DEUXIEME PRÉFACE
QtJÀTfD je publiai ces Mémoires, je pris envers le public et à la face des souverains dont j'ai servi la cause , l'engage-
ment d'être loyal et sincère dans mes récits , de ne jamais y altérer ni déguiser sciemment la vérité par des réticences ou des subterfuges. Pouvais -je suivre cette ligne que me traçaient le devoir et l'honneur sans arracher le masque a quelques hommes médians ou pervers , sans blesser des amours-propres irritables , sans choquer des opinions perturbatrices, sans. combattre de funestes erreurs; en un mot, sans m'efforcer de réhabiliter ou de défendre quelques réputations indignement calomniées? On voit par là quelle classe dé détracteurs je me suis attiré , et aussi les vrais motifs du déchaînement suscité contre ma publication et même contre ma personne.
J'avouerai que d'abord plus confiant dans les progrès de la modération des esprits dont j'apercevais quelques signes , et jugeant les passions politiques sinon assoupies , du moins calmées , je crus que mes Mémoires ne donneraient Heu qu'à des attaques motivées ou à une critique décente , et qu'à une franche controverse qui tournerait au profit de l'histoire. Pourquoi , me disais- je , l'heure de la réconciliation ne sonnerait- elle pas aussi pour moi ? qui ne voulus jamais que le bien ? Me suis-je montré exclusif, intolérant ou fauteur de la tyrannie? ITaî-je pas remuai avec un empressement religieux le mandat du Roi législateur qui ambitionna de réunir autour du trône et des libertés publiques les Français de toutes les opinions ?