‹ MémoiresChapitre 14 sur 172 · Tome I, p · texte numérisé non relu

Tome I, p

ville, il y est reçu avec grande démonstration d'amitié par les habitants*.

Monsieur le Prince cependant s'achemine à la cour. Passant à Villebon-, chez M. de Sully, il apprend quelque chose de la conspiration qui se tramoit contre le mai^échal d'Ancre, et ne voulant ni offenser la Reine et rentrer en nouvelle brouillerie, ni abandonner les princes, il fut sur le point de prendre quelque prétexte pour s'en retourner et remettre son arrivée à quelque temps de là ; mais la crainte qu'il eut de donner soupçon à la Reine fit qu'enfin il passa outre et arriva à Paris le 20 juillet 3, allant droit descendre au Louvre, où il reçut de LL. MM. toute la bonne chère qu'il eût su désirer; mais les Parisiens témoignèrent de sa venue plus de contentement qu'on n'eût voulu et qu'il n'eût été à propos pour lui-même*.

Le lendemain de sa venue, Barbin parlant au marquis de Gœuvres^ combien il seroit à désirer que Monsieur le Prince et M. de Bouillon fussent en bonne intelligence avec la Reine et en un ferme désir de servir l'État, oubliant tous les mécontentements et prétextes passés, il lui dit que de Monsieur le Prince on ne pouvoit douter qu'il n'eût une intention véritable

2. Villebon, Eure-et-Loir, arr. de TS"ogent-le-Rotrou. C'est dans ce château que s'était retiré le duc de Sully.

3. Le 20 juin, d'après les Mémoires d'Estrées (éd. Michaud, p. 412); le 20 juillet, s'il faut en croire le Mercure françois, journal semi-officiel (t. IV, année 1616, p. 148).

5. Nous rappelons que le marquis de Cœuvres ne fait qu'une seule et même personne avec le maréchal d'Estrées, dont les Mémoires ont servi à la rédaction de ceux de Richelieu.

de complaire, puisqu'il étoit venu, et que c'étoit une chose certaine qu'il n'y avoit qualité, puissance, ni crédit qui pût garantir un homme qui entroit dans le Louvre de faire ce qu'il plairoit à LL. MM. et d'être absolument soumis à tout ce qu'elles commanderoient.

Quant à M. de Bouillon, il lui étoit aisé de recevoir satisfaction et tout tel traitement qu'il lui plairoit, pourvu qu'il cessât de vouloir, par un Conseil nouveau dont il poursuivoit l'établissement, contrecarrer l'autorité du Roi, et qu'il lui feroit plaisir de lui représenter ce qu'il lui en disoit.

Le marquis de Gœuvres, qui étoit tout à ce parti-là, ne manqua pas de le lui redire ^ et non seulement ce qui le regardoit en son particulier, mais encore ce qui touchoit à Monsieur le Prince. Il fit peu de réflexion sur ce qui le regardoit, pour ce qu'il étoit dans le dessein de se défaire du maréchal d'Ancre, ce qui eût changé la face des affaires; mais il fut étonné de la hardiesse de la parole qu'il avoit avancée^ sur le sujet de Monsieur le Prince, et cela lui fit croire plus facilement qu'elle avoit été dite plutôt par inconsidération que par aucune intention qu'on eût de lui faire maF.

Monsieur le Prince aussi n'en conçut aucune crainte pour ce qu'il se tenoit assuré du maréchal et de la maréchale^, qui, dès incontinent après la paix de Lou-

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