tome if. a
de Béthisy à Courtray; le comte de Quinsonnat à Spire ; le comte Gaétan de La Rochefoucauld sur les frontières de l'est de la France; le comte Jules de Polignac, maintenant prince de Polignac et ambassadeur en Angleterre» sur les frontières. du royaume de Sardaigne.
Les arrestations faites à Gand et à Bruxelles ayant donné de vives inquiétude» aux chefs des troupes de la coalition , leur firent adopter un système dé surveillance rigide qui devint fâcheux pour quelques commissaires du Roi, Plusieurs d'entre eux rencontrèrent des obstacles en se rendant au* postes qui leur étaient assignés. On arrêta des officiers français dans l'exercice d'une mission entreprise pour rassembler le contingent royal fixé par le traité du 2 5 mats t $i5. Deux commissaires du Roi furent retenus au quartier général bavarois ; un troisième ne put dépasser, Francfort*sur-le*Mein; le comte Jules, prince de Polignac , dont le «èle avait surmonté toutes ces difficultés, et que son courage poussa trop loin, fut enveloppé par les troupes de Napoléon, et transféré au fort Barraux.
Le comte Gaétan de La Rochefoucauld éprouva aussi des entraves de la part des agens des puissances alliées. Après quelques jours d*arres!âtio»> il atteignit la Sui&e et se rapprocha des frontières
de la France , pour fermer le cadre du corps royal de l'Est y et planter les bannières des lis sur le sol de la patrie. Sans autorisation des puissances étrangères , sans la permission du gouvernement suisse, il se procura des armes, des munitions, et l'équipement de cent trente-six hommes. Parmi les braves qui se rallièrent à ce délégué du Roi , on remarquait Fadjudant-général Chopin , le major de La Genetière, le chevalier de l'Étoile, le baron de Marguerittes , qui venait de faire partie d'une mission entreprise dans les intérêts du trône ; les comtes de Scey-Montbelliard ■ , de Colbert , de Montjoie , de Mortemart ; MM. d' Anders , de Bermont et de Piedoyx , et quelques officiers du fidèle io6 de ligne.
Le rendez-vous général fut fixé pour la fin du mois de juin, à Saignes-Légier , pays de Porentruy, sur l'extrême frontière de la Suisse et de la France.
C'était par la trouée que devaient faire ces braves que j'espérais y rentrer moi-même. J'étais persuadé qu'une seule bataille perdue mettrait Napoléon hors de combat. En effet, franchissant la Sambre , il ne fut que téméraire , et il le fut trois mois trop tard , puisqu'il avait laissé à ses ennemis
' Depuis, préfet du département du Dôubs.
le temps de rassembler toutes leurs forces. Après avoir enterré dans les champs de Waterloo, le 18 juin, la fleur et l'élite, de ses soldats, il, se trouva seul , comme à Leipsik, fugitif, sans espoir et détrôné par une seule bataille.
La France tomba dans une anarchie épouvantable au montent où elle fut envahie de toutes parts'.
Le iar juillet, la colonne royale de l'Est se mit en marche , et pénétra le même jour par le pont de Goumois-sur-Doubs, village situé au milieu des montagnes escarpées , couvertes de bois sans aucune route praticable. On devait marcher le lendemain sur Damrichard ; mais le a juillet à la pointe jour, des corps francs, des douaniers, des gardes frontières , et quelques habitons de Trévillers, soutenus par deux compagnies de la garde nationale .mobilisée de la Côté-d'Or, stationnées à Sain t-Hippoly te, se montrèrent à pprtée des avant-postes royaux. N'ayant reçu aucun renfort, et ne pouvant engager qu'une lutte désavantageuse contre des forces aussi supérieures, le comte Gaétan de La Rochefoucauld se concentra sur Goumois. Cette position aurait pu<étre conservée., si les habitans fussent restés neutres; mais ils servirent d'auxiliaires aux . attaquans. Un feu dirigé sur les royalistes , des maisons qui dominent le pont, forcèrent à rentrer sur le territoire suisse.
DE FAUCHE -BÔREL. 357
Un coup de fusil , parti de l'habitation du maire (que le comte Gaétan. venait de quitter), atteignit le chevalier de Piedoyx et le tua.
Une vive fusillade s'engagea alors d'une rive à l'autre ; le passage , vaillamment défendu , ne fut point forcé. La tête du pont était occupée par un détachement de volontaires royaux , chasseurs de Henri IV, composé de Lyonnais , incorporés dans le corps* de l'Est dès leur arrivée en Suisse, où le chevalier de Landine, de Saint-Esprit, les avait dirigés de l'intérieur de la France. Le drapeau royal, un moment en danger d'être pris, fut sauvé par l'un de ces braves , le capitaine Bettent. Les soldats royaux qui n'avaient pu se replier avant l'occupation de Goumois par les insurgés , se jetèrent dans le Doubs , et , sous un feu continuel , traversèrent cette rivière avec intrépidité.
Cette journée fut marquée par la mort de plusieurs soldats des deux partis ; on eut surtout à regretter la fin déplorable du comte de Montjoie. Cet officier, affaibli déjà par deux blessures et atteint par un biscayen , tomba , et fut inhumainement massacré , non loin des riches domaines de ses pères , situés à Béf ort. Son corps resta nu sur le sol de sa patrie , sans avoir obtenu de la pitié de ses concitoyens quelques poignées de terre pour couvrir ses restes inanimés.
Pressé par les événemens , et voulant recommencer ses tentatives sur .un autre point de la frontière, le comte Gaétan de La Rochefoucauld éprouva le besoin de ressources pécuniaires pour remplacer ce qui lui avait été pris à'Goumois par le corps franc. N'ayant pu rien se procurer ni à Baie ni à Berne , il voulut bien s'adresser à moi, connaissant les services que j'avais rendus à la cause de la maison de Bourbon. Instruit que je jouissais encore de quelque crédit, et dans l'espoir que je remplirais ses vues , il m'envoya à Neuchâtel M. le comte de Golbert , pour ou-» vrir avec moi cette négociation. Biais l'injure qui m'avait été faite à Gand était encore trop récente, et je refusai , parce que , d'ailleurs , je n'avais pas la somme demandée dans ce moment « et que je ne voulais pas l'emprunter. Cet envoyé retourna à son poste avec mon refus justifié par l'impossibilité dans laquelle je me trouvais de satisfaire k la demande du comte de La Rochefoucauld.
Bientôt après , arriva M. le baron de Marguerite , pour continuer cette négociation. On a vu que je le connaissais particulièrement : il m'attaqua par mon faible, me rappela tout ce que j'avais fait depuis vingt ans pour la cause royale, les dangers que j'avais courus s il me dit avec raison qu'un si long dévoûment, qu'une conduite irré-
prpcbabla «e devait pas se refroidir, dans uue telle circonstance , et cela parce qu'un agent d# la police, dirigé par un ennemi puissant» m'avait fait essuyer un affront dont j'étais déjà vengé par l'estime de tous les royaliste* ; il ajouta que bientôt le Roi, rentré dans sa capitale , effacerait cette injure en me rendant, à Paris même, pleine et entière justice. Je cédai facilement, cette fois, au besoin de me rendre encore utile ; mais n'ayant point <en mou pouvoir la somme qui m'était dema&dée, je conduisis le baron deMargueritte chez M, Fornachon, mon banquier & Reuchàtel, qui, pe voulant que ma garantie, me remit de suite la somme. Un bon sur Râle me fut délivré par suite du crédit ouvert par Je commissaire du Roi ; mais il j*e fiit jpas acquitté , et je reatai créancier de oette avance, Plus tard, il est vrai* j'en obtins le remboursement à Paris, en m'adressaniau comte Gaétan de Lî Rochefoucauld* qui fit à cet effet toutes les démarches nécessaires. Je ne rappelle ce fait que pour prouver que je n'ai jamais laissé échapper l'occasion âem^ rendre, utile à la cause
royale.
Gependant, le corps royal de l'Est ayant pu dès-lors rentrer en France, y pénétra par le canton de Fer rate, où le drapeau blanc fut arboré. Augmenté par de nombreux enrôlemens, effec-
36o MÉMOIRES
tués à Colmar et dans l'Alsace méridionale, il franchit l'obstacle du pont de Roide , et, marchant sur Besançon, prit position à Bouclant; à quatre lieues seulement de cette place forte.
Avant même que le comte Gaétan se fut introduit dans- la ville, au risque des plus grands dangers , pour sommer, au nom du Roi, le maréchal Jourdan d'arborer le drapeau blanc, et d'entraîner par cette mesure la soumission de toute la Franche-Comté, j'avais agi de mon côté dans le raênpe but. Dès le 7 juillet, je m'étais mis en rapport avec le maréchal, dans l'objet de lui faire connaître l'intérêt qu'il y aurait à amener la soumission au Roi de ses troupes et de son commandement, par suite des événemens de Waterloo. Je demandai au maréchal une autorisation pour me rendre auprès de lui , afin de conférer sur la gravité des circonstances. Le maréchal me répondit par son adjudant-général , le commandant Petitpierre , qu'il serait bien aise de me. voir. J'arrivai le 18 juillet à Pontarlier , par la montagne de l'Arnon , d'où venaient les vivres de la Suisse.
Je dînai chez M. Maire , procureur du Roi , et j'y trouvai pour convives plusieurs officiers français et suisses. On s'entretint beaucoup des événemens et on manifesta des craintes sur la disette qui
commençait à 9e faire sentir. On se passait le pain avec recommandation de le ménager; sur quoi je dis : « Mais le fort de Joux qui est approvisionné , « dit-on , pour deux ans , n'est-il pas commandé « par un Français, et ne pourrait-on pas obtenir « pour les habitans dePontarlier quelques sacs de « farine? Henri IV ne nourrissait-il pas sa bonne « ville de Paris quand il l'assiégeait?» On me répondit qu'il n'y avait rien à espérer du commandant ni de la garnison; que déjà même le général des troupes suisses lui avait envoyé sans succès différentes sommations. Alors je demandai s'il y avait quelqu'un de Pontarlier qui connût ce commandant? On m'indiqua M. Crillon, marchand de draps , chez qui cet officier avait logé. Je demandai qu'on le fît venir, pour prendre de lui des renseignemens. Le procureur du Roi l'envoya chercher, et il arriva. Je priai M. Grillon de me dire s'il connaissait particulièrement le commandant, du fort de Joux. Il me répondit qu'il l'avait logé pendant six semaines, que c'était un très brave homme, bon militaire, et pour preuve, ajouta-t-il, c'est qu'il a reçu un coup de sabre qui lui partage la figure. « C'est donc un brave! m'é- « criai-je; et on peut tout en espérer. » Il ajouta qu'il s'appelait Tivol. « Ne pourriez-vous pas lui « faire parvenir un billet ? — Cela serait fort dif-
36a MÉMOIRES
« fitile; mais ma fille lui envoie des livres qu'on « dépose, deux fois la semaine, sur une pierre à « quelque distance du fort , et qu'il envoie pren- « drè par un soldat. — Mademoiselle votre aie «pourrait donc se charger d'avoir réponse à un « billet que j'écrirai au commandant, afin d'en « obtenir quelques sacs de farine pour obvier k « la disette qui se fait déjà sentir parmi vous. » Ce motif porta M. Grillon à se charger lui-même de cette commission , et il alla porter de suite au commandant Tivol mon billet , qui était ainsi conçu : « Ayant une communication très impor- « tante à vous faire, monsieur le commandant, je « désirerais que voua voulussiez bien consentir à « me recevoir, en m'indiquant l'heure et le mo- « ment où je pourrai me rendre au fort.
« Signé , FAUCHE-BOREL. »
Nous étions encore à table , que M. Grillon me rapporta la réponse que voici : « Si M. Fauchent Borel veut se rendre demain , entre six et sept « heures du matin , au bas de la rampe du fort > « il y trouvera deux fusiliers -qui le conduiront « auprès de moi. »
Je me vis donc engagé. Plusieurs des convives ne me laissèrent point ignorer le danger que je pouvais courir ; et que , d'ailleurs , M. le .général
suisse de Gady avait déjà envoyé des parlementaires sans suecèfi. Je me déterminai néanmoins, et je me rendis de suite chez le général de Gady , pour en obtenir un passe~avant , attendu que le fort était cerné par ses troupes. Le général me fit l'observation que je m'exposerais beaucoup i que lui-même avait déjà envoyé plusieurs parlementaires les yeux bandés, et que le dernier avait été renvoyé avec la menace de fusiller celui qui oserait lui succéder. Le général, ainsi que plusieurs officiers de son état-major, dans le pombre desquels se trouvaient mon beau-frère et mon gendre de Gumoens, cherchèrent à me dissuader ; d'autres , au contraire , m'encourageaient. Je fis observer au général de Gady que j'allais proposer au commandant de garder le fort au nom de Louis XVHl 9 et d'y arborer Je drapeau blanc , ce qui n'était pas la même chose que de l'engager à rendre la place aux alliés. Le générai pesant mes raisons , me donna le passe-avant en me souhaitant réussite.
Je pris un char-à-banc , ayant avec moi M. Pernet , mûre de Pontarlier, et M. l'abbé Lamarre , qui m'accompagnèrent jusqu'au bas de la rampe, où m'attendaient les deux fusiliers avec lesquels je m'acheminai vers le fort. A moitié chemin., ces deux militaires me dirent d'un ton arrogant :
« Vous venez sans doute pour gagner notre corn- « mandant en faveur de votre Louis XVm? » accompagnant le nom de Sa Majesté d'une épitbète plus qu'injurieuse. Je leur.répondts arec une fermeté qui. leur en imposa , et ils se turent. Après avoir passé les ponts-levis , je trouvai M. le commandant Tivol en grande tenue : il me reçut avec affabilité. Je lui demandai de passer dans son cabinet. Sans me rien objecter, il m'introduisit dans la salle où étaient réunis y aussi en grande tenue , onze à douze officiers. Je ne doutais point que ce ne fut un conseil de défense, et, comprimant mon émotion , je dis avec fermeté et confiance : « Je suis charmé de trouver ici une réunion de « bons Français, qui apprendront avec joie que « le drapeau blanc flotte dans toute la France; et « je suis fort aise , Messieurs , d'être le premier à a vous informer de cet heureux événement. » '
Mais ce sentiment ne fut pas généralement partagé par ces messieurs; plusieurs d'entre eux m'interpelèrent d'un ton hautain en me demandant quels étaient mes pouvoirs, et au nom de qui je venais ainsi les informer d'une nouvelle qu'ils ne devaient recevoir que du maréchal Jourdan, commandant à Besançon. C'est alors que M. Tivol > prenant la parole, dit qu'il ne m'aurait pas donné l'autorisation de monter au fort, s'il
DE FAUCHK-BOREL. 365
n'avait pas su qu'on pouvait avoir confiance dans mes paroles ; mais l'opinion de plusieurs fut qu'on devait envoyer une estafette au maréchal Jourdan , afin de justifier la vérité de mes assertions. Je les appujai de l'exhibition d'un Moniteur, adressé au président de la société des Halles de Neuchâtel, que j'avais eu heureusement la précaution de prendre à la poste. Ces officiers firent allumer deux bougies, afin d'examiner si le papier de mon Moniteur «était bien de l'impression de Paris ; il y en eut qui insistèrent pour que jç fusse préalablement renfermé ou jeté dans un cul de basse fosse; d'autres enfin qui opinèrent pour que je fusse à l'instant fusillé, sans autre forme de procès, soutenant que c'était le devoir du commandant du fort. Voyant ce conflit devenir sérieux, j'annonçai qu'au bas du rempart étaient le maif e de Pôntarlier et M. l'abbé Lamarre , qui pouvaient corroborer mes assertions. En effet , on les fit' venir, et ils confirmèrent mon rapport. La discussion fut longue et vive : elle dura sept heures. Pendant ce temps, je cherchai à capter en particulier chacun de ces officiers, en leur disant : « N'attendez pas pour vous décider les or- 4c dres du maréchal Jourdan ; faites quelque chose «pour vous par vous-même; et chacun pourra
« espérer alors un grade supérieur ou d'autres fa- « veurs de la part du gouvernement an Roi. »
Dans l'état d'irrésolution où je les avais mis, le Moniteur donnant beaucoup de poids à mes discours, on débattait ce qu'il convenait de foire, lorsque, pour les fixer, je dis au commandant: « Faites un petit discours que vous nous commu- « niquerez, et qu'ensuite vous adresserez à là gar- « nison assemblée. » On se rangea à cette proposition ; et chacun des officiers , recevant les instructions du commandant, celui-ci réunit tous ses soldats, les forma en bataillon carré , et là , dît à haute et intelligible voix : or Camarades , j'ai « la satisfaction de vous annoncer la plus belle « nouvelle que des Français puissent apprendre. « Louis XVIII est dans sa capitale; le drapeau
«blanc flotte par toute la France Adjudant,
« lisez le Moniteur. » On lut, en effet, les articles Dieppe, Calais, Dunkerque, qui annonçaient le refour du Roi , et qui finissaient par les cris : vive le Roi! Alors tout le bataillon cria spontanément vive la paix! par suite de l'impression que chaque officier avait faite sur ses soldats ; sur quoi je répondis : « Sans doute , camarades , vive la « paix ; mais vous ne l'aurez qu'avec Louis XVIII. »> Et le bataillon de s'écrier : « Eh bien , vive « Louis XVEH ! vivent les Bourbons ! »
Le commandant Tivol dit alors : * Double ra- « tion pour aujourd'hui! » à quoi j'ajoutai : « Tri- « pie ration ! car on ne saurait trop boire en ce « jour. » A ces mots , le bataillon riposta tout d'une voix : * Eh bien ,. vive le Roi ! vivent les « Bourbons! vive le commissaire du Roi! vive * M. Fauche-Borel ! y
' Je voulus remettre , dans cette circonstance, dix louis au commandant Tivol pour les soldats; il les refusa , en me disant : a C'est à vous, mon- «sieur Fauche, à me faire le plaisir d'accepter le « dîner du fort.— Oui, Commandant, je l'accepte «c volontiers, car il vaudra mieux que tous les dî<- « ners de Pontarlier réunis , où l'on manque de « pain* C'est à vous à rendre l'abondance à cette « ville, en y envoyant, le plus profflptement pos» « sible, une vingtaine de sacs de farine; vous met- « trez le comble au bonheur de cette journée. » Et il donna des ordres en conséquence.
Pendant ce colloque , le drapeau blanc fut arboré sur le fort, et vingt-un coups de canon le saluèrent au grand étonnement de tout Pontarlier. Il fut dressé procès-verbal de tout ce qui s'était passé, et cinq cents cocardes blanches furent distribuées, dans le jour, à la garnison. J'ai encore par devers moi toutes les pièces qui attestent cet événement, dont je rendis jcpmpte au
prince de Talleyrand, président du Conseil des
ministres.
On aura une idée du danger que je courus dans cette circonstance, si on se rappelle que ce même jour, 19 juillet, le colonel Gordon fut massacré au fort Condé , pour avoir rempli , pur ordre de ses supérieurs, la même mission que j'avais entreprise de mon propre mouvement
Je dois dire aussi que je fus parfaitement secondé par M. Pernet , maire de Pontarlier , et par M. l'abbé Lamarre.
De Pontarlier je me Jourdan , qui m'avait fa qui , en me compliment venu a foire arborer le Joux, voulut bien m'ex[ avait pas été possible 1
cette détermination à la garnison de la citadelle ; ce ne fut que vingt-quatre heures après la soumission du fort de Joux, que Besançon se soumit àLouisXVIU..
Concevra-t-on que les officiers de la garnison du fort de Joux, auxquels j'avais cru devoir promettre, au nom du Roi, un témoignage de la satisfaction royale, loin de recevoir aucune récompense , aient tous été destitués; que le commandant Tivol en particulier, sans se plaindre
DE FAUCHE-BOREL. 36g
pourtant, soit venu me faire part qu'on l'avait maltraité pour avoir cédé à mes instances , qui n'avaient eu pour but que le service du Roi et l'intérêt de la patrie.
Quant à moi , bien que M. le comte de Blacas
m'eût fait endurer à Gaiid un sanglant affront,
en récompense de vingt ans de sacrifices, on ne
pouvait se refuser de reconnaitre que M. le comte
Gaëtan de La Rochefoucauld était parfaitement
en mesure d'attester que j'avais oublié l'insulte
du ministre, pour ne voir que le service du Roi.
mis XVm dans sa capi-
mon principal accusa-
>n indignation , si l'hon-
ie je fusse disculpé, du
i souverain naturel, et
ition que j'avais droit
d'attendre.
■ Je vins en toute hâteàParis dès queLouisXVin y fut rentré, et que j'eus concouru à faire arborer le drapeau blanc sur le fort de Joux ; j'y vins pressé de donner suite aux démarches qui , en mettant ma conduite au grand jour, devaient confondre mes ennemis. L'outrage de Gand avait ulcéré mon cœur, et je sentais que ce n'était qu'à
' M. de Blacas fut à cette époque éloigné du conseil du Roi , et se rendît eu Italie.
Paris que pouvaient être détruites les accusations perfides portées contre moi Là, étaient les bu-* reaux de Buonaparte ; là , se trouvaient tous les documens ; là , on était à la source de tous les renseigriemens qu'il était possible de se procurer sur mon compte ; enfin , les registres de la por lice étaient là ; il n'était plus permis de dire : Nous croyons nous rappeler y avoir lu.... Il fallait rapporter positivement ce que tout le monde pouvait y vérifier.
A mon arrivée , j'allai trouver sur-le-champ le prince de Hardenberg , et le priai de donner suite aux démarches que S. M. le roi de Prusse avait ordonnées à sa chancellerie pour connaître et juger ma conduite.
Me aera-t-il permis de faire ici une réflexion ? C'est quand tous les rois ligués, suivis de leurs ministres, escortés des grands de leurs royaumes , se trouvaient dans Paris, prononçant sur le sort de la France, sur celui des puissances secondaires , et sur le leur peut-être ; c'est de la hauteur de ces discussions, qu'un monarque voulut bien descendre jusqu'à s'occuper des intérêts personnels d'un simple sujet Oui , telle est l'inaltérable et précieuse sollicitude du gouvernement prussien ., que toujours , et dans quelque circonstance que ce soit , il a l'œil sur ses enfant et
fait éclairer leur conduite pour les arracher à l'oppression s'ils sont innocens , ou les punir s'ils sont coupables.
Sur ma simple invitation 9 M. le prince de Hardenberg , au lieu d'écrire lui-même , s'empressa , pour se conformer aux usages diplomatiques 9 de faire écrire par S. Exe. M, le comte de Goltz , ministre de Prusse , à M. lé prince de Talleyrand , ministre des affaires étrangères de France, pour avoir sur mon compte les renseignemens antérieurement demandés au nom de S. M. le roi de Prusse.
Le prince de Talleyrand s'étant adressé à cet effet au duc d'Otrante , ministre de la police générale , en reçut la note suivante :
Note transmise par le Ministre de la Police
à M. de Talleyrand.
« Après une détention prolongée à Paris , « M. Fauche-Borel , devenu libre , n'en montra « que plus d'activité à parcourir successivement « les diverses cours de l'Europe, et à faire valoir a les projets qui l'ont constamment occupé. Buo- « naparte na pas eu d'ennemi plus opiniâtre. H « n'y a pas encore trois mois que sa main a été « distinctement reconnue dans la transcription de
37 a MÉMOIRES
a chansons et pamphlets adressés à domicile par
n la poste.
«.Invariable dans ses opinions, il ne pouvait « l'être dans ses moyens. Tous n'ont pas été égaie lement bien concertés. Dans ces entreprises « aventureuses , le succès seul justifie , et il n'est a pas étonnant que M. Fauche-Borel se soit tour à « tour trompé ou ait été trompé. C'est ainsi qu'en a. mars 1814» il a pris sur lut, avec beaucoup trop « d'assurance , de s'opposer au dessein qu'avait a S. A. R. Mgr. le duc de Berry , de passer de Jerii sey en Normandie; c'est ainsi encore qu'il a en-
* couru le reproche de s'être adressé à la police « de Buonaparte. // est vrai qu'il lui a fait des
* offres; mais ces offres étaient visiblement cap- « tieuses. En juin i8i3, il lui fit passer des pa-
* piers assez insignifians , qui avaient appartenu
" Pichegru ; mais on croit que par là e ménager des ressources pour agir s de risques , conformément à ses oolice d'alors aurait eu seule à se e sa bonne joi. »
3e le répète , on était à la source ; c'est le ministre de la police qui écrit lui-même. Ai-je trahi le roi de Prusse , le roi de France , l'Angleterre ? Suis-je un espion aux gages.de l'usurpateur ? Lisez , vous qui m'accusez , lisez : Buonaparte m'a.
PASEUd'eNNEMI PLUS OPINIATRE QUE FaUCHE-BoREL.
Cela est-ii clair ? Lisez encore : Si M. Fauche a encouru te reproche de s'être adressé à la police de Buonaparte; s'il lui a fait des offres , ces offres étaient visiblement captieuses ; la police d'alors aurait eu seule a se plaindre de sa honne foi.... Fauche a été dnvariable dans ses opinions.
Est-ce là ce que vous appelez trahir les intérêts de Louis XVIU ? Quant à ceux de la Prusse , demandez à Frédéric-Guillaume. Sa constante protection, son extrême bonté pour moi, me sont de sûrs garans qu'il connaît ma fidélité, comme il connaît vos injustices à mon égard.
Interrogez aussi l'Angleterre sur raa félonie envers elle? Je pourrais vous confondre par cent attestations. .
Il me suffira de mentionner de nouveau la déclaration du noble lord Grenville et celle de sir William Flint , dont j'ai déjà eu porter les termes. *
Quant à l'espèce d'inculpatic moi par la note du ministre de elle n'a trait à aucune supposition d'infidélité de ma part, et qu'on n'y démêle que le reproche d'un excès de zèle mal entendu pour la cause des Bour-
' Voyez pages a37et a38 de ce volume.
bons , il me sera facile , sous ce point de vue , de réfuter victorieusement M. Fouché. Ce ministre t par exemple , était-il fondé à dire : « Que j'avais « pris sur moi , avec beaucoup trop d'assurance , « de m'opposer au dessein qu'avait alors S. À. R. « Mgr. le duc de Berry , de passer de Jersey en « Normandie. » Je ne le pense pas ; M. le duc d'Otrante n'était point ministre à cette époque t et il n'a pu apprécier cette circonstance, que sur l'opinion erronée de ses bureaux. Je renvoie le lecteur à ce que j'ai écrit sur ce même sujet, et au sentiment de M. Desmarets f , véritable juge compétent, puisqu'il tenait alors le bureau secret de la police impériale. Enfin , l'approbation donnée par S. M. Louis XVIII à ma conduite à cette époque, complète ma justification.
La note du ministre de la police, duc d'Otrante, que je viens de transcrire, fat envoyée à M. le comte de Goltz , ministre de Prusse , par M. le prince de Talleyrand , qui ne pouvait se dispenser de l'accompagner d'une lettre ministérielle, en réponse aux éclaircissemens demandés avec tant de persévérance par S. M. le roi dé Prusse.
La position de M. de Talleyrand était assez difficile. Il avait à concilier ce qu'il devait de justice
1 Voyez page 28? de ce volume.
DE FAUCHE -BOREL. ty
à un sujet du roi de Prusse , sur le compte du-» quel il était interpellé , avec ce qu'il devait à la dignité de son propre souverain, dont il ne pouvait compromettre le nom en ne palliant point les torts de son ministre à Gand. C'est, sans aucun doute , dans la vue d'atteindre ce double but, qu'il fit la réponse diplomatique qu'on va lire.
Lettre du prince de Talleyrand à M. de Gôltz.
• Paris, 5 août i8i5.
« Monsieur le Comte ,
«, J'ai reçu la nouvelle lettre que vous m'avez « fait l'honneur de m'adresser , relativement à « M. Fauche-Borel , et je me suis fait donner les « renseignemens que le département de la police « générale avait pu recueillir sur lui.
«Il résulte de ces renseignemens, que M. Fauche- « Borel s est habituellement montré dévoué à la « cause du Roi; qu'il a même souffert pour cette « cause, puisqu'il a été détenu plusieurs années « au Temple , par suite des démarches qu'il avait « faites pour la défendre. Toutefois (et vous pource rez , monsieur le Comte , en juger par l'extrait « ci-joint des notes qui m'ont été transmises ) , « sa conduite a pu paraître équivoque en plu-
« sieurs circonstances. Quoique la police n'en' « ait pas tiré contre lui une induction complètece ment défavorable , comme les points sur les- « quels ont dû porter les soupçons , intéressaient « vivement les affections^ aussi-bien que le ser- « vice du Roi, il était naturel qu'il restât dans « l'esprit de Sa Majesté des doutes à son égard. « Ce sont probablement ces doutes qui ont donné « lieu aux mesures prises envers M. Fauche-Borel.
« Il est certainement à regretter que le minis- « tère de Sa Majesté ait omis, monsieur le Comte, «c de vous prévenir de ces mesures et du* motif « qui les déterminait; mais le gouvernement de « Sa Majesté prussienne comprendra facilement , « sans doute, que dans les circonstances et au « milieu des agitations qui ont accompagné le « séjour du Roi à Gand , la marche des affaires « ait pu perdre quelque chose de sa régularité , « et que le ministère n'ait point mis , dans sa « communication avec la légation prussienne / le « soin que, dans une situation plus tranquille, il ce est et sera toujours empressé d'y apporter.
« J'ai l'honneur d'être, monsieur le Comte, etc.
Signé, le prince de TALLEYRAND.
Fauche s est montré habituellement dévoué au Roi : voilà la part que me devait le diplomate ;
DE FÀUCHE-BOREL. 377
mais sa conduite peut paraître équivoque : voilà la part: qu'il devait au ministre de son souverain , à son souverain lui-même , qui ne doit point errer même dans la personne de son ministre. Ceci est dans Tordre des cours ; iL n'est pas d'usage qu'un roi ait tort vis-à-vis d'un rôison égal, et moins encore qu'un sujet puisse lutter contre un monarque.
Si, en pareil cas T il est dans les convenances que le faible soit immolé à la justification du puissant, j'ai ici des grâces à rendre à M. de Talleyrand-Périgord, et je le dis avec sincérité. Oui, si pour excuser entièrement la conduite du ministre du Roi à Gand , il avait voulu laisser planer des soupçons sur mou compte, rien ne lui était plus facile ; il n'avait qu'à se contenter d'adresser au ministre de Prusse sa lettre officielle que je viens de transcrire; au lieu de cela, il joint à cette lettre la note du ministre de la Police, et cette note où M. de Talleyrand a uniquement puisé ses renseignemens sur moi , comme il le déclare , porte que je n'ai pu pécher, contre la cause du Roi, que par un excès de zèle , et que Buonaparte na pas eu d'ennemi plus opiniâtre ; que fài été invariable dans mes opinions.
C'était dire en propres termes au ministre de Prusse : Je ne puis pas, en la réponse que je vous
transmets , donner tort au ministre de mon souverain ; mais à cette réponse je joins une note irrécusable de la police , qui , en proclamant l'innocence de Fauche , dépose contre l'injustice du traitement qu'on lui a fait éprouver.
Trop délicat sur les nuances pour en exiger davantage du ministre. du roi de France, et appréciant tout ce que la position de M. de Talleyrand comportait de pénible en pareil cas , M. le prince de Hardenberg, en me faisant passer la lettre de M. de Talleyrand et la note de la police , me fit l'honneur de m'écrire en ces termes :
Paris, 26 août i8i5.
« Monsieur ,
« 7e vous transmets la copie d'une lettre que « M. de Talleyrand vient d'adresser à M. le comte « de Goltz , en réponse à celle que ce ministre lui « avait écrite, relativement à votre arrestation. « Vous verrez , Monsieur , que la cour de France a rend parfaite justice à la loyauté de vos senti" « mens , et que' ce n'est qu'à un malentendu que « vous devez attribuer les désagrémens que vous « avez éprouvés.
« Recevez , Monsieur, à cette occasion , l'assu- « rance de ma considération parfaite ,
« Signé, le prince de HARDENBERG. »
Si , comme le marquait le prince , la cour de France rendait parfaite justice à la loyauté de mes sentimens ; si mon souverain et son ministre devaient être , diplomatiquement parlant , satisfaite d'une explication qui attribuait à un malentendu les désagrémens que j'avais éprouvés , devais-je et pouvais-je l'être de voir qu'une avanie qui avait été aussi publique , allait être assoupie dans le secret du cabinet?
Et le perfide et frauduleux post-scriptum de Gand était-il justifié? Non certes! L'odieux en restait à la charge de ses vrais auteurs. Or, rien n'était effacé ni réparé ; mais tout était pallié , grâce aux formes flexibles de la diplomatie. Toutefois, en réfléchissant que M. le prince de Hardenberg mettait à ma disposition , non seulement une lettre aussi positive que celle qu'il m'avait fait l'honneur de m'adresser, mais encore là lettre officielle du ministre Talleyrand , et la note si essentielle du ministre de la police générale, je jugeai que son intention ne pouvait être de m'imposer silence sur cette affaire , et que mon honneur était intéressé à faire un appel à l'opinion publique , à la première occasion. Si je différai , ce fut à cause de la gravité des circonstances politiques de l'époque. N'était-ce pas le cas d'étouffer ou de suspendre des ressentiment personnels,
38o MÉMOIRES
pour ne m'pccuper qu'à concourir , pour ma part, à mettre un terme aux calamités de la France?
L'anxiété , la crainte , les soupçons assiégeaient le gouvernement du Roi ; la position de la France était affreuse ; on commençait à s'apercevoir que, mettant la politique à la place de la générosité , les alliés voulaient user de tous les droits de la victoire. Paris présentait l'image d'une ville conquise. Des canons étaient braqués vis-à-vis du palais des Tuileries. Tout Français , de quelque parti qu'il fût, versa des larmes amères à l'aspect de cette humiliation cruelle. La partie de la nation qui n'avait participé ni à l'explosion , ni aux excès des cent jours, allait en supporter le châtiment , et partager la honte que tous les momens, tous les objets devaient accroître.
Quinze jours après l'entrée de Louis XVIII dans sa capitale, la majorité de la France ne reconnaissait plus que son Roi; mais le passage d'un gouvernement usurpé à un gouvernement légitime fut accompagné de convulsions violentes, surtout dans le Midi, où tout se fait moins par calcul et par réflexion que par sentiment et par enthousiasme. D'un autre côté , le parti vaincu montrait toujours la même exaspération et la même audace; et cherchant un point de rallie-
ment, il croyait l'avoir trouvé dans l'année de la Loire : il lui fallait toujours un chef, et des vœux impies rappelaient encore Napoléon. Hors d'état, après son abdication, de renouveler la lutte, il se crut libre; et, arrivé à Rochefort, tout moyen de gagner la haute mer lui fut ravi. Cet homme quij le 17 juin, inspirait encore tant de terreur, se mettait, le 17 juillet, sous la protection d'une puissance qu'il n'avait cessé , pendant tout le cours de sa vie publique, d'attaquer et d'insulter. C'est ainsi que , sous le refuge du pavillon blanc , il termina à bord d'un vaisseau anglais sa fatale évasion de l'île d'Elbe, L'Europe demandait aux solitudes de l'Océan un dépositaire plus fidèle; Sainte-Hélène fut choisie. Telle fut la dernière scène de la vie politique de Napoléon. Ne pouvant plus soutenir le poids de son rôle, il s'était éclipsé, laissant encore une fois Louis X"VHI légataire universel des maux qu'il avait attirés sur 1^ France.
Les puissances ayant notifié qu'elles étaient en état d'hostilité contre l'armée de la Loire , un acte de l'autorité royale déclara que cette armée serait réorganisée, et licencia tous les autres corps levés depuis le 20 mars.
Cependant tous les esprits étaient pénétrés de l'idée que le trône avait été renversé par une
38a MÉMOIRES . . »
grande conspiration , et toute la France royaliste en demandait justice à grands cris. Le Roi, qui avait repris les rênes du gouvernement en pré» sence des souverains et de toutes les armées de l'Europe, reconnut que le châtiment des coupables ne pouvait plus être différé , et qu'il n'apparvenait qu'à lui de les désigner. Son âme , supérieure à la vengeance, réduisit à un petit nombre les prévenus que les lois devaient pour» suivre , ou que l'exil devait atteindre.
C'est ainsi que la reddition de Buonaparte, l'ordonnance du a4 juillet , l'arrestation du maréchal Ney et du colonel Labédoyère , la soumission de l'armée de la Loire , son licenciement et le désarmement des fédérés, marquèrent le rétablissement de l'autorité royale. Mais un parti au désespoir agitait et troublait encore la nation, de sorte que le gouvernement du Roi se trouvait placé entre les dangers du dehors et les mécontens de l'intérieur. Les plus zélés serviteurs de la couronne lui cherchaient des conseils et des appuis parmi les hommes éclairés par l'expérience, et qui avaient l'habitude de la révolution. M. le duc d'Havre se mit de nouveau en rapport avec Barras, qui était rentré à Paris peu de temps avant la bataille de Waterloo. Tout ce qui me reste à dire encore sur ce personnage s'explique
DE FÀUCHE-BOREL. 3M
naturellement par la haine profonde dont il était animé contre Napoléon , sa famille et ses adhérens. Tel fut le vrai mobile qui le porta, avant* et après le ao mars, à vouloir servir les Bour* bons. Avant même que le Roi eût fait sa seconde rentrée dans Paris, il avait fait passer à Sa Majesté, soit à Arnouville, soit à Saint-Denis, par l'intermédiaire de M. Tropez de Guérin, plusieurs Mémoires, notes et observations politique* sur les circonstances du moment , et qui furent mis sous les yeux du Roi. Consulté ensuite par Sa Majesté sur les moyens qui seraient les plus convenables pour parer à la crise, il fut d'avis d'appliquer la peine du talion aux fauteurs du 20 mars , afin d'indemniser les puissances , et d'épargner à la nation les frais de la guerre.
Il est assez remarquable que Blucher donna le même conseil de faire payer les frais de la guerre à tous les personnages qui s'étaient enrichis par là révolution, et qui se trouvaient à la tête des affaires sous Buonaparte, ne trouvant pas juste d'en faire peser tout le poids sur le peuple. Il disait avec son accent germanique, et je l'ai entendu moi-même : m Puisqu'on veut rétablir les « Bourbons, il faut les mettre à l'aise, et ne pas « leur laisser des embarras dont ils ne pourraient « se tirer qu'en imposant la nation d'une manière
«onéreuse; et je ferais payer les frais de Ja guerre « à cent b..... »
Barras continua de donner des notes. Pour qu'on ait une idée de la nature de ses conseils , et en même temps de la nature de ses rapports avec la couronne , je vais transcrire ici sa note du 3o septembre 1 8 1 5 , remise à M. le duc d'Havre pour être placée sous les yeux du Roi. C'était au moment du changement de ministère qui amenait le duc de Richelieu à la présidence du conseil.
« Sire,
« Il y a près d'une année que , par ordre exprès « de Votre Majesté, j'avais prévenu M. de Blacas « des malheurs qui affligèrent Votre Majesté , et « déchirèrent cruellement la patrie.
« Je ne parlerai pas aujourd'hui aussi positive- « ment ; je me permettrai seulement quelques « observations qui méritent peut-être quelque « attention de Votre Majesté.
« On répand que le gouvernement anglais ayant « blâmé sa légation à Paris d'avoir négligé de sou- « tenir les ministres, et laissé prendre dans le « nouveau ministère une influence à l'empereur « Alexandre, elle a, de concert avec Wellington ,
« résolu de faire paraître un écrit justificatif et « un pamplet peu mesuré.
« On se dit pourquoi , dans le conseil des alliés, « des propositions inconsidérées sur le gouvernece ment français ont été faites, et pourquoi cette « tendance à protéger les plus féroces partisans « de Buonaparte ; pourquoi un ministre fameux « sous cet usurpateur disait pour tranquilliser « tout le monde : Nous le tuerons.
« J'ai cru devoir accepter deux conférences « avec un membre du conseil du rôi de Prusse \ « On a mis en avant les idées libérales de ce gou- « vernement , qui marchait actuellement sans li- « sières; les craintes que la maison de Bourbon «ne pwsse régner en paix, si celle d'Orléans « (dont on n'a pas une haute opinion) avait de « l'influence; si enfin le fils de Napoléon réunis- « sait un grand assentiment chez les Français ; « qu'il avait pour lui les hommes compromis, et « peut-être des appuis respectables. Je me suis à « peu près assuré que les circonstances détermi- « neront la conduite ultérieure de certains alliés; « des regrets sur le passé , des espérances sur « l'avenir, et toujours une tournure propre à je-
1 M. de Beguelin, secrétaire intime du prince de Hardenberg, que je mis moi-même en rapport avec M. le général Barras.