TOME IV
« provoquée par les ministres de Si M. le roi de «Prusse, atteste qu'en tout temps Buonaparte «n'a jamais eu d'ennemi plus opiniâtre que «Fauche; qu'il est resté invariable dans ses « opinions.
* Fauche veut plus; il dégage -les ministres, en « ce qui le concerne, des obligations que corn» « mande le secret de leurs opérations. U les invite « à mettre sous les yeux du tribunal le carton du a voyage de Perlet k Londres, et leur correspond « dance ; puis ce livre où sont inscrits les noms <* de ceux qui se sont dévoués au service de la « police; enfin , le registre du salaire qu'ils recelaient Oui, Fauche - Borel , dans la vue
« d'aplanir tous obstacles à ces révélations , a « déclaré et déclare solennellement relever lesdits « dépositaires de tous empéchetaens qu'ils pour- « raient admettre par scrupule dans ces révéla- « tioos * les déliant d'avance de l'obligation du « secret qu'ils croiraient lui devoir, comme k un «agent confidentiel. -.Que Ton rapporte donc ces «registres et ce fameux carton d'espionnage. Ce « tiW point ici une forfanterie : il existe, ce car- «ton; il a été mis k la disposition de 3ML le baron « Pasquier, alors préfet de police , successeur de « Dubois, et aujourd'hui ministre d'État. Ce « cartoi> est , ou dans les mains de M, Pasquier,
« ou dans celles de la police ; qu'on le rapporte , « ce carton, et qu'on juge d'après lés documens « secrets qui y sont rassemblés. La déclaration de «AL Pasquier, investi de la confiance du Roi, « serait ici d'un grand poids!.... »
Oui, m'écriai- je moi-même, en présencç de mes juges , oui , c'est dans ce carton que Sa Majesté trouvera les choses et les hommes, les bons et les mauvais , la franchise et l'hypocrisie !....
« Ce carton , si on pouvait le représenter, ajouta «mon avocat, l'on jugerait alors encore mieux « de l'atroce accusation de Perlet, qui n'a imaginé « cette infernale inculpation que par esprit de «récrimination.
« Veyrat a tout su. Vous l'avez entendu , mes- « sieurs, il a donné des pièces qui prouvent 1$ « scélératesse de Perlet , plutôt encore pour sa « propre justification de l'assassinat de Vitel que « lui imputait Perlet, que dans l'intérêt direct de «Fauche. Eh! ces pièces que Perlet croyait sup- « primées forment une massé dé lumières dont « Perlet a craint le moindre rayon.
« Fauche s'est trouvé entré des écueils : votre «impassible justice, magistrats, va le conduire « au port. »
Tel fut? le plaidoyer de mon avdcat, qui, pendant trois heures, occupa et soutint l'attention d'un nombreux auditoire.
M. le président appelle en vain Perlet et son défenseur : on cherche, on demande Perlet, il ne parait pas, il ne répond pas; son défenseur garde le même silence. L'audience est levée, et la cause continuée au vendredi suivant, 24 ma*-
Après avoir rendu compte de cette audience remarquable , le Journal général de France ' s'exprima en ces termes : «Tels sont les faits exposés ce par Me Berryer à l'audience d'aujourd'hui ; ces « faits , appuyés de pièces justificatives , sont de « nature à mettre dans le plus beau jour le caractère et la conduite du sieur Fauche-Borel. <r II attend le jugement du tribunal pour dissiper « les funestes préventions conçues par M, de « Blacas , et communiquées par lui à Sa Majesté. « M. Riffé , substitut tle M. le procureur du Roi , « portera la parole vendredi prochain* »
J'étais plein de sécurité; ma cause était gagnée devant l'opinion publique. L'intégrité de mes juges, et celle du substitut du procureur du Roi, m'était connue; j'étais loin de penser que mes ennemis chercheraient à influencer, par d'insidieux prétextes, l'organe de la loi; afin que le triomphe de la vérité, ne fut pas pour moi sans mélange.
Je savais bien que, par l'effet des mêmes pré-
1 Du 19 mai 1816.
ventions qui animaient M. de Blacas contre moi , M. le chancelier de France ne m'était pas favorable; mais je savais aussi que des préventions ne pouvaient avoir sur une question de fait et d'équité, et sur une question judiciaire, aucune prise, ni altérer en rien l'intégrité reconnue des chefs de la justice et des juges* Aussi , mes ennemis , attentifs à ce qui se passait alors , et redoutant mon triomphe complet autant que leur propre condamnation, entreprirent-ils de modifier uniquement dans un sens moral et politique l'opinion du magistrat qui, dans mon affaire, était appelé à être l'organe de la loi , voulant le porter ainsi à lancer contre moi une censure publique , une sorte d'anathème , sous prétexte qu'en suscitant ce procès j'avais compromis la dignité royale. Le fait est qu'avant l'audience, M. le marquis de Lamoignoh fut envoyé à M. le substitut du procureur du Roi; qu'il passa plus d'une heure dans son cabinet; et que ce fut au sortir de cette conférence mystérieuse que ce magistrat , imbu de la raison d'État , vint armé de ses foudres pour tonner contre le vainqueur dans cette lutte judiciaire.
Nous touchions au dénoûrnent de ce drame épouvantable : l'audience du il\ mai s'ouvrit en présence d'un public nombreux.
4 a* MÉMOIRES
L'orateur de la loi allait parler ; mais ce à quoi je ne me fosse attendu jamais, c'est à son improbation. En effet, rien de moins en harmonie avec ses conclusions que sa conduite durant l'instruction du procès.
A l'entendre presser mon adversaire de questions , à la manière dont il avait forcé le coupable de restituer la vérité à la justice , on eût dit que M. le substitut du procureur du Roi était plus jaloux que moi de voir jaillir mon innocence du sein des 'débats , pour la proclamer ensuite luimême et ne rien laisser à désirer dans mon triomphe. Dans cette étrange affaire, d'ailleurs , on avait vu les magistrats épouvantés, sur leurs sièges,' de la noirceur d'un Perlet, soulevés en ma faveur par la franchise de mon dévoument ; on les avait vus se dépouiller involontairement de leur impassibilité accoutumée pour s'identifier avec moi, et jusque dans le sanctuaire de la justice l'auditoire m'applaudir en battant des mains.
Au jour décisif, il n'en fut pas de même de M. le substitut du procureur du Roi , prenant la parole : « Une union exorbitante de noms, dit-il, « qui ne devaient jamais être rapprochés, a dû, « dans ce procès , exciter votre indignation ; ce « qu'il y a de plus noble et de plus auguste s'est « trouvé en contact, par la parole, avec ce qu'il y
« a de plus vil et de plus dégradé : le non» du Roi a a été proféré avec celui de Perlet Qui Fa osé? aie sieur Fauche-Borel ; et, dans le devoir de « notre ministère , nous sommes obligé de lui en « adresser publiquement le reproche. »
loi je vais puiser, dans la réponse «pie j'adressai peu de jours, après à M. Riffé, substitut de M. le procureur du Roi, réponse que je fis imprimer et publier; je vais puiser, dift-je, la réfutation des passages de ses conclusions gui me concernent. Commençons par le premier paragraphe , que je viens de rapporter.
Eh quoi ! pour arracher un homme à la honte , à l'infamie, au supplice peut-être > il devient indispensable à cet homme de raconter un fait qui s'est passé entre deux personnages ; et cet homme ne pourra pas raconter ce fait, il faudra qu'il subisse la honte, l'infamie et le supplice > parce qu'il n'est pas convenable qu'il prononce - ens#nble les deux noms des deux personnages auxquels se rattache ce fait! Et pourquoi cela n'est-il pas dans les convenances ? parce que l'un de ces personnages est auguste et que l'autre est un scélérat.
Étrange renversement des idées et des choses ! Depuis quand un nom vénéré est-il souillé par le contact d'un nom exécré? L'Écriture ne nous
présentent-aile pas réunis, à chaque page, et le nom du prince des ténèbres, et le nom de celui qui fit là lumière ? Chaque jour le chrétien ne demande-t-il pas à Dieu de le préserver des pièges du démon r sans qu'il vienne en la pensée de lui imputer ce rapprochement à irrévérence? Quand le plus chéri des rois mourut assassiné, à quelque exécration qu'on vouât le monstre, fut-il interdit, en nommant . la victime , de nommer aussi le bourreau ? N'a-t-bn^ pas dit alors : Ravaillac vient d'assassiner Henri? ne dît-on pas encore aujourd'hui : Henri IF fut assassiné par Ravaillac? J'ai donc pu dire, sans profanation, Perlet a trahi Louis XVm , Louis XVIII a failli d'être assassiné par Perlet ; et j'ai pu le dire avec d'autant plus de confiance que ce n'est pas moi , chose bien remarquable, qui ai donné Perlet à Sa Majesté, mais que c'est Sa Majesté qui m'a donné Perlet pour suivre une correspondance déjà entamée dans l'intérêt de la restauration , et qu'il n'est pas dans ma puissance; de faire que ce qui a été ne soit pas.
Poursuivons , et laissons parler le substitut de M. le procureur du Roi :
a Quel que soit le besoin de se disculper, dit-il, «qu'éprouvait Fauche -Borel, une idée devait « l'arrêter dans le choix et dans l'emploi de ses
a moyens : la crainte de prononcer, hors de sa « véritable place , un nom sacré ; ce n'ora devait « lui fermer la bouche.
« Lui qui se vante , et certes , s'ils sont réels, ils « sont bien beaux ; lui qui se vante de tant de « sacrifices pour la causes du Roi , ne pouvait-il « pas faire encore à cette cause l'hommage des « peines qu'il éprouvait , et du mécontentement « qu'il croyait que des calomnies avaient excité « contre lui dans le- cœur de Sa Majesté ?
« Comment osa-t-il rendre confident de son « chagrin le public de la capitale , la France tout «entière? ne devait-il pas le garder dans l'inti- « mité de son âme ?
« Il parlerait en vain de la tache* qu'avait im- « primée sur lui les écrits de Perlet , nous lui de- « mandons si le déshonneur peut être le résultat « de la dénonciation d'un Perlet , et si les ailéce gâtions d'un tel homme sont d'un poids assez « grand, dans la balance .de l'opinion, pour dé- « truire la réputation de celui qui se vante d'avoir « été honoré d'une grande confiance ? »
Je ne laisserai pas passer, d'abord , cette phrase trop remarquable et trop remarquée : Lui qui se vante y a dit M. le substitut , lui qui se vante de tant de sacrifices; et certes, s'ils sont réels, ils sont bien beaux.
S'ils sont réels! Pourquoi cette incertitude
dans votre langage , quand elle n'est pas dans
votre esprit? Non, monsieur, non, vous ne doutez
pas de la réalité de ces sacrifices ; vous n'en avez
jamais douté, et cela parce que le Mémoire où je
les ai consignés porte avec lui le cachet de l'hou-
nête homme , le cachet de vérité qu'il n'est pas
donné au mensonge de. s'approprier. Vous n'en
avez jamais douté , parce qu'en lisant ce Mémoire
vous vous êtes dit à vous-même : Celui qui avance
de telles choses à la face de l'Europe , à la face de
Louis, ne peut en imposer à Louis et à l'Europe;
mille bouches crieraient à l'imposture. Voilà ce
que vous vous êtes dit. Me trompé-rje ?
«Tant de services rendus pouvaient - ils être
« effacés sur les allégations d'un Perlet? les ca-
« lomnies d'un Perlet pouvaient-elles déshonorer
« Fauche-Borel ? »
Chacun s'est demandé, monsieur, et j'ose vous demander à mon tour, si c'est bien sérieusement que vous vous êtes fait à vous-même une semblable question ?
La preuve que ces calomnies ont porté, c'est qu'elles étaient à peine lancées qu'il m'a été crié de toute part : Justifie -toi! c'est que le cœur. du. Roi m'a été fermé ; c'est que , malgré mon entière
justification , rien ne m'a. encore prouvé qu'il me fut ouvert de nouveau.
Et il me fallait mépriser les accusations d'un Perlet , et ne pas lui répondre ! Sftl est prouvé qu'en me calomniant Perlet pouvait me perdre d'honneur, il ne s'agit plus que de savoir si je devais au Roi le sacrifice de cet honneur; selon vous, il était de mon devoir de renfermer mes chagrins dans mon âme, de traîner ma flétrissure, et de laisser dormir mon honneur.
Mais est-il bien à vous , est-il bien à moi cet honneur dont vous me recommandiez le sacrifice? Vous êtes magistrat, vous êtes Français, monsieur : qu'un imposteur public , sur les toits , crie à vos pairs que vous êtes un juge prévaricateur, un juge qui vendez la justice ; dites , repousserez-vous la calomnie ? ou , gardant le silence , vpus verra-t-on chasser de votre siège , et léguer à vos enfans la honte pour héritage ?
Non, jamais; point de pacte avec l'infamie.' Tout pour son Roi , tout pour lui : son bien , ses sueurs, son sang , sa vie, celle de ses enfans , tout, vous tfis-je, tout, fors l'honneur.
Un roi qui exigerait de son sujet un sacrifice au-dessus de l'humanité , ne serait plus roi.
Ce n'est pas tout , je -poursuis. Dans un magistrat remplissant ses fonctions , la moindre
parole n'est pas indifférente ; comme il est l'organe de la loi, il devient pour le public l'organe de la vérité. Il doit régner dès-lors dans tout son langage une rigoureuse circonspection , et cependant M. le substitut, en parlant d'une des circonstances les plus graves de ma cause, loin de se piquer d'exactitude, n'a pas craint de faire planer le soupçon sur ma tête.
J'avais imprimé ,. j'avais dit, M. le substitut du procureur du Roi avait lu, avait entendu, que les pièces secrètes constatant le crime de mon adversaire m'avaient été remises par le fils de mon rapporteur, de l'ordre de son père; cependant, feignant d'ignorer un fait aussi simple, aussi facile à vérifier, M. le substitut, cessant de parler au tribunal pour m'adresser directement la parole , s'exprima en ces termes : « Vous avez « voulu vous justifier; mais, pour le faire, vous « avez commis l'indiscrétion la plus condamnable; « vous avez fait connaître des pièces qui devaient « rester secrètes ; vous vous êtes procuré , noms « ignorons comment, ce qui était en dépôt entre « les mains d'une commission. »
C'est parce que vous n'ignoriez pas, et que vous ne pouviez pas ignorer comment je m'étais procuré ces pièces , que ce doute affecté m'était préjudiciable; il m'était préjudiciable, en ce qu'il
donnait à entendre que ces écrits mystérieux n'avaient pu arriver jusqu'à moi; que par des voies détournées, des moyens peu délicats; tandis que leur transmission dans mes mains . n'avait rien eu que de simple, de naturel, de conforme peut-être aux décrets de l'éternelle Providence , qui, ramenant, à miracle, sur le trône de ses pères un roi longuement éprouvé, a voulu, dans sa. bonté, lui signaler en même temps un assassin caché, pour le préserver à l'avenir de toute embûche.
Vous le saviez. Pourquoi donc avez-vous, à mon préjudice, fait pencher un moment la balance î Pourquoi? Ce n'est pas dans l'intérêt de mon adversaire, assurément; il vous avait imprimé trop d'horreur. Pour qui donc, si ce n'était pas pour lui?.... Quelque déférence qu'un magistrat doive à ses supérieurs, les égards cessent où le devoir commande, et la justice que vous rendez aux hommes doit être pesée au poids du sanctuaire.
Ce dut être, ce fut donc pour moi une douloureuse surprise que d'entendre M. le . substitut improuver hautement les moyens dont j'avais cru devoir faire usage pour atteindre à ma justification et me trouver de grands torts dans leur publicité.
43o MÉMOIRES
Mais le dirai-je ? le mal que me fit soudain ce reproche inattendu fut aussitôt calmé par la bienveillance spontanée d'un public nombreux , qui, partageant ma peine et mon étonnemeht, se tint dans un morne silence, et baissa la Vue pour ne point voir mon chagrin : hommage aussi pur que désintéressé, hommage le plus délicat peut-être qu'on ait encore offert à l'aîné des Bourbons, puisque je ne dus cet intérêt si doux qu'à ma fidélité pour sa cause.
Puisque je m'en étais remis aux tribunaux du soin de confondre la calomnie, et de placer mon innocence dans tout son jour, tout tnon espoir devait nécessairement reposer dans mes juges ; mais M. le substitut , ne voulant pas que j'eusse à m'applaudir de la sentence qu'il savait, aussi bien que moi, devoir être prononcée en ma faveur, prit-il à tâche, comme si déjà je n'avais pas assez souffert, de reporter le deuil dans mon âme et de désenchanter l'avenir à mes yeux. Il dit :
« Le sieur Fauche-Borel pouvait-il penser que « le jugement du tribunal , en supposant qu'il lui «fut favorable, le réhabiliterait dans les bontés « qu'il avait perdues? La décision des tribunaux « peut-elle lier en rien celui de qui ils tiennent « le droit de la rendre? Les rois attendent-ils un « jugement pour oublier les torts qu'on a envers
«eux? et quand vous aurez prononcé, le rao- « narque sera-t-il obligé de croire Fauche-Borel « justifié ? Non , non , messieurs , il n'en est point « ainsi ; les puissances de la terre ne doivent qu'à « Dieu seul compte de leurs secrètes pensées; elles « sont placées trop haut pour qu'il nous soit « permis de lire1 dans leur cœur, alors qu'elles ne « l'ouvrent pas ; et le jugement que sollicite le « sieur Fauche-Borel n'influera en rien sur ce « qu'il a droit d'attendre désormais de bonté et « d'estime de la part de notre auguste monarque.»
Eh ! qui a pu , monsieur, vous porter à croire qu'un arrêt solennel dût être sans autorité sur la conscience des rois ? Non , non , de quelque éclat qu'ils aient brillé, d'ailleurs, les princes: n'ao* . quièrent de grandeur durable que par un long respect ppur la justice : être justes, est pour les rois le secret d'être grands.
Je ne puis le taire r cependant ; il. est dans les tirades de ce discours dirigées contre moi un passage qui m'a tiré des larmes. Le voici. Qu'il est beau * parce qu'il; est vrai I
« Il nous semble que la confiance qu'un roi « veut bien accorder à son sujet , doit liet celui* « ci pour la vie ; qu'une mission reçue de là « bouche de son prince élève l'homme au-dessus «de lui-même; que rien de vil ne lui est plus
4)a MÉMOIRES
« permis ; qu'il doit, pour ainsi dire , être con- « stamment en garde contre lui-même , pour ne «pas se rendre indigne d'un tel honneur, et que «l'idée d'être confident* d'un roi malheureux « attache plus étroitement à la vertu. »
Oui, sans doute, un roi dans le malheur a quelque chose de sacré, quelque chose que je ne puis définir, mais qui , plus saitot que le respect, le recommande davantage à la vénération des hommes. Si rien que l'approcher vous inspire un sentiment religieux , que sera-ce s'il vous appelle à lui et se communique à vous ? Vous êtes à lui tout entier, rien de vil ne vous est plus permis. . Eh bien! ce sentiment sublime , je l'ai senti dans toute sa pureté, dans toute son énergie. C'est à lui, c'est à ce sentiment héroïque que j'ai dû de pouvoir m'àrracher à tout ce que j'avais de précieux sur la terre; que j'ai dû de surmonter de longs et pénibles travaux; de mépriser la vie; de ne point succomber sous le poids des fers; de ne point succomber à la perte d'un fils unique , moissonné dans sa fleur, parce que j'étais en captivité ; de supporter, dans la tour du Temple , la mort d'un père qui m'appelait pour lui fermer les yeux, et dont les derniers regards se sont tournés vers ma prison.
Frappé dans mes affections les plus chères ,
DE FAUCBfE-BOREL. *33
m'attendant chaque jour à périr, une sainte exaltation s'était emparée de moi; je souffre* disais-je, je souffre, et je vais mourir : mais c'est pour, lui, il le saura; il le saura, ré pétais- je encore, et à ce prix la mort me semblait douce, et plus d'une fois mes voeux en hâtèrent le moment. Rien de terrestre , rien de vil, n'approchait plus de moi
Qu'ai-je donc fait, grand Dieu! pour tomber de cette élévation , pour démériter du cœur d'un prince où je comptais m'être amassé un trésor inépuisable de bonté ?
Ce que j'ai fait , monsieur ? C'est vous , hélas ! qui vous êtes chargé de m'apprendre mon crime ; ce crime , c'est d'avoir sauvé mon honneur. Est-il donc si grand que vous ayez cru devoir l'interpréter ainsi ; et , comme vous le remarquez vousmême, devant un auditoire aussi nombreux qu'imposant? Et vos conclusions ont été répandues à profusion par la voie des journaux, accueillies avec avidité par la France et l'étranger ; à la vérité , rendu à vous-même , et rentrant dans la conscience de votre intégrité , vous avez envoyé au Moniteur votre discours tel que vous vous proposiez de le prononcer , et non pas tel que vous l'avez prononcé; et cette variante a suffi pour attester que les motifs qu'on avait