‹ MémoiresChapitre 8 sur 172 · Les manuscrits portent des Tours, par mégarde · texte numérisé non relu

Les manuscrits portent des Tours, par mégarde

mis à y acquérir, et peu ou point de protection à y attendre de ceux qui avoient le principal crédit dans le gouvernement.

Le président du Vair, intimidé, refusa l'offre qu'on lui en fît. La maréchale, étonnée de ce refus et soupçonnant qu'il y avoit en cela quelque tromperie, envoya quérir Ribier% son neveu, qui lui dit que ce que son oncle en avoit fait étoit sur les lettres qu'il en avoit reçues de M. de Villeroy, qui l'en dissuadoient, et s'offrit, si elle l'avoit agréable, de l'aller quérir luimême; ce qu'il fît incontinent.

Le partement de M. du Vair fut si public, par le grand nombre de personnes de toutes qualités qui voulurent aller prendre congé de lui et l'accompagner, que le Chancelier en eut promptement avis et se résolut, pour n'être prévenu avec honte à la face de toute la cour, de partir de Tours, où il étoit encore, et aller à Blois trouver la Reine pour lui demander congé de se retirer. Le président du Vair avoit la même volonté que lui et ne désiroit pas, à son arrivée, le trouver encore à la cour, soit pour le respect de la bienveillance qui étoit entre eux de longtemps, soit qu'il ne s'estimât point assuré qu'il ne le vît actuellement dépossédé, et avoit fait suppher la maréchale, par son neveu Ribier, de lui vouloir procurer cette satisfaction .

Le Chancelier, étant en chemin, communiqua son

1. Jacques Ribier, conseiller au parlement de Paris, puis conseiller d'État, avait épousé Françoise Alleaume, fille de Nicolas Alleaume, conseiller au Parlement, et d'Antoinette du Vair, sœur du chancelier du Vair. Il était frère de Guillaume Ribier, député aux États généraux de 1614 : tome I, p. 380. II 2

dessein au président Jcannin, et, comme l'espérance meurt toujours la dernière en nos esprits, et principalement à la cour, il pria le président Jeannin (parce que M. de Villeroy étoit lors à Loudun à la conférence) d'aller devant trouver la Reine et savoir d'elle si le bruit que l'on faisoit courir de la venue dudit sieur du Vair étoit véritable, et lui rendre, en cette occasion, les derniers bons offices que son péril présent, qui leur pouvoit être commun bientôt après, lui devoit faire espérer de lui.

Le président Jeannin va trouver la Reine ; elle lui dit ce qui en étoit. Il lui parla de différer ce changement ; la Reine se montrant tout émue de ses paroles \ il lui dit que M. de Villeroy et lui lui en avoient autrefois donné le conseil, mais qu'ils ne le jugeoient plus nécessaire depuis les protestations qu'il leur avoit faites de vouloir suivre leur avis, et leur être tellement soumis qu'il ne feroit plus rien que ce qu'ils voudroient, dont ils avoient sujet d'être assurés, puisqu'il n' avoit plus auprès de lui le commandeur de Sillery et BuUion. A quoi la Reine, pour toute réponse, lui demanda si c'étoit ainsi qu'il gouvernoit les affaires du Roi par ses intérêts particuliers, et, dès le lendemain, fit faire commandement au Chancelier de rapporter les sceaux au Roi ; ce qu'il fît, et se retira de la cour.

L'éloignement du président Jeannin et de M. de Villeroy étoit aussi déjà résolu ; mais ce dessein n'éclatoit pas encore, Barbin^, à qui la Reine avoit donné la

1. Var. : Il lui parla de différer ce changement; ce qui étonne la Reine; il lui dit (M, H).

Page 1