L'Electrice palatine : ci-dessus, p
2. Allusion à la défaite subie par Frédéric V à la Montagne- Blanche (1620) et qui anéantit ses espérances de royauté effective en Bohême.
Notice sur les Concini écrite pour servir à la rédaction des « Mémoires de Richelieu » * .
Léonora Gai prit le surnom de Galigai quand elle fut montée à un plus haut deg^ré de fortune, ayant facilement caché son nom dans l'obscurité de sa naissance. Elle étoit fille d'un menuisier; sa mère fut nourrice de la princesse Marie, et, par conséquent, Nora, sa sœur de lait, élevée dans le palais auprès de la petite princesse, qu'elle passoit d'environ vingt mois. L'amitié, la familiarité et la confiance augmentèrent avec l'âge, si bien que, depuis que Marie fut arrivée aux premières années de l'adolescence, les habillements, les propretés, les ornements et les secrets de la jeune princesse orpheline furent entièrement commis à la disposition de Nora, qui s'étoit rendue si adroite en toutes ces gentillesses féminines que, si la princesse n'eût donné cette direction à la bienveillance qu'elle porloit h sa sœur de lait, elle la devoit à son intelligence. La réputation de la beauté et bonne grâce de la fille du duc Francesco fit bientôt impression dans les cœurs de la plus illustre et plus grande partie des princes de l'Europe. L'Empereur, les rois de France et d'Espagne, les ducs de Bavière et de Savoie, et Ranuccio, fils aîné d'Alexandre,
1. Archives du ministère des Affaires étrangères, France, vol. 771, fol. 95-100. Voyez ci-dessus, p. 232.
prince de Parme, déclarèrent en divers temps les sentiments qu'ils avoient pour cette beauté toscane. Léonora menoit avec dextérité les humeurs de sa maîtresse et faisoit comme il lui plaisoit le chaud et le froid dans les réponses de Marie ; car le grand-duc Ferdinand vouloit très judicieusement qu'une personne de basse qualité, mise de sa main, eût l'entière confiance de sa nièce et la portt\t insensiblement à vouloir ce qui lui plairoit, faisant force principalement à lui modérer les désirs d'un prompt mariage, afin qu'en retardant, il se servît, comme autrefois le duc de Bourgogne, des bonnes volontés de plusieurs rivaux, sans en contenter ni mécontenter aucun. Et, de fait, il y réussit si bien que vingt-sept ans complets attrapèrent cette princesse florentine avant que Ferdinand conclût à tirer sa belle et chère nièce de son palais. Enfin, il ajouta aux liaisons d'Etat qu'il avoit entretenues depuis plusieurs années avec Henri IV, celles de l'alliance, recevant à grand honneur que le plus noble et le plus belliqueux roi de la Chrétienté mêlât les fleurs de lys blanches avec les rouges. Marie, épousée dans Pitti*, fit voir à Florence une fille de grand-duc reine de France. Ferdinand fait les noces à la royale, lui donne des instructions conformes au bien de ses affaires et de la sûreté de l'Etat où elle alloit entrer, l'embarque et l'envoie en France, lui recommandant sur toutes choses de continuer sa confiance privative à Léonora Gai, et à Léonora de se souvenir de sa patrie, de son prince naturel et des obligations qu'elle lui avoit. La Reine arrive en France, trouve le Roi à Lyon, qui lui rendit fort peu d'heures les devoirs de serviteur, tant il eut hâte de lui rendre ceux de mari. On a toujours cru que, dès les premiers jours que le Roi et la Reine furent ensemble, S. M. eut aversion contre cette grande confiance de la Reine avec Nora, et qu'il témoigna à sa femme qu'elle