‹ MémoiresChapitre 30 sur 47 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

4o* MÉMOIRES

Buonaparte, qui vqus dictait vos lettres et vos réponses.

Veyrat n'a pas été gorgé d'or par vous; c'est vous qui tous les jours demandiez de l'argent à Veyrat, qui en receviez de la police de Dubois, , et de la police de Fouché et de Savary.

Le comité royal , pour lequel vous dites vous être ruiné , n'a jamais existé. C'est une invention de votre perfidie pour mieux servir Buonaparte , et tirer de l'argent de l'Angleterre»

Moii Ae veu , qui vous a été adressé à l'occasion de ce comité, fut circonvenu, trahi) livré, fusillé par vous , et vous avez touché le prix de son sang !

Voilà ce que je pouvais répondre à Perlet.

Il n'appartenait qu'à l'autorité de connaître de l'étendue de la trahison et des crimes de Perlet envers le gouvernement royal, lorsque Perlet était à la solde de la police de Buonaparte; niais Perlet dans quatre Mémoires, tous quatre entièrement écrits de sa main et "signés de lui , ainsi que dans un imprimé daté du aa février 1816, et également signé de lui , ayant fait circuler dans le public, contre moi, des calomnies si monstrueuses, qu'elles tendaient à u)e faire perdre l'estime de Louis XYIII , et peut-être attirer sur moi la défaveur de mes concitoyens et la haine dçs Français; Perlet enfin, par une escroquerie

DE FAUCHE -BOftEL. 4o3

marquée au coin de la scélératesse, m'ayant soutiré des sommes énormes " , sous le chimérique espoir d'arracher à la prison et à la mort CharlestSamuel Vitel, mon neveu, qu'il fit mettre en prison lui-même, et que lui-même conduisit à la mort; j'usai de tous les moyens que la loi mettait en mon pouvoir pour obtenir une réparation éclatante de sa diffamation, et là restitution des sommes qu'il m'avait extorquées; je saisis les tribunaux de cette affaire, et j'appelai Charles Perlet, ancien journaliste, en police correctionnelle.

En même temps je publiai contre lui un Mémoire signé par M. Lombard de Langres, avocat.

«Les mains encore fumantes de sang; disais-je «à Perlet, tu cries au Dieu de vérité : Punis v « moi, mon Dieu, si je suis coupable]

«Sois exaucé, Perlet, c'est aujourd'hui que « ton supplice commence ; tes écrits sont ton « arrêt, leur publicité fera ton infamie.

« Te démasquer ne sera pas le moindre de mes « services à Louis XVIII; c'est arracher le dard à « la vipère, qui plus d'une fois s'est dressée dans « l'ombre pour le piquer. »

Quand je publiai mon Mémoire contre Perlet,

1 Outre les six cents louis destinés à procurer la liberté de mon neveu.

je me tins pour assuré que j'allais me heurter contre trois sortes de puissances :

Les fidèles de Buonaparte , pour qui c'est un crime irrémissible que d'avoir participé au renversement de l'idole;

Les partisans de M. de Blacas et de M. de La Maisonfort aux Tuileries, dont le nombre, il est vrai, diminue chaque jour ;

Et les hommes qui ne me pardonnaient pas d'avoir conquis aux Bourbons, Pichegru, Moreau, Berthier et Barras.

Je me savais donc en butte à la haine des premiers, à la malveillance et à la morgue intéressée des seconds, et aux ressentimens de ceux-ci.

Il ne me restait qu'un moyen de salut; c'était de saisir le misérable, de le traîner devant les tribunaux, et, le glaive de la justice levé sur sa tête impie, de lui arracher l'aveu dé son crime et de mon innocence:

Mais pour en venir là, il me fallait parler de moi, prononcer le nom de Perlet, proférer celui du Roi, et mettre au jour des pièces comme tombées du ciel en mes mains pour foudroyer le coupable.

Le succès passa mon espérance.

Perlet fut traduit par moi au tribunal de première instance du département de la Seine, séant

au Palais de Justice à Paris, sixième chambre jugeant en police correctionnelle. Par un jugement préparatoire du 10 mai 1816, le tribunal ordonna l'audition du sieur Veyrat , et le dépôt . au greffe de plusieurs pièces. Cette cause faisait déjà grand bruit, et les journaux s'en étaient emparés. « M.Fauche-Borël, avait dit l'un d'eux ', « M. Fauche, «si connu par les services qu'il a « rendus à la cause du Roi, vient de comipencer « contre le sieur Perlet, ancien journaliste, des «poursuites judiciaires qui jetteront un grand « jour sur les moyens que la police de Buona- « parte employait pour faire tomber dans ses « pièges les hommes les plus estimables et les « personnages les plus illustres.

a M. Fauche établit dans son Mémoire que le « sieur Perlet, feignant de concourir au rétablissement de la maison de Bourbon, a entretenu « avec les ministres du Roi , pendant plusieurs «années, une correspondance qu'il soumettait «préalablement à Buonaparte, et. que Buona- « parte dicta souvent lui-même.

«Tout était combiné, dans cette perfide corres^ « pondance, de manière à attirer en France les « royalistes les plus dévoués afin de les livrer à

' Journal des Campagnes et des Villes, numéro du 17 avriU

koS MÉMOIRES

« leurs bourreaux; Ce fut dans cet horrible espoir « qu'on voulut même y faire venir un prince de a la maison royale» Ce n'était pas assez pour « P usurpateur, que d'avoir, par le phis odieux « assassinat^ rendu inévitable l'extinction de l'ii- « lustre maison de Gondé , il lui fallait une autre « Victime du sang de nos rois.

« Perlet, qui écrivait sous la dictée de Buona- « parte jaux agens de Louis XVIII , leur fit croire « long-temps qu'il existait à Paris un comité royal « composé d'hommes très marquons , qui n'at- « tendaient pour se déclarer en faveur du roi «'légitime que la présence d'un grand personc nage; enfin , il ne s'agissait de rien moins que « de faire tomber dans un infâme guet-à-pens un « fils de France, et le Roi lui-même!

«Cette odieuse trame a continué jusqu'en « i8i4> et les agens de Buonaparte la suivaient « encore la veille de sa chute! Lorsque cette « chute fut assurée , ils firent tout pour ensevelir « dans l'ombre d'aussi horribles forfaits ; mais si « l'on pouvait douter de la justice divine 9 quelle « preuve en serait plus convaincante que la « découverte presque miraculeuse de la oorres- « pondance qui établit tous ces faits ? Cette cor- « respondance a duré plus de dix ans.... M. Fauche « appuie toutes ses assertions par des reçus et

« par des lettres de la main de Perlet lui-même; « il annonce que les originaux de ces pièces sont a déposés chez le notaire Damaison dont il in- <r diquè l'adresse ; enfin tous les faits sont établis « d'une manière si péretnptoire, que nous ne «voyons pas qu'il y ait pour son adversaire « d'autre moyen de défense que de nier son écri- « ture; et encore M. Fauche a prévu qu'il pour- « rait avoir recours à cette dénégation , et c'est « pour lui ôter ce dernier moyen qu'il a joint à « son Mémoire le fac-similé d'un reçu que Perlet «fit au préfet de police, le 10 octobre 1806, « pour une indemnité de quinze cents franco. « Ceux qui connaissent son écriture seront ainsi « à même d'examiner et de vérifier.

« Il doit résulter de cette procédure extraordi- « naire, que M. Fauche est un calomniateur bien « audacieux , ou que Perlet est un des monstf es « les plus horribles qui aient déshonoré rhume- « nité. »

Le tribunal, présidé par M. Chrétien de Poli, se réunit le 17 mai, à une heure, en présence d'un auditoire nombreux, dans la salle des audiences de la cour prévotale. Perlet était placé sur un tabouret au-dessous du banc des juges; sa figure était très animée. « La sérénité de M. Fauche- « Borel, dit le lendemain le Mémorial, en rendant

4o3 MÉMOIRES

« compte de l'audience , ne nous a point paru « troublée. »

On donna lecture des plaintes des parties en présence des témoins Veyrat , le maréchal-decamp Desnoyers, et le général Danican. Les témoins s'étant retirés, M. le président, Chrétien de Poli , fit prêter interrogatoire à Perlet. Il parut accablé par la lecture successive des pièces.

Le président m'interrogea ensuite sur l'accusation de calomnie intentée contre moi par Perlet. Je me bornai à répéter les faits contenus dans, mon Mémoire, et j'ajoutai : « Lors de mon pre-. « mier voyage à Paris, je dis à Perlet, chez qui je « logeais : Je connaîtrai l'assassin de mon neveu; « fût-il au fond des enfers, j'en tirerai vengeance. « C'est pour se soustraire à cette vengeance que « Perlet a cherché à me perdre. »

Le président. « Avez-vous la preuve que le cote mité royal n'existait pas ?

« R. J'ai la preuve qu'il était composé de Buo- . « naparte, de Fouché, de Veyrat, de Dubois et « consorts.... »

M. Berryer père, mon avocat, pria le tribunal de vouloir bien interpeller le sieur Perlet de. donner la clef de certains noms contenus dans la correspondance. « Quel est Fiçtra?

«/?. Louis XVIII.

« D. «fiourlac ? •

« B. Moi , répond Perlet.

« D. Gigoux ? — R . Moi.

« D. Charles ? — R. Moi.

« D. Frantz ? — R. Moi.

« B. Maradan? — R. Je ne m'en souviens plus.

« B. C'est un nom fort important; vous devez « vous le rappeler. »

Après avoir long-temps cherché dans sa mémoire, Perlet consulta son dossier et nomma Fouché.

Me. Berryer. <c Nous sommes d'accord. Je de- « manderai encore à M. Perlet, aujourd'hui que « c'est un titre d'honneur d'avoir servi la cause « royale , de nous dire quels étaient les membres « de son comité royal.

«Je l'ai dit au Roi à Londres, répond Perlet; « je ne le dirai qu'à lui seul; cela est de la plus « haute importance. »,

Le président insiste. « Non , reprend Perlet, j'ai « donné tous les renseignemens nécessaires à mon « défenseur; je ne veux rien ajouter. »

Me Berryer, s'adressant au témoin Veyrat : « Avez-vous connaissance d'ordres donnés par « Buonaparte à Perlet pour le voyage de Londres?

« R. J'en ai une parfaite connaissance : il y fut « envoyé par le ministre j qui lui donna pour cela

4io MÉMOIRES

« cinq ou six mille francs. Il n'en était pas con- «tent, à raison des risqués qu'il Courait. À son « retour à Paris, il se séquestra; il ne voulait voir « personne, pas même sa femme. Le rapport fut « remis à M. Desmarets ; une copie a été trans- « mise à la préfecture de police. »

M* Berryer, à Veyrat : « Vous avez eu sous les « yeux toute la correspondance de Fauchte-Bore! ; « je vous demande de déclarer si, dans cette cor- « respondance , vous n'avez rien observé qui ait « signalé une déviation de ses devoirs sacrés? »

Veyrat, * Tatteste que je ne puis donner que

«des éloges à son zèle et à son dévoûment con- « stant pour la cause royale. Ce que je dis ne « pourrait pas paraître suspect, si le carton qui « concerne cette affaire était mis sous les jeux. « des magistrats. » Veyrat observe qu'il avait invité M. Pasquier , alors préfet de police , à faire inventaire des pièces contenues dans le carton qu'il lui apportait d'après ses ordres ; mais que M. Pasquier répondit que cet inventaire était inutile.

Perlet reconnut avoir reçu de Londres huit à neuf mille livres sterling.

Pendant cette longue déposition , l'indignation du public se manifesta plusieurs fois par de violentes rumeurs contre Perlet....

DE FMJCME-BOREL. 41 x

Je venais de lui arracher le masque. Les Aé* positions, les interrogatoires, et la confronta-' tion des parties entre elles et avec les témoins , avaient jeté le plus grand jour syr cette affaire. Il n'existait plus de doute sur tous les faits à la charge de Perlet. Confondu, balbutiant, et forcé de rétracter ses dénégations; il chercha des moyens d'excuse dans des allégations telles, que M. le président lui fit observer qu'elles ne faisaient pas honneur à sa délicatesse.... <* Je le sais « bien , » répondit Perlet en soupirant.

Le président déclara les débats terminés, et continua l'affaire au lendemain pour entendre les avocats. *

Le lendemain, tous les journaux rendirent un compte plus ou moins détaillé de ces débats. « Le « général Danican et Veyrat ,*dlt le Mémorial, « ont rendu un éclatant témoignage à la probité « de Fauche-Borel et «à son dévoûment polir le a Roi. Veyrat a déclaré que lui Veyrat avait servi. « de bonne foi la cause impériale avant Fabdica- «tion de l'usurpateur; qu'il avait accordé une «place d'espion à Perlet sur sa demande; que « jamais il ne s'était entendu avec lui pour servir « la cause royale; que Perlet n'avait point servi cr cette causes qu'il avait, au contraire, rempli « avec zèle sa place d'espion de Buonaparte ; que

4i2 MÉMOIRES

« c'était pour s'en rendre digne, et tirer de l'arec gent des. deux côtés, qu'il avait imaginé son «comité royal, qui n'existait pas, et tous les « contes bleus qu'il avait faits à Fauche-Borel ; et <c que ce dernier n'avait été signalé à la police de « Buonaparte que comme un serviteur zélé et «courageux des Bourbons. L'auditoire n'a pu « retenir un mouvement d'approbation en écou- « tant cette dernière partie de la déposition de « Vey rat. »

Un autre journal ■ s'était attaché à donner une idée de la nature de ces débats. « Les débats de « cette affaire, dit-il, présentent un tableau hi- « deux de la perversité humaine. Un homme met « sa conscience à prix pour faire tomber dans les « mains du tyran qui opprimait la France , son « Roi, sa famille ,'lmirs agens. Sous le masque de « la royauté, il se rend auprès de son souverain, « cherche à gagner sa confiance pour la trahir; il « reçoit des sommes considérables pour» servir la ce plus juste des causes; il les emploie à ses pro- « près besoins. D'un autre côté , il se vend à la « police de Buonaparte pour en retirer un vil sa- « laire ; il fait venir de Londres un malheureux « jeune homme qui se dévoue à la cause de son « maître , pour le livrer à la mort. ♦

' Le fidèle Ami du Roi.

DE FÀUCHE-BOREL. 41 3

c< A force de forfaits; il gagne de l'argent.

« Le sieur. Fauçhe-fiorel a cru qu'il importait à « son honneur de lever le masque de Perlet, qu'on « a vu, depuis la première entrée de Sa Majesté, « faire antichambre chez les grands de la cour, « demander la récompense de sa fidélité au prince, « de ses: services sig&alés, faire et défaire les ré- « putations, et présenter avec perfidie des projets « de haute police contre les scélérats qui travail- « laient au retour d'un despote sanguinaire dont << il avait été l'un des agens secrets les plus actifs.

u II est donc révélé ce çecret plein d horreur. »

Ce jour-là. même, on se porta en foule à l'audience. On voulait voir si Perlet, accablé la veille par les dépositions des témoins et par ses propres écrits , aurait encore l'audace de braver le mépris et l'indignation publique , ou s'il opposerait enfin à son adversaire ces puissans moyens de défense qu'il annonçait depuis si long-temps, et qu'il ne produisait jamais. L'attente du public fut trompée ; Perlet ne parut point ; son conseil même était absent. Cette désertion acheva de fixer l'opinion publique, et quel que dût être le jugement du tribunal, Perlet n'était déjà plus, aux yeux de tous ceux qui avaient suivi cette

4k4 MÉMOIRES

affaire, qu'un des plus vils àgens du plus fourbe et du plus sanguinaire des despotes.

Là parole ayant été donnée à Me Berryer, mon avocat : « Messieurs f dit-il après la lecture de ses # conclusions, si le sieur Fauche-Borel n'avait pas « été victime des délations sourdes de Pertet; s'il « n'avait gas vu succéder, à 4a considération que « lui avait acquise vingt ans de services et un «dévoûment sans bornes, les préventions les « plus outrageante^, le blâme et la réprobation; « si, au lieu d'obtenir les récompenses auxquelles « il avait droit de prétendre, il n'eût été chargé « de fers et plongé dans des cachots, au moment « où il était porteur de dépêches augustes et con- «solantès, il n'aurait pas recherché les causes « secrètes de cette animadversion ; il n'aurait pas « employé tant de soins à recueillir tous les docu- « mens d'une trame odieuse , encore moins à « poursuivre un homme que ses propres perfidies « ont conduit k sa perte. Mon client ne se dissi- « mule pas enfin ce que la majesté royale corner mande de circonspection respectueuse ; mais il « doit à sa famille, à ses concitoyens, à son Roi, « k lui-même, une justification solennelle. Il a été « forcé de rendre plainte ; il devait une satisfac- « tiou aux mânes de son infortuné neveu ; il de- « vait réclamer la restitution du prix cruellement

« détourné du sapg de pe neveu chéri. H fallait « de si puissantes considérations pour vaincre la « répugnance qu'a dû éprouver Fauche -Borel à « parler de lui devant les tribunaux et devant le «public.

«Je n'ai plus rien à dire sur Perlet; il est con- « vaincu par les débats* Nous avons déjà la preuve « des deftx çhefc de plainte dirigés contre Perlet, « F escroquerie et la calomnie : mais tout n'est pas a dit pour l'homme qui a servi la sainte cause du « Roi. La femme de César ne doit pas même être « soupçonnée. »

Ici mon avpcat s'attacha principalement à Caire connaître la personne et la conduite de son client, donnant lecture de 4ivers témoignages honorables dont j'étais porteur; et pénétrant ensuite dans l'historique dé la cause , il appuya chaque fait par des. pièces authentiques.

Lorsqu'il lut la lettre d'adieu de l'infortuné Vitel à sa famille , avant d'être fusillé , cette lettre, qui, souleva l'auditoire d'indignation contre Perlet (absent) r fit verser des larmes de regrets et de compassion sur la fin tragique d'un jeune homme si dévoué à la sainte cause pour laquelle il allait; verser son sang.

Passant ensuite au calcul des sommes reçues par Perlçt'pour prix dç la tête de Vitel : « Et par

*i& MÉMOIRES

« une rare audace, s'écria-t-il , le 3 avril, la veille v de la mort de Vitel, Perlet écrivait encore pour « la troisième fois à Fauche de déposer à Londres <t six cents louis pour sauver son neveu, six cents « louis qui avaient été, dès le mois de mars, ver- % ses aux mains du banquier par lui indiqué.... « Il a la dépouille de sa victime , et , ses mains « encore teintes de son sang , il reçoit de l'oncle te une somme considérable dont il ne pouvait te faire l'emploi promis , mais dont il détourne à « son profit la destination. Quels forfaits! quelle «perversité! »

Après avoir établi ainsi l'escroquerie, mon avocat donna une idée des dommages faits à la réputation et à la liberté de son client par les calomnies de Perlet. t

« Ce Perlet , dit-il , était parvenu à surprendre « la confiance d'un ministre du Roi. Et quels sont « les ministres les mieux intentionnés qui ne sont « pas trompés? Il avait dépeint M. Fauche comme te ayant servi Buonaparte ; il avait, même osé ce écrire cette affreuse calomnie dans des Mé- « moires manuscrits produits devant les membres te de la commission nommée par le Roi. Le «dirai-je? les avenues du château sont presque ((.interdites à mon client; ses justifications resce pectueuses adressées au Roi né parviennent

DE FÀUCHE-BOREL. 4i?

« pas. A Gand , il est arrêté; conduit dans les pri- « sons de Bruxelles, il n'en sort que par. l'inter- « cession de son souverain, le roi de Prusse, qui, « dans tous les temps, a rendu hommage à la « pureté de son dévoûment à la famille des Source bons.... M. le comte de Blacas a cru trop facile lement Perlet; il ne connaissait pas ses forfaits; «il le croyait attaché au Roi..., lui qui faisait « assassiner ses agens , et s'était vendu à Buona- « parte pour frapper même son légitime souve- « rain. M. de Blacas a été trompé.... C'est ce per- « fide et méchant Perlet , source immonde de la « calomnie et de la méchanceté ; c'est ce bas et vil « agent de toutes les polices de Buonaparte , cet « assassin salarié de l'abbé de Bassinet et du jeune « Vitel, qui a cherché à ternir la réputation du « ferme et infatigable royaliste qui a affronté tous « les dangers , soit auprès de Pichegru , soit auprès « de Moreau, pour coopérer à rendre aux Fran- « çais le meilleur et le plus tendre des pères.

« Je ne veux pas , ajouta M° Berry er, qu'il reste « dans L'esprit de qui que ce spit le moindre « soupçon sur cette imputation faite à Fauche , c< sortie de l'âme noire et prononcée par la bouche «de toute impureté de Perlet : Fauche a servi «Buonaparte.

« La lettre du ministre de la police générale ,

Page 1