Voyez le Mercure françois, t. IV, année 1616, p
3. Pour le détail des sommes ainsi attribuées, voyez un document des Affaires étrangères intitulé : Sommes qui ont été accordées par le traité de Loudun. Etat des comptants à expédier suivant le traité de paix de Loudun (France 770, fol. 207).
donna au sieur du Vair, premier président de Provence, la réputation duquel fit estimer d'un chacun le choix que S. M. en avoit fait^
Il y avoit longtemps que M. de Villeroy disoit à la Reine et à la maréchale que, si S. M. ne chassoit le Chancelier de la cour, tout étoit perdu, et leur avoit souvent répété ce discours durant le voyage, en toutes les occasions qui se présentoient de satisfaire à la mauvaise volonté qu'il avoit contre lui, et lui donner à dos'. Il disoit aussi à la Reine que le Parlement et le peuple recevroient grande satisfaction de son éloignement, étant certain que ce personnage, ayant beaucoup de bonnes qualités, avoit ce malheur de n'être pas bien dans la réputation publique. Et, sur la difficulté que faisoit la Reine d'éloigner un vieil ministre, auquel naturellement elle avoit quelque inclination, disant que c'étoit un bon homme qui n 'avoit point de mauvais desseins, il lui avoit mis en avant le président du Vair comme un homme la créance de la vertu duquel feroit perdre le regret que quelques-uns pourroient avoir de son éloignement.
Mais, le Chancelier s'étant aperçu que lesdits sieurs
1. Le chancelier de Sillery l'endit les sceaux au Roi, le l""" mai 1616, à Blois (Mercure francois, t. IV, année 1616, p. 79). Guillaume du Vair (1556-1621), conseiller au parlement de Paris (1584), maître des requêtes en 1594, puis premier président du parlement de Provence, fut nommé garde des sceaux en mai 1616. Il remit les sceaux le 25 novembre suivant; mais ils lui furent rendus le 25 avril 1617. En 1618, il fut nommé évêque de Lisieux.
2. Les mots et lai donner à dos ont été ajoutés de la main de Charpentier sur le manuscrit B.
de Villeroy et président Jeannin commençoient à prévaloir contre lui en l'esprit de la Reine, il n'y eut sorte d'adresse dont il ne se servît, ni de soumissions qu'il ne leur fit pour se réconcilier avec eux ; ce qui fit que ledit sieur de Villeroy, qui avoit une particulière connoissance de M. du Vair, et sa voit qu'outre que c'étoit un esprit rude et moins poli que la vie de la cour et le grand rang qu'il y tiendroit ne pouvoient souffrir, il étoit si présomptueux, que, sans déférer à l'avis de personne, il voudroit usurper toute l'autorité du gouvernement, essaya de ramener l'esprit de la Reine et faire que, continuant à se servir du Chancelier, elle se contentât d'éloigner de la cour le commandeur de Sillery, et le sieur de Bullion, qui avoit épousé leur nièce.
La Reine chassa de Tours ^ les deux susdits et continua toujours en la volonté de faire de même du Chancelier; à quoi la maréchale d'Ancre la confortoit, mécontente de voir que lesdits sieurs de Villeroy et président Jeannin eussent si tôt changé d'avis.
Le sieur de Villeroy, reconnoissant cela, tâcha d'arrêter ce dessein par autre moyen et écrivit au président du Vair, avec lequel il avoit une ancienne amitié, qu'il ne lui conseilloit pas en ce temps orageux, auquel les affaires avoient peu de fermeté, d'accepter les sceaux si on les lui offroit; qu'il penseroit manquer à l'affection qu'il lui portoit s'il ne lui donnoit ce conseil; qu'il y avoit peu de sûreté dans cet emploi, grande difficulté à y bien faire et plus encore à y contenter tout le monde, grand nombre d'enne-