‹ MémoiresChapitre 52 sur 172 · Le Faucigny, baronnie du duché de Savoie, était borné à · texte numérisé non relu

Le Faucigny, baronnie du duché de Savoie, était borné à

non tant pour quelque nouveau sujet de mécontentement qu'il eût reçu, que pour l'ulcère que de longtemps il avoit dans le cœur, de ce qu'espérant hériter de ses biens il l'avoit premièrement, dès l'année 16H, empêché d'épouser M"*" d'AumaleS puis, sous une fausse amorce de lui faire épouser une de ses filles, lui faisoit couler les années les unes après les autres pour le faire vieillir sans se marier. Il fit alliance avec l'Espagne, passa en la Franche-Comté où il leva des troupes, demande passage par la France pour entrer en Savoie, ce qu'on ne lui voulut pas souffrir, sinon que ces^ gens passassent un à un comme fai soient ceux qui alloient au service du duc de Savoie ; ce qui étoit ne rien promettre : car ceux qui alloient trouver le duc de Savoie passoient sûrement un à un, d'autant que, partant de France, ils entroient immédiatement en Savoie qui étoit terre amie, au lieu que les autres entroient de France en Savoie comme en terre ennemie, et partant n'y pouvoient passer un à un sans rencontrer la mort au même passage. Le duc de Montéléon fit tant d'instances et sut si bien représenter que les troupes du duc de Nemours

l'ouest par le Genevois, au nord par le Chablais, à l'est par le Valais, au sud par la Tarentaise; la capitale en était Bonneville.

1. Anne de Lorraine, fille et héritière de Charles de Lorraine, duc d'Auraale, et de Marie de Lorraine-Elbeuf. Elle épousa en 1618 ce même duc de Nemours, et mourut en 1638. Les détails sur le mariage manqué en 1611 et sur les déceptions qui suivirent sont donnés dans le Mercure français, t. IV, année 1616, p. 391.

2. Ses vaudrait mieux. Nous avons conservé la leçon du manuscrit B.

étoient quasi toutes dissipées et que cette permission, qu'il demandoit au nom de son maître, n'étoit que pour la réputation de leur alliance, qu'enfin il obtint ce qu'il désiroit. Un nommé Lassay*, trésorier de France à Bourges, fut choisi pour porter le commandement au duc de Bellegarde de leur laisser le passage libre par la Bresse et lui dire à l'oreille qu'on savoit très bien que cela ne pouvoit porter de préjudice au duc de Savoie, d'autant que ces troupes prétendues étoient si foibles qu'elles n'oseroient passer. Mais Lassay , qui fut gagné par l'ambassadeur de Savoie, ne dit pas le mot à l'oreille au duc de Bellegarde, lequel, pour ce sujet, n'obéit pas au commandement qui lui étoit fait; ce qui obligea le duc de Nemours de tenter le passage par la vallée de Ghézery^, où à peine il se présenta que ses troupes s'enfuirent à la présence du régiment du baron de Sancy^^ et [de] quelques autres régiments françois, que le duc de Savoie envoya pour s'opposer à elles. Cette déroute fut suivie d'un traité entre ledit duc de Nemours et celui de Savoie le

1. François Le Mareschal, sieur de Lassay et de Corbet, conseiller du Roi et trésorier général de France à Bourges, fut maire de cette ville en 1597-1598 (La ïhaumassière, Histoire du Berry, p. 214).

2. Chézery est le village principal de la vallée de la Valsérine, petit affluent du Rhône, dans le pays de Gex, par laquelle on pouvait pénétrer dans le Genevois et la Savoie.

3. Henri de Harlay de Sancy, baron de Maule, seigneur de Palmart et de Sancy, mestre de camp d'infanterie et capitaine de cavalerie, servit aux sièges de Montauban et de Royan et en Italie. Il entra en 1627 dans la congrégation de l'Oratoire et mourut en 1667. Il était iîls de Nicolas de Harlay et frère du « secrétaire des Mémoires ».

14 décembre, par lequel ils convinrent de tous leurs différends ^

Le roi d'Espagne cependant faisoit faire plainte en France de l'assistance qu'on donnoit au duc de Savoie. Son ambassadeur représente qu'il est raisonnable de lui faire reconnoître qu'il doit quelque déférence aux deux couronnes, et qu'il ne va pas avec elles du pair; qu'il est prêt de lui accorder toutes les conditions qu'il plaira au Roi, pourvu qu'il paroisse que ce qu'il en fait est en considération de S. M., non qu'il y ait été contraint par l'audace dudit duc; et partant qu'il désiroit que S. M. envoyât à Madrid un ambassadeur extraordinaire, lequel y recevroit incontinent entière satisfaction .

LL. MM. ne trouvèrent pas cette proposition déraisonnable et jetèrent les yeux sur moi pour m'y envoyer. J'étois prêt à partir pour faire ce voyage, avois fait provision de beaucoup de gentillesses qui se trouvent en France pour donner, et mon équipage étoit déjà emballé lorsqu'il plut au Roi m'appeler en la charge de secrétaire d'État qu'avoit M. Mangot-.

Le comte de la Rochefoucauld fut destiné pour aller en ma place; mais les galanteries de la cour qui possèdent l'esprit de ces Messieurs-là, l'empêchant de partir au temps que la Reine désiroit, d'autant qu'il

1. Le texte de cet accord a été imprimé dans le Mercure français, t. IV, année 1616, p. 395 et suivantes. Le duc de Nemours rentrait en possession de ses terres et de ses pensions. De nouveaux avantages pécuniaires lui étaient accordés. Pour toutes ces affaires, voyez le Mercure français, p. 372-399.

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