Tome I, p
2. CeUe lettre se trouve dans le Mercure français, p. 145. C'était une réponse à la lettre de la Reine mère, datée de Loches, le 23 février, dont il a été parlé ci-dessus, p. 326.
3. Voyez le texte de cette lettre dans le Mercure françois, p. 161.
Cette lettre fut accompagnée de trois autres' aux Chancelier, Gai^de des sceaux et président Jeannin. Le Roi lui répondit le 1 6® que, comme il avoit mandé par sa précédente, elle n'étoit pas en lieu d'où elle lui pût écrire les vrais sentiments de son âme touchant le gouvernement de son État, qu'on ne peut accuser que le blâme n'en tombe principalement sur lui^; qu'on ne s'est pas contenté d'avoir tâché de lui imprimer une mauvaise créance de ses affaires, on s'efforce même de lui donner appréhension de ses armes, qu'il ne veut employer que pour maintenir son autorité et la tranquillité publique et pour s'opposer aux desseins de ceux qui, sous le nom de la Reine, ont levé des gens de guerre, tant dedans que dehors le royaume; qu'il saura toujours distinguer l'intérêt de la Reine d'avec le leur, n'ayant autre résolution que de l'aimer et honorer comme sa mère, et de les punir coimne sujets rebelles et ennemis de son État; que les services que ceux qui approchent de sa personne lui ont rendus et continuent de lui rendre sont [si] signalés qu'ils l'obligent de les protéger avec raison et justice ; que, si elle croit qu'il y ait quelque chose à désirer en son royaume, elle lui peut dire quand elle voudra ce qu'elle en croit en son âme, sans en faire éclater les plaintes en public, parce que cette voie n'a jamais été pratiquée que par ceux qui ont plus désiré décrier le gouvernement que d'en procurer la réformation; qu'il lui a écrit et fait dire par le sieur de Béthune
1. Ces trois lettres ont été imprimées dans le Mercure français, p. 164, 166 et 169.
2. Le sens est : on ne peut accuser le gouvernement de l'Etat sans que le blâme en tombe sur le Roi.
qu'elle peut choisir telle qu'il lui plaira de ses maisons ou celles du Roi, pour y vivre avec une entière liberté ^
1. Une copie de la lettre du Roi, dont les Mémoires donnent ici un assez bref résumé, se trouve aux Affaires étrangères, France 772, fol. 75. La voici intégralement : « Madame, vos dernières lettres me témoignent comme les premières qu'il n'est plus en votre puissance de m'écrire les vrais sentiments de votre âme touchant le gouvernement de mon Etat. Vous savez qu'on ne le peut accuser que le blâme n'en tombe principalement sur moi. C'est pourquoi je ne dois point croire que vous me voulussiez ôter la gloire de mon règne en me donnant la réputation de n'agir que par les mouvements d'autrui. On ne s'est point contenté d'avoir tâché de vous imprimer une mauvaise créance de mes affaires, on s'efforce même de vous donner des appx'éhensions de mes armes, comme s'il étoit croyable que je les voulusse tourner contre vous. Mais, bien que la qualité de Roi me dispense de rendre compte de mes actions à autre qu'à Dieu, je veux bien néanmoins que tout le monde sache que ma résolution est de ne les employer que pour maintenir mon autorité et la tranquillité publique de mon royaume et empêcher tous les mouvements qui la pourroienl troubler, à la ruine et désolation de mes peuples, comme aussi pour m'opposer aux pernicieux desseins de ceux qui, sous votre nom, ont levé des gens de guerre tant dans le royaume que dehors; ce que je n'eusse jamais cru si je n'avois vu les lettres que l'on vous a fait écrire, tant sur ce sujet que pour donner mauvaise impression de l'administration de mes affaires à plusieurs princes, seigneurs et autres, tant mes sujets que étrangers, qui n'y ont ajouté foi. La connoissance que les perturbateurs du repos public ont toujours eue de l'affection et honneur que je vous porte leur a fait espérer que ma clémence pardonnera indifféremment tous les attentats qu'ils veulent faire sous votre nom contre mon autorité. Mais je saurai toujours distinguer votre intérêt d'avec le leur, n'ayant autre résolution que de vous aimer et honorer comme ma mère et de les punir comme sujets rebelles et ennemis de mon Etat. La natui'e m'attache si puissamment à tout ce qui regarde votre bien et votre
MM. le Chancelier, Garde des sceaux et président
mal que je suis tenu d'employer pour votre délivrance tout le pouvoir que Dieu m'a donné. Ceux qui approchent de ma personne ont tant de témoignages du respect que j'ai toujours eu en votre endroit que vous devez croire qu'ils sont désireux de votre contentement, par la même raison qu'ils sont affectionnés à tout ce qui est de mon service. Ceux qu'ils m'ont rendus et continuent de me rendre sont si signalés qu'ils m'obligent de les maintenir et protéger avec raison et justice. Assurezvous, Madame, qu'il n'y a homme si hardi que d'entreprendre de me faire aucune proposition contre l'honneur et le respect qui vous est dû. Si d'aventure vous pensiez qu'il y ait quelque chose à désirer en un royaume où la justice et la paix ont également fleuri depuis que j'en ai pris le soin, vous me pourrez dire, quand vous voudrez, ce que vous en croyez en votre âme, sans en faire éclater les plaintes en public. Outre que cette forme seroit contre mon intention, elle feroit sinistrement juger de la vôtre, parce que cette voie n'a jamais été pratiquée que par ceux qui ont plus désiré décrier le gouvernement que d'en procurer la réformation. Je vous ai mandé par mes dernières lettres et vous ai fait entendre par le sieur de Béthune, que je vous ai dépêché, que vous pouvez choisir telle qu'il vous plaira de vos maisons ou des miennes pour y vivre avec une entière liberté et comme il vous plaira, tellement qu'il ne tiendra qu'à vous que vous ne soyez heureuse. Aidez seulement à mon bon naturel par une vraie correspondance de volontés et me faites paroître des témoignages aussi dignes d'une bonne mère que ceux que vous recevrez de moi seront dignes d'un bon fils qui est. Madame, etc.. » On remarquera combien la lettre du Roi est plus significative que le résumé qu'en donnent les Mémoires. Le style à la troisième personne est substitué, dans ceux-ci, au style à la première personne. Ce n'est, certes, pas le scribe du manuscrit B, simple copiste, qui a fait ces modifications de fond et de forme. L'existence d'un manuscrit plus ancien, où ces transformations auraient été élaborées, s'impose donc comme indiscutable pour la partie des Mémoires s'étendant de 1600 à 1623. On sait que pour les années 1624-1630 on possède ce manuscrit de première rédaction appelé le manuscrit A.
Jeannin accompagnèrent cette lettre des leurs * tendantes à même fin et lui conseillèrent de se remettre entre les mains de S. M. et qu'elle recevroit tout le bon traitement qu'elle pourroit désirer^.
Pendant ces allées et venues, un^ des Bouthilliers'^, simple ecclésiastique pour lors, qui est depuis mort évêque d'Aire^, homme de cœur et d'esprit tout ensemble, dont l'adresse et fidélité^ étoient égales, et le P. Joseph^, capucin, qui avoient et beaucoup de déplaisir de mon exil et grande passion au rétablissement de mes affaires dans le service de la Reine, parlant avec Déageant^ de tous les maux qui étoient arri-
1. Ces trois lettres ont été imprimées dans le Mercure françois, p. 165, 166 et 169.
2. Des copies de ces lettres du Chancelier et du président Jeannin sont conservées dans le volume France 772, fol. 77-78.
3. C'est ici que commence un nouvel et important emprunt au document précité, écrit par Cherré (France 772, fol. 247- 253).
4. Sébastien Bouthillier, second fils de Denis Bouthillier, abbé de la Cochère, doyen du chapitre de Luçon en 1614, évêque d'Aire en 1623, mort le 17 janvier 1625. L'abbé de la Cochère rendit à cette époque de grands services à l'évêque de Luçon (G. Hanotaux, Histoire du cardiQ,al de Richelieu, t. I, p. 115).
5. Sébastien Bouthillier étant mort évêque d'Aire en janvier 1625, cette partie des Mémoires, ainsi qu'il ressort, d'ailleurs, de remarques analogues précédemment faites, n'a donc pas été rédigée avant cette époque.