dont la mission est rapportée plus loin, p. 22.
1. Cette instruction, dressée au commencement d'avril, se trouve aux Affaires étrangères, France 773, fol. 172. Elle a été utilisée ici. Sancy l'a annotée en marge. Elle a été imprimée en partie et analysée dans Avenel, t. Vil, p. 481. Le duc de Montbazon était chargé d'exprimer à la Reine mère et à Richelieu les intentions du gouvernement.
afin qu'elle le vît clairement et ne pût prendre ni ombrage ni fâcherie du désir de S. M., il' lui ofProit de s'avancer, s'il lui plaisoit, ou à Blois ou à Tours où elle le verroit; que là il sauroit d'elle en la voyant si sa volonté étoit pas de s'en retourner avec lui à Paris, et ne se plus séparer l'un de l'autre. Si elle le vouloit, ce seroit contentement au Roi ; si aussi elle n'étoit pas disposée de l'accompagner si promptement, il lui seroit permis de retourner à Angers, d'où même, si elle ne vouloit pas encore, pour quelque raison, partir de quelque temps et qu'elle fût en peine de voir le Roi s'approcher, il s'en retourneroit incontinent à Fontainebleau pour faire connoître à un chacun que ce n'étoit que pour la voir de son bon gré qu'il étoit parti, et que pour rien du monde il ne la contraindroit en ce qu'elle ne voudroit pas.
Quant à moi, il avoit charge de me dire, en paroles expresses, que le Roi trou voit fort étrange le procédé de la Reine ;
Qu'on étoit averti des mauvaises impressions que la Reine donnoit de la conduite du Roi envers elle ; ce que S. M. ne pouvoit souffrir, ni qu'on fàchàt son bon naturel en une chose si sainte et de laquelle il est aussi innocent que ceux qui sèment ces mauvais discours peu reconnoissants envers lui, qui enfin, si cela continue, sera obligé d'en venir à la cause ;
Qu'elle n'a que deux moyens de se justifier vers le Roi, ou de venir promptement à sa cour, ou, n'y venant point, de publier dedans et dehors le royaume le contraire de ce qu'on y a fait entendre en son nom ;
Qu'elle ne doit trouver mauvais que le duc de Mont-