Le manuscrit B porte elle
bazon soit parti sans lui en avoir donné avis auparavant, pour ce que, si son voyage eût été su, on lui eût donné de vaines appréhensions, tout aussi bien que du partement du Roi pour aller à Orléans; dont les méchants sont autant marris qu'ils craignent le parfait accommodement de LL. MM.^;
Qu'elle ne devoit s'arrêter à demander aucune chose auparavant que de voir le Roi, pour ce qu'en une heure, en le voyant, elle en obtiendra davantage qu'elle ne fera, en absence, en des années entières^;
Que c'étoit à moi à lui représenter toutes ces choses et lui persuader d'ajouter foi à la parole du sieur de Luynes, l'intérêt duquel étant au repos de l'État, son plus grand désir ne pouvoit être que d'une bonne et sincère intelligence entre LL. MM. ^;
1. L'instruction du duc porte : « Qu'elle ne doit trouver mauvais que M. de Montbazon soit parti sans l'avertir, sachant bien que si son voyage étoit su que l'on ne differroit à lui donner raille alarmes et de tous côtés essayer à le différer pour quelque temps et puis enfin le faire rompre » ilbid., fol. 173).
2. On lit dans l'instruction : « Que pour ce qui est des contentements qu'elle espère pour ses affaires particulières, qu'elle se souvienne qu'à Tours elle en fit plus en quatre jours qu'en deux ans hors de la présence du Roi : qu'elle ne doit différer son partement pour voir le Roi pour ce sujet, car y étant elle aura avec ses bonnes grâces tout ce quelle désirera; quelle remette donc le tout en ce temps-là. Une œillade de sa face dissipera toutes difficultés » (Atf. étr., Finance 773, fol. 173 v°). Sancy avait, en guise de mémento, écrit la phrase suivante en marge du folio précédent : « Elle aura tout ce qu'elle voudra voyant le Roi. Une œillade en quatre heures plus qu'en six mois. »
3. Voici ce qu'on lit dans 1 instruction donnée au duc de Montbazon [Ibid., fol. 173). « Pour M. de Luynes, il ne manquera jamais aux protestations qu'il lui [à la Reine mère] a faites qu'il donneroit sa vie qu'elle fût avec le Roi comme elle
Que jepouvois, ce faisant, tout espérer de S. M., et qu'il n'y avoit degré d'honneur en ma profession auquel je ne pusse et aspirer et atteindre* ;
Que si aussi les choses alloient autrement qu'on ne désiroit, on m'imputeroit le tout, sachant bien la créance que la Reine avoit en moi, à laquelle ledit Luynes avoit contribué ce qu'il avoit pu, faisant agréer au Roi que je retournasse d'Avignon pour l'aller servir, et, pour fin, qu'on savoit bien que la Reine étoit bonne, et ne pouvoit partant avoir autres volontés que celles du Roi, et, si elle en avoit d'autres, ce seroit que ceux en qui elle a confiance les lui feroient avoir, interprétant malicieusement à mal les bonnes et justes intentions de S. M.^.
Je ne lui fis autre réponse, sinon que j'étois assuré
le doit désirer et comme le Roi le souhaite; que rien ne sera capable, quoi que l'on die, de l'en divertir et que ses intérêts sont dans le contentement du Roi et repos de l'Etat et qu'un des principaux moyens seroit qu'elle y fût pour ôter tout prétexte au monde d'en médire et trouver à redire en un si long éloignera ent. »
1. Sancy a écrit en marge : « Il [Richelieu] peut espérer tout et escalier la faveur s'il... » L'instruction porte ceci : « [Le duc] assurera ledit sieur de Luçon qu'il n'y a rien de grand, qui soit convenable à sa qualité, qu'il ne puisse à l'endroit du Roi » [Ibid., fol. 172).
2. On lit dans l'instruction du duc de Montbazon [Ibid., fol. 172 et 173) : « Il est véritable [dira le duc à Richelieu] que l'on le regarde aujourd'hui comme le seul à qui l'on impute tout le bien ou le mal qui en proviendra à la France et que c'est à lui à s'affranchir du reproche que sa conscience lui en pourroit faire un jour, ou établir pour jamais sa réputation ou sa fortune. » Le duc dira à Richelieu « qu'il a bien négligé les occasions qui se sont présentées pour faire agir la Reine contre plusieurs discours qui se sont faits et qu'elle n'a donné avis ni conseil sur les affaires publiques, nonobstant la part que l'on
qu'en servant la Reine je ne mériterois jamais que la louante qui est due à ceux qui font leur devoir ; que je ne savois pas si je me pourrois garantir du mal en bien faisant, mais que je le pouvois assurer que ses menaces ne me feroient aucune peur et ne produiroient autre effet en moi que de me redoubler le courage à bien faire.
La Reine lui dit aussi que c'étoit un mauvais moyen pour la persuader d'aller trouver le Roi de venir au-devant d'elle à main armée ;
Que si on passoit outre, elle seroit obligée de rechercher d'autres moyens légitimes pour se garantir des mauvaises volontés de son gendre ^ en la parole duquel elle ne se pouvoit fier, vu qu'il l'avoit trompée en toutes celles qu'il lui avoit données, bien même que le prince de Piémont^ en fût répondant.
lui a fait de tout ce qui s'est passé en ce royaume, et pour cela l'on tient qu'il se réserve tout le coup le plus important et que c'est à lui d'en faire voir les effets, car chacun sait quelle est sa puissance ». On lit encore un peu plus loin (fol. 173) : a Que si elle [la Reine mère] est bien conseillée, elle en doit tirer le profit qui lui est préparé dans cedit voyage; que lui-même, sieur de Luçon, lui doit donner l'éclaircissement de ce qui en pourra réussir et que puisqu'elle croit en lui, il s'en doit acquitter dignement sans attendre le reproche. » Et ceci encore (fol. 174) : « Que le Roi sait qu'il n'y a que lui [Richelieu], qui a entière connoissance de ses intentions, qui doit répondre des événements en tant que mauvais; qu'elle [la Reine mère], ayant l'âme bonne et le naturel excellent, n'en peut avoir que de bonnes, car si l'on en reconnoît d'autres, c'est que l'on [les] lui suppose bonnes et que l'on lui cache le revers de la médaille, ne lui faisant voir que le bon et cachant le mauvais et les inconvénients qui en peuvent arriver. »