‹ MémoiresChapitre 3 sur 47 · tome iv · texte numérisé non relu

tome iv

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Mais , hélas ! il m'a fallu reconnaître que j'avais trop présumé des contemporains. Le dirai-je , et il faut bien que je

- le dise , je n'ai trouvé dans mes adversaires que cet esprit de parti révoltant qui exclut la bonne foi et qui fausserait la raison publique si elle ne se bâtait de le répudier. Paraît-il une publication sincère et concluante en faveur des hommes et des choses qui ont préparé Tordre actuel; la tâche des prétendus organes de l'opinion publique consiste à égarer , à tromper les contemporains en niant l'évidence des faits , en substituant le mensonge aux vérités les mieux établies , en transformant la vertu en vice et les vices en vertus. Voilà d'après quelle tactique j'ai été .outrageusement attaqué. Ne pas repousser, ne pas combattre ces dangereux faussaires des traditions contemporaines, ne serait-ce pas leur accorder le droit de diffamation publique sans opposition et sans contrôle? Aussi ne laisserai- je pas sans réfutation , en ce qui me concerne, les assertions injurieuses, les lâches impostures , de même que les fausses interprétations et les commentaires perfides dont j'ai été l'objet. Mais pourquoi tant d'acharnement, dira-t-on , pourquoi un dénigrement si odieux contre un homme sincère , voué

. pour ainsi dire à la persécution , et qui , en publiant avec candeur ses Mémoires , n'a eu en vue principalement que la défense de son honneur outragé ? Pourquoi ? parce que dans tout le cours de ma vie active on me voit dominé par la* haute pensée de mettre un terme aux déchireinens et aux calamités de la France par le rétablissement de la monarchie des Bourbons sous l'égide de la paix générale. On concevra aisémuit pourquoi ce crime est irrémissible aux yeux de la plupart de mes détracteurs, qui n'opposent à mes récits et à mes preuves qu'un plan systématique de diffamation arrêté d'avance.

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Et qu'on ne croie pus qu'ils se soient contentés de me livrer aux morsures de leurs écrivains à gages. Dans les organes même de l'opinion où j'aurais dû rencontrer des appuis , ils ont trouvé de lâches complaisans : les un» m'ont retiré leur patronage; d'autres ont fait pacte avec le silence; il en est même, qui, après avoir admis l'attaque, ont refusé d'insérer la défense par le seul effet d'une basse intrigue. Ici, je me dois à moi-même d'articuler catégoriquement un si révoltant déni de justice : c'est la Gazette de France que j'en accuse*

Démasqué dans mon ouvrage , c'est dans la Gazette que se réfugia M. de Montgaiilard, et c'est là qu'il déposa contre moi une épître injurieuse , à laquelle je me hâtai de ré<pbndre par la. lettre suivante :

Paris, vj décembre 1828.

« A monsieur le Rédacteur en chef de la Gazette de France.

« Monsieur,

a Vous avez inséré dans votre numéro du jeudi 25 dé- « cembre la lettre que le comte de Montgaiilard a dirigée « contre les Mémoires que je viens de publier, et dont vous « avez rendu compte. Je me flalte que votre impartialité et « votre justice tous porteront à accueillir et à insérer cette « courte réponse :

« M. de Montgaiilard, dans deux écrits publiés en 1804 , « a diffamé Pichegru, Moreau, les princes de la Maison « Royale * et moi en particulier. Où étais-je? au Temple, « dans les fers de- Napoléon. Ses assertions contre moine « tendaient à rien moins qu'à faire tomber ma tête. Quoi! <* je n'aurai pas le droit en publiant mes Mémoires , de ré-

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« futer ses diffamations et ses calomnies? Ai-je été Tagres - « senr? Si je lai démasqué, c'est à L'aide de ses propres « écrits qu'il lui est impossible de désavouer. Quant a ce « que vous voulez bien appeler sa réfutation énergique « de la scène violente que je rapporte , j'y répondrai d'une «manière tout aussi péremptoire. M. de Montgaillard m'a « accusé en 1804, à l'occasion de ce même fait, d'avoir « voulu l'assassiner; il me fallait donc passer pour un asti sassin ou réduire cette grave accusation a sa juste valeur : « c'est ce que j'ai fait. J'y ai apporté une telle impartialité « que j'ai mis à côté de ma version celle de M. de Mont- « gaillard. C'est aussi ce que vous avez fait vous-même. Dans « tout ceci je n'ai usé que de mon droit de réfutation perte sonnelle. D'ailleurs mes notices imprimées en 1807, sur « les généraux Pichegru et Moreau, et mon Précis historique « publié en 18 16, attestent que je n'avais pas attendu trente- « deux ans, comme le dit M. de M ontgaillard , pour lui « répondre. Libre à lui de réfuter mes réfutations et de «. donner la tournure qui lui sert le mieux à la rencontre « fortuite que j'ai faite de lui, au Palais-Royal, depuis la « restauration ; personne ne s'y méprendra , personne ne le « croira. Je suis bien sûr que le public saura discerner de « quel côté régnent la sincérité et la bonne foi. « J'ai l'honneur d'être , etc.

« Signé, nfe FAUCHE-BOREL. »

Pouvais -je mettre en doute un seul instant l'insertion plus ou moins rapprochée de cette réponse péremptoire? L'assurance formelle qu'elle allait être insérée me fut donnée pendant deux mois entiers, au bureau de la Gazette; mais c'était une amère dérision, une déception calculée pour éluder de ma part la sommation que j'en aurais faite

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par huissier en vertu de l'art, h de la loi du a6 mars 1 8aa. « Berçons de jour en jour ce bon M. Fauche , disait-on , « quj, bien certainement, répugne à intenter un procès à « une feuille réputée religieuse et monarchique. » Rien n'était plus vrai , et l'un des rédacteurs de la Gazette a décelé cette turpitude qui. tournait à l'avantage d'un diffamateur, des Bourbons, en avouant qne si la sommation par huissier avait eu lieu, ma réponse eût passé le lendemain. Que disaient , pendant ce temps-là , mes amis et la plupart de mes lecteurs. « Quoi 1 Fauche-Borel ne répond point à la « lettre injurieuse de M. de Montgaillard ! » Qu'il me suffise de renvoyer à la date de ma réponse.

Je dois ajouter ici que dans mes citations et mes assertions au sujet de M. de Montgaillard, je n'ai jamais eu l'intention de blesser en rien sa famille , et que cette disposition de ma part s'est accrue depuis que j'ai pu juger, par moi-même, combien il faut se garder de confondre le comte de Montgaillard , dont il s'agit, avec son frère ajné, M* le marquis -de Montgaillard , qui a subi au Temple , pour la eçuse djçs Bourbons , une détention de plusieurs mois. Met> lecteurs trouveront , dans te texte même de ce volume , une déclaration inspirée par lès marnes motifs , au sujet de la famille de M. le marquis de ^a Maisonfort. On verra que j'ai fait à cette famille toutes les concessions- qui pouvaient dépendre de moi, mais pourtant sans altérer ni blesser la vérité de.s faits. Qu'on ne m'en demande pas davantage, car il me serait pénible d'être forcé de mettre au jour certain* autographes qui viendraient corroborer mes assertions.

Est-il également besoin de justifier ici les points saillans de ma narration, qui révèlent les injustes préventions et les animosités de M. le <jtac de Blacas à mon égard? Je ne le pense pas; tout est expliqué dans pnou, texte. J'obser-

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verai seulement que j'avais à déduire des faits qui sont dm ressort de l'histoire; mais ceci, je le sais, ne sera point admis comme motif d'excuse par les partisans et les amis de M. de Blacas, qui professent pour maxime qu'il faut savoir sacrifier la vérité aux convenances de position, d'ambition et de! fortune : mais je ne vis pas dans une sphère si haute. N'écoutant que le besoin de mettre à couvert mon honneur, je me suis imposé le devoir de ne rien dérober au jugement du public. Cette manière franche et ouverte me ramène chaque jour une multitude de personnes qui, à la cour et dans les hautes classes, avaient été prévenues contre moi parles insinuations et les menées de ceux qui s'étaient déclarés mes ennemis.

Mais, d'un autre côté, cette publication m'a suscité des adversaires d'une autre couleur et d'un autre ordre que je me suis engagé à réfuter. v

M. Pierre Grand , jeune avocat , s'érigeant en champion bénévole du général Barras, vint contester la véracité du récit de la négociation importante ouverte jadis avec cet ancien directeur, et dont je rends compte au chapitre XVI de mon second volume. Il lui plut de n'y voir que des calomnies et des assertions mensongères mises en avant par un agent secret de tous les temps et de tous les régimes. En laissant mes lecteurs juges de l'exactitude de pareilles épithetes et de la convenance de semblables expressions , je me contentai de répondre que ce n'était pas avec quelques mots tranchans et absolus qu'on réfutait tout un chapitre d'histoire contemporaine appuyé sur des faits positifs et sur des preuves irrécusables; -que, pour accréditer un tel système de dénégation , il aurait fallu établir d'abord que la mission de M. David jMonnier et celle de M. de Guérin , agens du directeur Barras , n'avaient jamais

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eu lieu, et que les lettres de M. de Barras que je produisais étaient apocryphes; qu'alors mon récit n'eût plus été en effet qu'un tissu d'impostures ; mais que si la négociation était réelle , ce qu'il était impossible de révoquer en doute, tout le système de M. Pierre Grand s'écroulait ; que peutêtre en se bornant à contester les intentions que j'avais été fondé à supposer au directeur Barras, il aurait argumenté avec quelque apparence de raison et de bonne foi; mais que ce champ de controverse étant indépendant des faits , je persistais à soutenir que tous ceux que j'avais avancés étaient de la plus exacte vérité , et qu'il en résultait que l'imputation de fausseté et de calomnie dirigée contre moi sans aucune discussion historique préalable , sur les points contestés, n'était plus qu'une expression gratuitement injurieuse et grossière.

Pressé de reproduire son nom et d'essayer de faire de l'effet malgré la pénurie de ses arguments , mon adversaire , revenant sur ce débat dans le Constitutionnel, ne m'accusa plus cette fois d'imposture et de calomnie , mais de mettre de l'invention et de l'imagination dans mes Mémoires , notamment à l'égard du général Barras. Veut-on savoir maintenant quel nouveau moyen de réfutation imagine M. Pierre Grand dans sa secondé lettre? Que ce n'est qu'après deux ans de négociations que j'écris pour la première fois au directeur Barras ; et puis , que le iS brumaire arrive, et que cependant je n'ai cessé de donner les plus brillantes espérances aux princes qui dans l'intervalle m'ont distribué de l'or à pleines mains. Je réponds d'abord que le temps ne fait rien à l'affaire ; que la négociation dont il s'agit fut souvent interrompue. et reprise selon le cours et la nature des événemens ; que je n'avais jamais reçu un sou de la part des princes ; et que si la journée du

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