‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 87 sur 200 · Chef-lieu de canton du département de Lot-et-Garonne · texte numérisé non relu

Chef-lieu de canton du département de Lot-et-Garonne

5. On retrouve ces mêmes détails dans le Mercure français, t. VII, année 1621, p. 612-613 et 616-626.

fut tué, gentilhomme courageux, et la perte duquel fut grandement regrettée.

Le 25*, les assiégés firent une sortie en laquelle ils furent repoussés avec grande perte, et tous les jours on avoit tant d'avantage sur eux que, le k" août, ils se rendirent à composition. Le Roi n'en fit punir que quatre seulement des plus séditieux. La garnison fut maltraitée, non à dessein, mais par sa mauvaise fortune; car le Roi, craignant ne pouvoir empêcher les soldats de lui méfaire si elle passoit parmi eux, ordonna qu'on lui fît passer la rivière du côté d'Aiguillon*. On tint de grands bateaux tout prêts pour cela; mais, sur quelque débat qui arriva entre eux et nos gens de guerre sur ce qu'aucuns d'eux emportoient leurs armes outre ce qui leur avoit été permis, ils se pressèrent si fort, entrant dans leurs bateaux, qu'ils enfoncèrent ou tournèrent dans la rivière et en noyèrent beaucoup, comme si la vengeance de Dieu les eût poursuivis au défaut de celle du Roi^.

Durant ce siège mourut le garde des sceaux du Vair, âgé de soixante-cinq ans^, homme austère de sa nature et tenant quelque chose du philosophe stoique, comme il paroît par ses écrits. Il étoit versé aux bonnes lettres et principalement à l'éloquence française, de laquelle il avoit fait une particulière profession. Il demeura fidèle dans le service du Roi, au

1. Bourg de l'arrondissement d'Agen, au confluent de la Garonne et du Lot.

2. Voyez, pour tout ce récit du siège de Clairac, le Mercure francois, t. VII, année 1621, p. 626-653.

3. Il mourut le 3 août à Tonneins et fut inhumé dans l'église des Bernardins à Paris, le 30 août.

temps de la Ligue, étant conseiller au Parlenient, et depuis S. M. le fit premier président de Provence, à la recommandation de M. de Villeroy, vers lequel néanmoins il ne témoigna pas ensuite toute la reconnoissance qu'il eût été à désirer, sollicitant, en l'an 1616, la Reine mère d'ôter la charge de secrétaire d'État au sieur de Puyzieulx, sous espérance, mais qui fut vaine, de la faire tomber entre les mains de son neveu Ribier^

Il vécut en Provence avec réputation de si grande intégrité que la Reine crut ne pouvoir remplir que par lui seul la charge de garde des sceaux, qu'elle vouloit ôter au chancelier de Sillery.

Sa présence diminua sa réputation : son austérité, qui, accompagnée de la science du droit, le faisoit estimer en sa première charge, accompagnée d'ignorance et d'inexpérience es affaires d'État, le fit mépriser et le rendit insupportable en celle-ci, en laquelle la disgrâce qu'il reçut d'être chassé par le maréchal d'Ancre fut son bonheur; car la constance avec laquelle il supporta cette défaveur releva son estime, abattue par ses comportements, moindres qu'on n'avoit espéré de lui^.

On trouva quelque chose à redire en ce qu'il reçut l'évêché de Lisieux^, étant en une charge qui lui ôtoit le moyen de la résidence; mais, s'il ne rendit service

1. Guillaume Ribier, sieur de Hautvignon; voyez tome I, p. 380.

2. Ce dernier membre de phrase assez peu clair peut être ainsi traduit : la constance avec laquelle il supporta cette défaveur releva l'estime qu'on avait de lui et qu'avaient amoindrie ses actions, inférieures à ce qu'on avait espéré de lui.

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