Ci-dessus, p
l'usufruit du duché de Ferrare sa vie durant; mais sa chute arriva avant que sa négociation fût achevée ; car l'ardeur avec laquelle le maréchal d'Ancre se portoit à ruiner les ministres fut cause de hâter sa mort et peut-être donna la résolution à Luynes de l'entreprendre.
Encore que nous ' sussions que cette inquiétude qu'il avoit étoit pour notre sujet et pour nous malfaire, nous usions néanmoins de telle discrétion et secret, qu'étant résolus de nous retirer, jamais personne n'en sut rien. D'où il arriva que Luynes, qui étoit de son naturel fort timide et soupçonneux, qui sont deux conditions d'esprit qui s'accompagnent l'une l'autre, fut aisé à persuader que c'étoit à lui à qui le maréchal en vouloit ; et tous ceux qui espéroient profiter dans ce changement poussoient à la roue et augmentoient ses soupçons et ses craintes.
Il chercha premièrement toutes sortes de moyens pour s'assurer contre cet orage. Il fit proposer au maréchal qu'il lui donnât en mariage une de ses nièces- qu'il avoit à Florence ; mais sa femme ^, qui étoit bien aise qu'il n'eût pas cet appui auprès du Roi afin qu'il dépendit toujours d'elle, n'y voulut jamais consentir; et lui, qui savoit bien que c'étoit perdre temps de l'entreprendre contre son gré et qui ne vouloit