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C'est-à-dire auprès de la Reine

2. Louis de la Châtre, fils du maréchal Claude (tome I, p. 106), avait succédé à son père, mort en 1614, comme gouverneur de Berry ; maréchal de France en 1616, il mourut en octobre

le baron de la Châtre à Paris, auquel elle donna soixante mille livres et le brevet de maréchal de France pour sa démission du gouvernement de Berry, qui, par ce moyen, demeureroit sans dispute à mondit sieur le Prince, et dépêcha à Poitiers le maréchal de Brissac pour y faire exécuter ce qui avoit été promis par le traité de Loudun^. Il approuva aussi le changement des ministres et l'élection de Mangot et de Barbin, insistant seulement que l'on contentât M. de Villeroy s'il avoit intérêt en la charge du sieur de Puyzieulx. Il promit de sa part que, la Reine lui faisant l'honneur d'avoir confiance en lui, il ne communiqueroit rien de ses conseils secrets qu'à qui elle voudroit en être communiqué, et trouva bon aussi que, si on vouloit, on se servît de son nom pour avancer ou retarder le règlement du Conseil qui étoit poursuivi par les princes.

Ce voyage, que la Reine me fit faire au déçu de MM. de Mayenne et de Bouillon, les mit en si grande jalousie, qu'ils dépêchèrent incontinent vers Monsieur le Prince, pour savoir ce que j'avois traité avec lui et le détourner de venir en cour; mais ce fut en vain 2. Le maréchal de Bouillon m' ayant, soudain après mon retour, enquis si j'avois pas trouvé Monsieur le Prince tout disposé au service de LL. MM., je lui répondis que non seulement il protestoit de leur demeurer inviolablement obéissant, mais, en outre, qu'il leur donnoit la même assurance pour M. de Mayenne et pour lui, afin de lui donner sujet de dési-

1. Voyez les Mémoires d'Estrées (p. 412). Le Mercure françois, p. 147, donne quelques détails complémentaires.

rer aussi son retour, le croyant en bonne intelligence avec eux.

Mais il y avoit un sujet particulier et bien important qui, outre les raisons générales, les empéchoit de pouvoir avoir agréable qu'il revint si tôt. G'étoit un dessein qu'ils avoient formé de se défaire du maréchal d'Ancre, dont ils craignoient que la langue ou la timidité de Monsieur le Prince, s'il étoit présent, les pût empêcher.

Peu après leur arrivée à Paris, le maréchal d'Ancre, se fondant sur l'ancienne mésintelligence de ces deux ducs avec les ducs d'Épernon et de Bellegarde, qui faisoient un parti contraire à eux, leur proposa de les ruiner tout à fait ; mais eux, qui n'avoient pas tant d'aversion des deux* qu'ils en avoient de lui, étranger, homme de peu, élevé sans mérite en cette grande fortune à laquelle ils portoient envie, et auquel ils attribuoient tous les mauvais contentements qu'ils avoient ci-devant reçus à la cour et pour lesquels ils avoient pris les armes, prirent de ce dessein occasion de faire une entreprise toute nouvelle, et, au lieu d'entendre à la ruine de ces deux-là, entreprendre la sienne et délivrer le royaume de sa personne.

Ils en firent part à M. de Guise qui entra dans ce dessein, y étant induit par le sieur du Perron-, frère du cardinal, qui étoient de longtemps affectionnés aux ducs d'Épernon et de Bellegarde, et parce que de soimême il n'aimoit pas le maréchal, qui lui avoit sem-

1. Les mots des deux ont été rayés dans le manuscrit H et remplacés par des ducs d' Epernon et de Bellegarde.

2. Jean Dav}-^ du Perron fut archevêque de Sens en 1618, après la mort du cardinal son frère, et mourut en 1621.

blé ne tenir pas de lui le compte qu'il devoit. Lors ils commencèrent à rallier tous les ennemis du maréchal d'Ancre, non dans la cour seulement, mais dans le Parlement et dans le peuple même, qui l'avoit en horreur ^

Il les aidoit par ses imprudences à se fortifier, ne se retenant en aucune de ses passions, quoi qu'il lui en pût arriver.

Durant la conférence de Loudun, ayant été fait à Paris une expresse défense à ceux qui gardoient les portes de laisser passer aucun sans passeport, un cordonnier, Picard-, sergent du quartier de la rue de la Harpe ^, l'arrêta le samedi de Pâques à la porte de Bucy '^ dans son carrosse, refusant de le laisser sortir s'il ne montroit son passeport, à faute de quoi il le contraindroit de rebrousser chemin. En ce contraste, il se passa plusieurs choses et se dit plusieurs pai'oles qu'un seigneur françois, né en un climat plus bénin, eût oubliées, mais tenoient au cœur au maréchal, qui, s'en voulant venger, remit à le faire quand le Roi seroit de retour à Paris, auquel temps il y auroit plus de sûreté pour lui. Pour cet effet, il commanda à un de ses écuyers d'épier l'occasion de rencontrer ce cordon-

1. Les Mémoires d'Estrées (éd. Michaud, p. 411 et 412) ont pu fournir la matière des trois paragraphes qui précèdent.

2. Cet incident avec le cordonnier Picard eut lieu le 2 avril : voyez Journal d'Arnauld d'Andilly, p. 153, et Mercure françois, t. IV, année 1616, p. 137.

3. La rue de la Harpe, à cette époque, correspondait à une partie de la rue qui porte actuellement ce nom. Construite en 1247, elle avait pris son nom d'une enseigne.

4. La porte de Bucy, à l'extrémité de la rue de ce nom, débouchait vers le faubourg Saint-Germain.

nier hors des murailles de la ville, pour le châtier de l'affront qu'il estimoit avoir reçu de lui. Il le rencontre le 1 9 juin, au faubourg Saint-Germain, et le fait battre si outrageusement par deux valets qu'il avoit avec lui, qu'il le laissa pour mort^.

Cette action renouvela la mémoire de celle de Riberpré^, qu'il avoit voulu faire assassiner l'année de devant, et celle du sergent-major Prouville^, qu'il avoit fait tuer à Amiens ; de sorte qu'elle fut poursuivie avec tant de chaleur, qu'il n'osa l'avouer; et ses valets, par arrêt de la cour, furent pendus, le 2i^ juillet, devant la maison du Picard, et son écuyer se garantit par sa fuite; mais ces punitions, au lieu d'apaiser la haine du peuple, ne faisoient que l'animer davantage contre lui, qu'il eût voulu être pendu avec les siens.

En même temps, M. de Longueville, qui étoit mécontent en sa maison de Trie, s'imaginant que, tandis qu'il demeureroit chez lui, on n'avanceroit rien en ses affaires, se résolut d'aller en Picardie et y faire quelque remuement. Il en donne avis à MM. de Mayenne et de Bouillon, qui agréent son voyage comme faisant à leur dessein contre ledit maréchal, et lui offrent leur assistance et celle de M. de Guise. Il part, il va à Abbe-

1. D'après Arnauld d'Andilly [Journal, p. 177) cinq, d'autres disaient huit, palefreniers du maréchal d'Ancre attaquèrent le cordonnier Picard et le poursuivirent dans plusieurs maisons, ce qui causa un très grand rassemblement. Le Mercure françois (t. IV, année 1616, p. 237) accuse, comme les Mémoires, deux valets de cet acte de violence.

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