C'est-à-dire : à la Reine
m MÉMOIRES [1617J
que son maître avoit trop de confiance en lui pour lui en cacher les auteurs et qu'elle l'avoit trop obligé pour n'en point empêcher l'effet. Il lui découvrit que M. de Lesdiguières avoit écrit et offert au Roi des forces pour le mettre hors de tutelle, pour le tirer de ses mains, c'est-à-dire pour renverser les lois de la piété naturelle et chrétienne. Sur les bruits qui couroient que le Roi n'étoit point satisfait d'elle, il la vint trouver avec Tronson et Marcillac pour l'assurer du contraire et lui protester qu'il ne se passeroit rien auprès de lui dont elle ne fût ponctuellement informée ; qu'il lui amenoit Tronson et Marcillac, ses intimes amis, pour être cautions de sa fidélité et lui faire reproche devant Dieu et le monde s'il manquoit à ses promesses.
Elle eut en ces témoins la croyance que leurs actions passées pouvoient mériter. L'un d'eux avoit vendu son maître et l'autre déshonoré sa maison pour s'enrichir ; l'un portoit sur ses épaules des marques de sa trahison*, et l'autre en la prostitution de ses sœurs des preuves de son infamie.
Enfin, ce choix de deux cautions si mauvaises ayant fait connoitre qu'elle étoit trompée, elle se résolut de prévenir le mal par une retraite volontaire, de laisser à d'autres la gloire du gouvernement.
N'ayant pu, quelque temps auparavant, venir à bout du traité de la Mirandole, comme nous avons dit ci-dessus^, elle voulut essayer d'avoir du pape Paul V
1. Allusion aux coups de bâton donnés par le marquis de Rochefort à Marcillac pour avoir médit de Monsieur le Prince (voyez tome I, p. 333).