Ci-dessus, p
Quand la Reine partit de Paris*, personne ne compatissoit à son malheur que ceux qui y étoient intéressés ; mais le mauvais traitement qu'elle reçoit à Blois croît tous les jours de telle sorte, qu'enfin il vient jusques à tel point de rigueur et d'indignité, que la faveur de tout le monde se tourne vers elle ; sa majesté s'accroît par sa calamité, et les grands qui lui avoient été les plus contraires et ceux-là mêmes qui touchoient de plus près le sieur de Luynes, soit d'intérêt, soit d'alliance, ont pitié d'elle, et font dessein de la faire retourner auprès du Roi pour y tenir le même rang qu'elle y avoit auparavant.
J'ai dit au livre précédent^ qu'elle avoit eu quelque dessein de venir trouver le Roi à cause des mécontentements qu'elle recevoit de se voir assiégée de personnes qu'on envoyoit demeurer auprès d'elle contre sa volonté, épiée en toutes ses actions, et la plupart de ses serviteurs gagnés par argent contre son propre service. Barbin le lui déconseilla à cause de l'Assemblée des notables ^ ne jugeant pas à propos qu'elle parlât de venir en cette rencontre, de peur qu'il semblât qu'elle prît exprès ce temps-là pour faire éclater ses plaintes par tout le royaume^. Mais, l'Assemblée étant terminée à la fin de l'année, dès le commencement de celle-ci, elle pensa à exécuter son dessein, et en écrivoit à Barbin, et Barbin à elle.