‹ MémoiresChapitre 91 sur 172 · Jean de Médicis, oncle de la Reine : tome I, p · texte numérisé non relu

Jean de Médicis, oncle de la Reine : tome I, p

5. Avec cet alinéa commence un nouvel emprunt fait au document écrit par Cherré. La lettre C, en face des mots Api^ès la mort du Roi, soulignés en partie, indique le commencement du nouvel extrait.

Il étoit naturellement soupçonneux, connue Italien et Florentin, moins charlatan que le commun de sa nation ne porte, entreprenant, courageux, quoique la médisance, qui attaque toujours ceux qui ont la première puissance, ait voulu dire. Ceux qui virent tuer des gens auprès de lui, à l'entreprise du Gatelet et au siège de Glermont', sont encore en vie et témoins dignes de foi qu'il ne se peut pas faire meilleure mine en lieu périlleux.

Ses railleries ordinaires de traiter ceux de sa nation et ses domestiques de coglioni donnèrent prise au monde, qui la recherche volontiers sur ceux qui tiennent son poste, pour l'en faire traiter lui-même.

Il avoit pour principal but d'élever sa fortune aux plus hautes dignités où puisse venir un gentilhomme, pour second désir la grandeur du Roi et de l'État, et, en troisième lieu, l'abaissement des grands du royaume, et par sur tout la maison de Lorraine ; car, encore que partie en fût attachée aux intérêts de sa maîtresse, il disoit néanmoins souvent à ses confidents que les princes du sang faisoient moins de mal dans la rébellion ouverte que les autres dans leurs intrigues de cour^.

Il avoit reconnu l'imbécillité d'esprit de sa femme deux ans avant sa mort et n'ignoroit pas ce que l'on disoit de ses autres imperfections. Il avoit été sur le point de l'envoyer enfermer au château de Gaen

1. Le maréchal d'Ancre prit Clermont-en-Beauvaisis sur les princes le 29 octobre 1615; quant au Catelet, l'entreprise faite sur cette place est un peu antérieure.

2. Voyez le portrait du mai^échal dans les Mémoires d'Esîrées (éd. Michaud, p. 419).

comme folle; mais Montalto^ le médecin qui gouvernoit la santé de l'un et de l'autre, détourna ce dessein et fut plutôt d'avis qu'on tâchât de la ramener par douceur, en satisfaisant son avarice par petits, mais ordinaires présents, et autres soins étudiés, que d'en venir à cette extrémité.

Il avoit passion d'épouser M"^ de Vendôme^, qui en eut connoissance par personne confidente du maréchal et reçut ses vœux avec témoignage de singulière approbation.

Les anciens ministres lui étant en extrême dégoût, le Chancelier, M. de Villeroy et le commandeur de Sillery par sur tous, le président Jeannin lui eût agréé, détaché des autres, mais il n'en put venir à bout et en reçut de rudes rebuffades. Il eût peu ou nulle satisfaction du garde des sceaux du Vair ; il l'accusa d'ingratitude et d'ignorance en parlant à sa barbe ^.

Je lui gagnai -^ le cœur, et il fit quelque estime de moi dès la première fois qu'il m'aboucha. Il dit à quelqu'un de ses particuliers qu'il avoit un jeune

1. Philotée Montalto, juif portugais, de son vrai nom Pompilio Evangelisti, était également médecin de la reine Anne et de la Reine mère. Il mourut en février 1616. Lors du procès de la maréchale d'Ancre, on accusa celle-ci de s'être occupée de magie avec Montalto, qui l'aurait, en outre, instruite de la religion hébraïque.

2. Catherine-Henriette, fille légitimée de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées : tome I, p. 42.

3. L'original, de la main de Cherré, porte en parlant à sa barbe et de sa barbe.

4. Le même original porte, au lieu de Je lui gagnai, les mots Monsieur tévêque de Luçon lui gagna. C'est aussi ce qui avait d'abord été mis sur le manuscrit B.

homme en main, capable de faire leçon h tutti barboni^ . L'estime dura toujom^s; mais sa bienveillance diminua entièrement, premièrement parce qu'il me trouva avec des contradictions qu'il n'attendoit pas, secondement parce qu'il remarquoH que la confiance de la Reine penchoit toute de mon côté, troisièmement par les mauvais offices de Ruccellaï, qui n'omettoit aucun artifice pour m'abattre et Barbin.

Il reconnut la distinction du passé dans l'esprit de la Reine par deux propositions qu'il fit faire à Ruccellaï, qu'il croyoit qu'elle refuseroit toutes deux, mais au contraire les approuva. La première, qu'il fût ambassadeur à vie auprès de Sa Sainteté ; la seconde, qu'il fît faire pour éluder la première, qu'on lui procurât auprès du Pape l'investiture de Ferrare, moyennant grande somme de deniers délivrée aux neveux.

L'acceptation de ces deux partis l'aigrit tout à fait contre S. M. et lui fit projeter mon éloignement et du garde des sceaux Mangot, et Barbin^.

L'aigreur s'augmenta en ces mêmes temps contre sa femme, qui n'ayant plus le juif Montalto, mort quelque temps auparavant^, pour modérer ses fantaisies, elle échappoit jusques aux injures, et leurs

1. Les « Barbons », expression familière qu'on employait alors pour désigner les vieux ministres : voyez G. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu, t. II, p. 68-71.

2. L'original, de la main de Cherré, est écrit à la troisième personne, c'est-à-dire, par exemple, que là où le texte des Mémoires, faisant parler Richelieu, emploie le pronom « je », le document porte « M. l'évêque de Luçon » ou « ledit seigneur évêque », comme il a déjà été remarqué ci-dessus.

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